• Crisol
    No II (1984)

    Sommaire du numéro 2 de Crisol, première série.

    CHEVALLIER Marie - Hommage à Arcadio Pardo

    LEMARTINEL Jean - Les alexandrins de Juan Ruiz

    JOURNEAU Brigitte - "El Padre Cobos", journal satirico-politique et son action anti-gouvernementale

    FALLAY d'ESTE Lauriane - Images de l'Italie dans la Séville du XVIe siècle au début de l'ère baroque

    MARZO Léo - "Goigs" pour une mobilisation du peuple catalan contre la Révolution

    FONCK Béatrice - José Ortega y Gasset et la Presse

    FAUQUENOT Bertrand - Hommage anthologique à Rafael Alberti

    SESE Bernard - Etymologie et psychanalyse : recherches sur le mot "affect" (afecto) notamment en français et en espagnol

  • Crisol
    No I (1983)

    Sommaire du numéro initial de Crisol (1983)

     LEMARTINEL Jean – La belle selon Juan Ruiz

    TROUQUET Hubert – Un "exemplum" de l'archiprêtre de Talavera

    BAYARD Virginie – Sur la "Nuit obscure"

    JOURNEAU Brigitte – Une étape dans une longue histoire

    SESE Bernard – Lumières et couleurs dans la poésie de Manuel Machado

    MARZO Léo – POMPEU FABRA : le dictionnaire général de la langue Catalane

    FERRERAS Jacqueline – Las barreras mentales de la España del siglo XVI ante el nuevo mundo

  • Cahiers du GRELPP -Figures du désir dans la littérature de langue espagnole Hommage à Amadeo LÓPEZ
    No 9 (2007)

    Hommage à Amadeo López

    Amadeo López est né en Espagne en 1934, à Bustarga, petit village du Bierzo, une région à laquelle, malgré l’éloignement, il est resté profondément attaché. D’ailleurs, lors des séjours estivaux qui sans cesse le ramènent à la terre natale, il n’a jamais hésité à recueillir témoignages oraux et traditions séculaires afin de maintenir vivace une mémoire à la fois collective et intime.

    C’est à l’âge de 19 ans qu’il arrive en France, consacrant ses premières études à la Philosophie : une Licence puis, à Louvain (Belgique), un premier Doctorat. De retour en France, c’est d’abord la Philosophie qu’il enseigne puis l’Espagnol, durant plusieurs années, dans le secondaire, tout en étant chargé de cours à l’Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris III.

    En 1989, il soutient, à la Sorbonne, une Thèse d’État en Lettres et Sciences Humaines : La conscience malheureuse dans le roman hispano-américain contemporain. Dès lors, la carrière universitaire d’Amadeo López se déroule essentiellement à l’Université Paris X-Nanterre dont il est, aujourd’hui, professeur émérite. Il y a enseigné sa spécialité, la littérature hispano-américaine, mais n’a jamais dédaigné pour autant d’autres types d’enseignement. On se souvient, par exemple, de son énergique contribution au développement de ces filières d’excellence que sont les Bi-Deug Droit-Espagnol et Économie-Espagnol.

    Mais sans doute doit-on lui être redevable, par-dessus tout, de la création et du rayonnement, jamais démentis jusqu’à ce jour, du GRELPP, le Groupe de Recherche En Littérature, Philosophie et Psychanalyse, qu’il a porté sur les fonts baptismaux au milieu des années 90. Inlassablement inspirée par son fondateur et nourrie par des chercheurs de tous horizons universitaires, l’équipe oriente dès le début ses travaux vers la littérature de langue espagnole (aussi bien péninsulaire qu’américaine), abordant, lors des séminaires réguliers et conviviaux qui les rassemblent, des thèmes transversaux, renouvelés tous les deux ans et couronnés, en fin de cycle, par un colloque international. C’est ainsi que, tour à tour, ont été disséquées, avec délectation et enthousiasme, les « figures parentales », les « figures de la violence », les « figures de la mort » et, à l’occasion de cet hommage, les « figures du désir ». Malgré les apparences, il n’y a nulle figure imposée, mais plutôt une réflexion commune toujours placée sous le signe d’une très grande liberté.

    La littérature, la philosophie, la psychanalyse sont – on l’aura compris – les passions d’Amadeo López qu’il sait partager et transmettre. L’unité que révèle la liste de ses publications ne saurait se confondre avec l’uniformité. Au contraire. L’obsession qu’il affiche pour les thèmes et les méthodes psychanalytiques engendre et féconde une critique littéraire inédite, creuse sans cesse de nouvelles perspectives, conduit à l’approfondissement, invite tous ceux qui ont décidé de le suivre à traquer, derrière le mot, le sens inédit, derrière l’horizon apparemment lisse de la littérature espagnole et hispano-américaine, la face cachée et inavouable des êtres et des choses. Et l’on ne saurait omettre de parler ici d’Unamuno auquel non seulement il a consacré des travaux essentiels mais sur l’œuvre duquel, encore et toujours, il s’interroge sans relâche. Cette préoccupation pour l’Espagne et la pensée espagnole constitue, plus qu’un simple retour aux sources, une manière de viatique.

    Que ce soit dans les couloirs du bâtiment F de Nanterre ou sur les chemins de traverse du Bierzo, dans les terres familières de León ou de la Normandie, ou bien encore celles, apprivoisées, des Landes, c’est le même appétit qui guide Amadeo López, le même amour de la vie, le même « désir de jouissance »..., toutes vertus extrêmement contagieuses, auxquelles nous avons à cœur de rendre hommage ici même.

     

    Ses amis du GRELPP et d’ailleurs…

     

  • Cahiers du GRELPP - Les révélations du rêve dans la littérature de langue espagnole (2)
    No 8 (2011)

    Ce huitième volume des « Travaux & Recherches » du GRELPP rassemble les textes correspondant aux communications présentées lors du 4e Colloque International organisé par le GRELPP à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, les 25, 26 et 27 mars 2010, sur le thème « Les révélations du rêve dans la littérature de langue espagnole ».

    Ce Colloque est venu conclure le quatrième cycle des travaux menés par le GRELPP sur ce même thème, travaux qui ont par ailleurs fait l’objet d’une publication1. Il s’agissait, dans la lignée des objectifs du GRELPP, de privilégier une approche philosophique et/ou psychanalytique des œuvres littéraires hispaniques et hispano-américaines représentant et mettant en scène le rêve.

    Comme cela a déjà été le cas lors des précédents colloques2, la problématique choisie a suscité un vif intérêt chez de nombreux chercheurs de diverses spécialités de l’hispanisme. Le nombre et la qualité des propositions de communications – provenant de plusieurs pays – a amené les organisateurs à constituer, en plus des séances plénières, deux ateliers parallèles l’après-midi du 26 mars afin de pouvoir accueillir davantage de participants, tout en préservant la continuité de la réflexion et l’approfondissement des débats. Que toutes celles et tous ceux dont les propositions n’ont pas été retenues veuillent bien nous en excuser.

    Les textes ici publiés montrent, par la diversité spatiale et temporelle des œuvres étudiées, à quel point l’obscurité et l’insaisissabilité du rêve fascinent l’homme, qui tente d’en percer les mystères en déchiffrant sa symbolique.

    Plusieurs articles font apparaître comment, par sa résistance à la compréhension et le défi à la raison qu’il constitue, le rêve se prête à de nombreuses interrogations philosophiques ayant trait à la conception même de l’existence humaine. Par la confusion qu’il crée entre le réel et l’irréel, le rêve suscite en effet le doute sur la réalité du monde environnant et la fiabilité de la perception. La vie éveillée n’est-elle qu’un songe ? Le rêve n’est-il pas la vraie vie ?

    Certains travaux mettent l’accent sur les paradoxes du rêve qui confrontent l’homme à la complexité de ses modes de pensée et posent la question des rapports intrinsèques de la vie éveillée avec l’activité onirique. Ils rappellent que le questionnement sur l’essence du rêve se trouve à la base d’une réflexion ontologique qui interroge le statut métaphysique de la réalité. Dans son traité De la divination par le sommeil, Aristote se demande si le rêve est porteur de savoir, s’il est de l’ordre de l’entendement ou de la sensibilité. Les philosophes rationalistes classiques, comme Descartes, réduisent le rêve à une trompeuse illusion sur laquelle on ne saurait asseoir l’irréfutable vérité de la pensée diurne, garante de l’existence humaine, alors que les sceptiques se servent de l’argument du rêve pour mettre en cause la certitude du monde objectif. Si les philosophes allemands de la nature ont foi en la puissance imageante du rêve, qui leur semble plus réel que l’univers vigile, Sartre définit le rêve comme « l’odyssée d’une conscience vouée par elle-même, et en dépit d’elle-même, à ne constituer qu’un monde irréel1 ». Bachelard, qui cherche la « vérité onirique profonde2 » de l’être, considère le rêve comme l’une des sources premières de l’imagination par sa faculté de transformer les images issues de la perception, ce qui lui donne sa propre dynamique de création.

    D’autres communications analysent le rêve à l’aune de travaux de Freud qui, à l’aube du XXe siècle, révolutionnent l’approche et la compréhension de ce phénomène psychique en le définissant comme « accomplissement de  désir1 » et en faisant de son interprétation « la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient dans la vie psychique2 ». L’herméneutique freudienne vise au dévoilement des modalités de fonctionnement de l’appareil psychique en se mettant en quête d’un sens caché pour découvrir les désirs inconscients à la base du rêve, interrogeant ainsi les limites du champ de la conscience et remettant en cause le système de pensée cartésien. Par le processus de déchiffrement qu’implique la traduction de son contenu manifeste en contenu latent, le rêve pose une énigme qui concerne l’identité même du rêveur, scindé entre son moi onirique et son moi vigile.

    D’autres articles encore s’appuient sur la conception de Jung. Le psychanalyste suisse rompt avec la théorie freudienne dans la mesure où il n’interprète pas le rêve comme l’expression des désirs refoulés mais comme le produit de l’inconscient le plus profond qui cherche à se dévoiler par le biais de la symbolique onirique. Selon l’approche junguienne, les procédés de symbolisation du rêve sont propices à la découverte des archétypes qui configurent l’inconscient collectif. Dans Essai d’exploration de l’inconscient (1961), Jung prête au rêve la fonction compensatrice de relier le moi conscient à l’inconscient, équilibrant et enrichissant ainsi la psyché. Il lui accorde aussi une fonction prospective en le considérant comme une force de renouvellement au service du développement de la personnalité.

    Les Actes de ce colloque témoignent aussi de la façon dont la prose narrative, la poésie et le théâtre de langue espagnole sont riches en représentations oniriques et en récits de rêve dont la construction littéraire passe par l’élaboration d’un discours qui, comme le remarque Jean-Daniel Gollut, doit « rendre compte verbalement de cette expérience étrange et si peu faite apparemment pour être pliée aux formes du langage3 ». Plusieurs communications démontrent comment l’écriture du rêve dans la création littéraire pousse à son paroxysme le questionnement sur les procédés par lesquels le rêve rêvé, fruit de l’activité psychique nocturne, se transforme, par l’inévitable truchement de la conscience, en rêve raconté ; cette transformation implique le passage de la représentation figurée d’objet sous forme de pensée visuelle à une narration constituée de pensées verbales, qui doit lutter contre le caractère insaisissable du rêve pour pouvoir le mettre en mots.

    Le déchiffrement des foisonnantes images oniriques, ainsi que de leurs multiples combinaisons, atteste de la créativité du rêve. Les études concernées font ressortir la manière dont le rêve fait intervenir des processus primaires et secondaires et mêle différents matériaux – restes diurnes, pensées latentes, excitations corporelles –, déformés par le travail du rêve. Le rapprochement entre les mécanismes du travail du rêve, notamment le déplacement et la condensation, et des modalités littéraires permet de comprendre pourquoi le rêve peut se transformer en source d’inspiration privilégiée de l’écrivain, tant par la liberté de création qu’il lui procure que par la recherche de sens qu’il suppose.

    Les textes de ces Actes sont regroupés en parties en fonction des principaux axes et concepts qui structurent la réflexion sur les révélations du rêve. Les titres des différentes parties et l’ordre dans lequel ils se succèdent sont les suivants :

    – Rêve, psychanalyse et fiction

    – La voie des songes

    – Fonction narrative du rêve

    – Rêve et énigme

    – Rêve et fantastique

    – Rêve et découverte de soi

    – Rêve, désir et séduction

    – Rêve et théâtre

    – Rêves, cauchemars et inconscient collectif

    – Poétique du rêve

    – Mondes oniriques et poésie

    On saura gré aux auteurs de la rigueur conceptuelle dont ils ont fait preuve ainsi que du soin qu’ils ont apporté à cerner un thème aussi fuyant que celui du rêve. Ils ont contribué de la sorte à une meilleure connaissance des multiples facettes de la mise en scène du rêve dans la littérature de langue espagnole. Les représentations du rêve apparaissent ainsi riches en révélations existentielles et ontologiques, tout en conservant la part de mystère inhérente au matériau onirique.

     

    Béatrice Ménard

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  • Cahiers du GRELPP - Les révélations du rêve dans la littérature de langue espagnole (1)
    No 7 (2012)

    Ce septième volume des « Travaux & Recherches » du GRELPP réunit douze des communications présentées et débattues à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense dans le cadre du cycle de recherches portant sur « Les révélations du rêve dans la littérature de langue espagnole ». Comme les six précédents – consacrés, par ordre de publication, aux « Figures parentales » (1 et 2), aux « Figures de la violence » (3 et 4) et aux « Figures de la mort » (5 et 6) –, ce volume propose, dans la logique des objectifs du GRELPP, une lecture des œuvres de langue espagnole suivant une grille principalement psychanalytique et/ou philosophique.

    Les travaux ici rassemblés explorent la façon dont les auteurs hispaniques et hispano-américains représentent le rêve et le mettent en scène, par diverses stratégies d’écriture, pour questionner le rapport à la réalité et traduire les déguisements du désir. Ils s’interrogent sur la façon dont le rêve met en jeu la condition humaine dans sa relation au monde et sur la nature signifiante de l’activité onirique, en tentant de démonter les mécanismes qui lui sont propres dans les textes narratifs ou poétiques élaborés par les auteurs concernés. L’étude du rêve dans le texte littéraire place le chercheur face au paradoxe qui consiste à examiner des stratégies d’écriture maîtrisées, relevant de processus secondaires, utilisées pour mettre en forme un matériau onirique qui échappe au contrôle de la raison et relève de processus primaires.

    Les démarches méthodologiques employées, ainsi que les théories appliquées à l’approche du rêve permettent d’apprécier la variété des modes de lecture possibles des récits de rêves du corpus, depuis les tentatives de décodage des mécanismes du travail du rêve jusqu’au déchiffrement des pensées latentes déguisées par le contenu manifeste du rêve. La pluralité des genres littéraires abordés – roman, conte, poésie – met en évidence la puissance créatrice du rêve, notamment par sa richesse symbolique et métaphorique, propre à voiler désirs refoulés, tabous sexuels et frustrations pour mieux laisser au lecteur le plaisir de les dévoiler.

    Les articles de ce volume montrent comment le rêve jette des ponts entre plusieurs traditions esthétiques, du réalisme au surréalisme, en passant par le romantisme, dans sa fonction révélatrice de la face cachée de la réalité objective et subjective. Certains de ces articles manifestent aussi l’attrait exercé par le rêve sur les écrivains postmodernes pour sa capacité à dynamiter l’ordre établi et à ébranler les certitudes idéologiques par la conciliation des contraires qui s’opère en lui, de même que par le processus de déformation qu’il fait subir au réel, révélant ainsi ses failles.

    D’autres articles s’intéressent à la dimension prophétique du rêve dont le message chiffré recèle, tant pour le rêveur que pour le lecteur, une vérité secrète, souvent dérangeante, dont la connaissance permet d’accéder à un autre niveau de conscience. Ils explorent les états seconds – rêverie, délire, hallucination – qui brouillent les frontières entre état de sommeil et état de veille, entre réel et irréel. D’autres encore mettent en évidence la familiarité entre rêve et mythe ou privilégient, à l’instar des surréalistes, la proximité du rêve et de l’imagination poétique, refuge contre l’horreur ou contre la médiocrité de la réalité. Grâce à l’efficacité de ses ressorts narratifs, qui entretiennent la tension dramatique du récit, le rêve peut être un élément à part entière de la création littéraire. Le texte de fiction devient alors lui-même construction onirique. Mais le récit de rêve s’impose aussi, parfois, comme un impitoyable révélateur de la violence sociale et historique dans ses aspects les plus insoutenables, acquérant une portée politique lorsqu’il se transforme en instrument de déchiffrement d’un monde contemporain en proie à ses conflits.

    Les textes regroupés dans cet ouvrage sont emblématiques de la manière dont l’inconscient individuel et collectif s’invite dans l’œuvre littéraire par le truchement du rêve, qui donne accès à une énigmatique Autre Scène. Les nombreuses représentations du rêve étudiées, avec leurs formes hybrides et leurs incessantes métamorphoses, témoignent du caractère protéique du phénomène onirique, irréductible à toute interprétation univoque mais ouvert, au contraire, à la polysémie. Les résultats de ce cycle de recherches font surgir du kaléidoscope du rêve le miroitement du désir sous de multiples facettes, propice à plusieurs jeux d’écriture, oscilant entre opacité et fulgurance, sans qu’il soit possible de percer tous ses mystères, puisque l’ombilic du rêve reste inaccessible à la conscience.

    Béatrice Ménard

     

    TABLE DES MATIERES

    Béatrice Ménard - Présentation

    Sylvie Sesé-Léger - Sur le rêve

    L’interprétation des rêves

    Lina Iglesias - Entre rêve et poésie dans El romancero de la novia de Gerardo Diego

    Béatrice Ménard - Le travail du rêve dans Sueños de Bernardo Ortiz de Montellano

    Sylvie Turc-Zinopoulos - « El gnomo » ou la cruche cassée : essai d’interprétation de trois rêves d’une leyenda de Gustavo Adolfo Bécquer

    Rêve et prémonition

    Caroline berge - Le rêve dans Don Goyo. Utilisation et enjeux du procédé onirique dans le roman réaliste social

    Jesús Martínez Mogrovejo - Rêver sous la guerre : récits de rêves dans cinq romans récents sur la violence interne au Pérou (1980-2000)

    Désir refoulé et rêve

    Emmanuelle Sinardet - Rêves de couples, cauchemar du couple : l’incommunication dans la nouvelle féminine équatorienne contemporaine

    Martine Vandoorne - Une lecture des rêves dans Boquitas pintadas de Manuel Puig : rêves de jeunes femmes, petites scènes dramatiques

    Rêve et stratégie narrative

    Monique Plâa - À la dérive, entre cauchemar et exaltation : l’écriture du rêve dans Palinuro de México de Fernando del Paso

    Christina Komi - Sueños y ensueños. La otra escena en algunas narraciones de Juan Carlos Onetti

    Florence Olivier - Rêve et révélations dans 2666 de Roberto Bolaño

    María Angélica Semilla Durán - Sueño y digresión. Roberto Bolaño : una poética de la profecía negativa en Amuleto

     

  • Cahiers du GRELPP - Figures de la mort dans la littérature de langue espagnole (2)
    No 6 (2006)

    Mes chers amis, je suis très heureux de participer avec vous à l’inauguration de ce colloque international, dont les travaux, étendus sur trois journées, réunissent des chercheurs de grand renom, habitués à cerner, par delà le discours des œuvres, le cheminement caché de la pensée des Bhommes. Le GRELPP, que dirige mon ami Amadeo López, nous démontre, une fois de plus, sa force, sa vitalité et son originalité.

    Je vous dirai que je regrette fort de ne pas y participer davantage, tant le sujet est important et riche.

    À en juger par les travaux précédents du séminaire consacré au sujet (13 contributions publiées1), et à en juger par les 36 communications annoncées de ce programme, on a affaire à une construction majeure : les figures de la mort.

    Le séminaire travaille tant sur l’Espagne que sur l’Amérique latine, et il semble bien que les questions qu’il aborde sont si profondément ancrées dans l’esprit (le père, la mort, la souffrance) qu’elles sont universellement partagées : ce qui distingue l’homo hispancus (au sens large), c’est sa spécificité culturelle, la spécificité de son esthétique et de ses représentations.

    J’ai eu naguère le plaisir de participer au colloque sur l’image parentale. J’avais choisi un texte médiéval, en rapport avec mon champ de recherche. Les travaux du présent colloque sont plutôt orientés vers le monde actuel, dans l’immensité du monde hispanique. Si je passe maintenant de la diatopie à la diachronie – pour utiliser une notion dont nous autres linguistes sommes friands –, force est de constater que la mort intéresse le médiéviste, autant que le moderniste, et que la mort était pour l’homme du Moyen Âge, comme elle l’est encore pour l’homme d’aujourd’hui, une compagne de tous les instants.

    Les Coplas a la muerte de su padre de Jorge Manrique est un des sommets de la poésie espagnole. On n’en retient souvent que les premières strophes, oubliant que le poème a pour objet de faire de la mort une compagne, plus qu’une ennemie. La conception est en fait calquée sur une vision multiple et chrétienne de la vie, vie terrestre, vie dans la mémoire des autres, vie spirituelle. La mort s’adapte à ces trois vies en changeant à chaque fois d’apparence. Lorsqu’on utilise les moyens informatiques

    d’analyse textuelle, on aperçoit que le mot le plus employé, dans ces Coplas sur la mort, c’est le mot vida.

    Un autre outil que possède le médiéviste, ce sont ces riches collections d’exempla, ou de contes, qui nous parlent de mille choses, mais en particulier de la mort. Ces contes sont souvent classés par ordre alphabétique, de sorte qu’il suffit de chercher à mors (entre monachus et mulier). Le Libro de los exemplos por ABC de Clemente Sánchez en est un bon exemple.

    On trouve d’abord un conte sur la crainte de la mort : mors continuo est timenda. Le second conte évoque presque pareillement la douleur du riche ou du méchant dans ses derniers instants, alors que le saint approche de la mort le cœur léger : mors sanctorum dulcis, peccatorum erit amara. Le troisième intime à l’homme de garder toujours présente l’idée de la mort, ce qui ne peut que bien guider son action : mors semper in memori debet esse.

    Une autre représentation intéressante évoque le caractère multiforme de la mort. Mors imago multum est disformis : cette mort possède une voix d’homme, mais son corps est celui d’un âne, ses pattes sont celles d’un cerf. Elle a des pieds de cheval, un visage de lion, et plusieurs rangées de dents. Au total, un ensemble difforme, diabolique. La mort est un âne, car l’âne a pour fonction de tout transporter, vers Dieu, vers le diable, vers les vers. La mort transfère aussi l’argent du mort vers les héritiers. Elle a les pattes d’un cerf, car d’un pas léger, elle va partout. Nul lieu ne lui est étranger. La mort est comme le cheval de la fable, car elle est chicaneuse et orgueilleuse. Elle a le visage du lion, car elle ne craint personne et affronte même les plus puissants.

    Quoi qu’il en soit, la mort est souvent dénoncée comme négation de la vie. Le riche devient pauvre, et Trotte-couvents, la leste maquerelle du Libro de buen amor, celle qui marchait et trottait, est partie et ne reviendra pas :

    ¡ Ay mi Trotaconventos, mi leal verdadera !

    Muchos te seguían biva, muerta yazes señera.

    ¿ A dó te me han llevado ? Non sé cosa çertera ;

    nunca torna con nuevas quien anda esta carrera.1

    Ce n’est là qu’une entrée en matière, sous l’angle médiéval ! L’ampleur et la diversité des figures va maintenant apparaître dans vos exposés. Le colloque, je le sais, sera riche, et chacun y apportera tout son talent. L’UFR de Langues est heureuse de vous accueillir et d’apporter sa contribution au budget général de l’opération. La diversité des origines de chaque participant est un gage de la réussite du colloque et du rayonnement international du GRELPP.

     

    Bernard Darbord

     Table des matières
    Bernard Darbord - Ouverture du Colloque
    Banalisation de la mort et angoisse
    François Delprat - Scandale de la mort : 2666, roman posthume de Roberto Bolaño
    Fernando Díaz Ruiz - Actitudes y presencias de la muerte en La Virgen de los sicarios de Fernando Vallejo
    Delphine Chambolle - La mise en scène de la mort dans les esperpentos de Valle-Inclán : « la dernière grimace »
    Luis Martín-Estudillo - Poéticas de la degradación en la novísima poesía española : Guillermo Carnero y Miguel Ángel Velasco
    Jacqueline Covo-Maurice - Día de muertos. Antología del cuento mexicano (2001)
    Deuil et mélancolie
    Amadeo López - Deuil et mélancolie dans La Lluvia amarilla de Julio Llamazares
    Lina Iglesias - Écriture et mélancolie dans En las orillas del Sar de Rosalía de Castro
    Sylvie Turc-Zinopoulos - Doña Berta de Leopoldo Alas, « Clarín », et le deuil
    Paciencia Ontañón - La « muerte » de Isidora Rufete
    Meurtre du père
    Sylvie Sesé-Léger - La fille du Commandeur
    Pauline Wendt - La muerte del padre en dos novelas chilenas postgolpe : Los Vigilantes de Diamela Eltit y El Desierto de Carlos Franz
    Mariano Fernández Sáenz - Figuras de la muerte ante el desafío de ir más allá del padre. Reflexiones en torno a la novela Gracias por el Fuego de Mario Benedetti
    La mort prorpe comme horizon de l’être-pour-la-fin
    Aline Jancart-Thibault - Le vieil homme et la mort : Miguel Ángel Asturias, de l’hyperbole à l’euphémisme
    Christina Komi Kallincos - Ruina y desamparo en La Lluvia amarilla de Julio Llamazares
    Mabel Franzone - La muerte como tiempo cíclico en « Los Ojos del tigre » de Germán Rozenmacher
    Claudie Terrasson - « Sólo Catulo permanece y dura », l’art et la mort dans la poésie de Luis Antonio de Villena
    Marie-Soledad Rodriguez - Los Hijos muertos de Ana María Matute ou la mort dans tous ses états
    Écriture et catharsis
    María Angélica Semillla Durán - El muerto y yo : luz y letra en Mortal y rosa de Francisco Umbral
    Monique Plâa - L’écriture de la mort dans les derniers poèmes de Pablo Neruda
    Luis Pérez Simón - La continuidad del ser revelada : muerte, memoria y erotismo en Horacio Castellanos Moya
    Nathalie Besse - La mort dans Sombras nada más de Sergio Ramírez : entre thanatos et conjuration
    Jaime Céspedes - Valores apocalípticos de la muerte en Autobiografía de Federico Sánchez de Jorge Semprún
    Clément Tournier - La polarité Éros-Thanatos dans « Dos letters » de Bernardo Atxaga
    Sens et non sens
    Marie-Claire Zimmermann - La mort et les figures de l’être : l’œuvre poétique de Jaime Siles
    Nathalie Lalisse-Delcourt - L’éclair de la mort dans Metamorfosis de lo mismo de Gonzal Rojas.
    Marie-José Hanaï - Une alternative à la mort dans Aura et « La buena compañía » de Carlos Fuentes : la recréation de l’être
    Emmpanuelle Sinardet - La mort sacrificielle : « Guásinton » de l’Équatorien José de la Cuadra
    Florence Olivier - Entre mort et vie : paroles de fantômes dans Pedro Páramo
    Bernard Sesé - Poétique de la mort selon sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix

     

  • Cahiers du GRELPP - Figures de la mort dans la littérature de langue espagnole (1)
    No 5 (2006)
    Être-pour-la-mort et angoisse

    Ce 5e tome des Travaux et Recherches du GRELPP – Groupe de Recherches en Littérature, Philosophie et Psychanalyse – rassemble treize des communications présentées et discutées lors des séminaires du troisième cycle – 2003-2005 –, dont le thème a été « Figures de la mort dans la littérature de langue espagnole ». Ces travaux, comme ceux des cycles précédents1, constituent une approche des œuvres littéraires à la lumière de la psychanalyse et/ou de la philosophie.

    Les figures de la mort sont multiples, comme sont multiples les attitudes des civilisations et des individus à son égard. Mais toutes indiquent que l’image de la mort s’emplit de celle de la vie qui fuit. Non pas que la mort soit contenue dans la vie, comme un corps dans un autre corps, mais parce que, comme le souligne Jankélévitch :

    La vie est à la fois habillée de mort et pénétrée de mort ; enveloppée par elle d’un bout à l’autre, imbibée et imprégnée par elle. C’est donc pour une lecture superficielle et toute grammatique que l’être parle seulement de l’être et la vie seulement de la vie. La vie nous parle de la mort et en même temps elle ne parle que de cela. […] La mort est l’élément résiduel de tout problème.2

    Si tout dans la vie parle de la mort, la mort en soi est insaisissable, parce que, en tant que telle, elle est impensable. On ne peut penser ni l’avant-la-mort, ni l’instant létal, ni l’après-la-mort. On ne peut qu’en constater le résultat, toujours en troisième personne – la mort de l’autre –, jamais directement en première personne. En ce sens, la mort est un problème dont l’objet s’évapore à l’instant même où l’on tente de le cerner. D’où, sans doute, cette profusion de métaphores, de périphrases, de subterfuges de langage auxquels on fait souvent appel – en philosophie, en littérature, dans les religions, dans les sciences humaines, dans les médias – pour la configurer comme objet compréhensible, réduite à un être-de-langage métastable. La mort devient alors simple éventualité extérieure. C’est le « on meurt » dont parle Heidegger. « On » n’est personne. La mort arrive à « On » et non pas à moi. Elle est banalisée, mise à distance. Banalisation et mise à distance dans lesquelles les médias jouent un rôle de premier ordre dans les sociétés modernes. Certes, lorsque la télévision montre – par exemple, suite à une catastrophe ou à une guerre – des espaces couverts de corps morts, on peut éprouver un sentiment de frayeur, voire de compassion. Mais il s’agit d’un sentiment de spectateur dans lequel l’individu ne lit pas l’inéluctabilité de sa propre mort à venir. Sentiment au demeurant éphémère, d’autant que l’accumulation et la surabondance – pratiquement

    quotidiennes – de ce type d’images favorisent, chez le spectateur, la tendance à « dépouiller la mort de tout caractère de nécessité, à en faire un événement purement accidentel »1, comme dit Freud, en réfléchissant sur « notre attitude à l’égard de la mort ». La mise en scène des images accentue ainsi ce caractère d’extériorité du « on meurt » dont l’individu revêt, spontanément, la mort de l’autre :

    Le fait est qu’il nous est absolument impossible de nous représenter notre propre mort, et toutes les fois que nous l’essayons, nous nous apercevons que nous y assistons en spectateurs. C’est pourquoi l’école psychanalytique a pu déclarer qu’au fond personne ne croit à sa propre mort ou, ce qui revient au même, dans son inconscient chacun est persuadé de sa propre immortalité.2

    D’après Freud, cette négation de la mort remonte à la nuit des temps. On comprend alors pourquoi la mort est déniée, néantisée magiquement. Elle devient un simple épiphénomène qui ne concerne pas l’individu en première personne. Il s’agit d’une stratégie spontanée de l’être humain pour apaiser l’angoisse de mort qui sourd en lui comme son devoir-être ultime.

    La question de la mort est inséparable de celle de la temporalité. Le concept de temporalité est récent dans l’histoire de la pensée philosophique. On le doit à Husserl. Mais c’est surtout Heidegger qui en a montré l’importance pour comprendre le statut ontique et existentiel de l’homme. Ce concept signifie que l’homme existe en se temporalisant, c’est-à-dire, en se faisant temps. Si le concept de temporalité est récent, la méditation sur le temps, par contre, est ancienne. On connaît la célèbre maxime d’Héraclite : « Tu ne peux pas descendre deux fois dans le même fleuve, car de nouvelles eaux coulent toujours sur toi »3. La vive conscience de la fugacité du temps qu’exprime ici Héraclite donne la mesure de la fragilité de l’être. Que le temps soit conçu de manière linéaire ou comme un éternel recommencement, il affecte l’homme, comme toute chose, par son perpétuel mouvement. Dans les doctrines de l’éternel retour – dont les fondements s’inspirent, sans doute, du cycle des saisons –, le rapport de l’homme au temps et, par conséquent, le rapport de l’homme à la mort, n’a pas ce caractère visiblement tragique qu’exprime la maxime d’Héraclite. Ce qui ne signifie pas que dans les doctrines de l’éternel retour, comme dans celles qui professent une vie au-delà de la mort, l’homme n’éprouve pas dans sa chair et sa conscience la morsure douloureuse du temps et de l’incertitude sur

    l’après-la-mort. Cette question mériterait une analyse sans doute nuancée et approfondie, notamment à la lumière de la psychanalyse, ce qui, à l’évidence, dépasserait le cadre de cette présentation.

    Le caractère irréversible du temps frappe du sceau de l’échec toute tentative d’avoir prise sur le passé. Spinoza a souligné combien le passé est hors de portée du repentir. Il en est de même du souvenir. Proust en fait l’amère expérience dans la quête du temps perdu. Amère expérience également – et davantage tragique – que celle du personnage du film de Max Ophüls, Le Plaisir, ce vieux qui s’obstine à retenir le temps, à revenir en arrière. Sous le masque de sa jeunesse, il s’élance dans une course effrénée pour être le premier sur la piste de bal, mais il étouffe en voltigeant sur la piste. On ne revient pas en arrière, pas plus l’homme que la nature.

    L’homme existe en se temporalisant, disais-je en me référant à Heidegger. Mais la temporalisation1 comporte, dans sa structure ontique, l’être-pour-la-mort comme son pouvoir-être le plus propre, indépassable. Aussi l’homme est-il, dès sa naissance, souligne Heidegger, livré à sa mort, non pas comme « une chose-non-encore-donnée »2, mais comme une « imminence spécifique »3, et non pas extérieure, pouvant survenir quelque part dans le monde environnant. Exister, c’est être déjà « jeté » dans cette possibilité. Et le fait de ne pas en avoir une conscience claire ne change rien au fait d’être-pour-la-mort, pas plus que la question de l’existence ou de la non-existence d’une autre vie au-delà de la mort.

    Cette dernière question relève de la théodicée et peut, certes, modifier l’attitude existentielle devant la mort comme révélation du non-sens ou, au contraire, comme révélation d’une survie, mais elle ne modifie en rien le statut ontologique de l’homme en tant qu’être-pour-la-mort. Karl Jaspers dit que :

    Dans les situations-limites, on rencontre le néant ou bien on pressent, malgré la réalité évanescente du monde et au-dessus d’elle, ce qui est véritablement. Le désespoir lui-même, du fait qu’il peut se produire dans le monde, nous désigne ce qui se trouve au-delà.1

     

    Il a sans doute raison, mais il reste que, même dans une perspective de foi chrétienne, la mort est à ce point le devenir de l’homme qu’il a fallu que Dieu lui-même meure pour qu’une victoire sur la mort soit possible. De ce point de vue, la religion chrétienne se présente, suivant le mot de Jean Lacroix, « comme une sorte de psychanalyse intégrale, qui veut régler la fonction temporalisante en la liant à l’éternité »1. Le négatif, l’échec qu’est la mort, est intégré dans la positivité, mais non sans avoir d’abord bu le « calice jusqu’à la lie ». Le Christ, c’est-à-dire Dieu lui-même, fait ainsi l’expérience de la déréliction en tant qu’être-pour-la-mort.

    Ce Christ agonisant, esseulé, clamant sa souffrance dans la solitude radicale, ontologique, « terriblement tragique », selon le mot d’Unamuno dans L’agonie du Christianisme, témoigne de l’acuité de l’angoisse face à la mort et met en question la possibilité d’intégrer la mort dans la positivité. Autrement dit, il semble difficile d’échapper aux affres de la déréliction quand on prend conscience de l’imminence de la mort.

    Heidegger montre que la déréliction de la réalité-humaine est dévoilée dans la mort sous une « clarté plus primitive et plus pénétrant »2 que dans la connaissance théorique. Il précise que l’angoisse ainsi révélée signifie, non pas une simple dépression de l’humeur de l’individu, mais, au contraire, « une situation-affective fondamentale de la réalité-humaine »3, qui consiste dans le fait d’être dans la déréliction la plus totale dans son devoir-être-pour-sa-fin. Cela explique les tentatives de l’homme pour se cacher à soi-même cette inexorabilité à travers le « on meurt » de la banalité de la vie quotidienne. C’est ce que Sartre appelle la mauvaise foi en tant que « mensonge à soi »4. On se masque à soi-même la vérité. Ce qui ne signifie pas qu’il s’agit d’une conduite réfléchie et volontaire, car, dit Sartre, « on se met de mauvaise foi comme on s’endort et on est de mauvaise foi comme on rêve »5.

    Aussi, pour Sartre, « l’acte premier de mauvaise foi est pour fuir ce qu’on ne peut pas fuir, pour fuir ce qu’on est »6. Il en est de même quand on se réfugie dans le « on meurt » pour se mettre à l’abri de l’angoisse qu’implique le fait de savoir que la mort nous concerne dans la totalité de

    notre être. Dans l’angoisse devant la mort, en effet, la réalité-humaine est mise en présence d’elle-même, comme livrée à sa possibilité indépassable. C’est pourquoi le « On », dit Heidegger, « prend soin de convertir cette angoisse, d’en faire une simple crainte devant un quelconque événement qui approche »1.

    Mais cette tentative pour échapper à sa condition n’est pas moins révélatrice de cette condition même. En effet, la tentative de fuir son être-pour-la-mort plonge l’homme dans ce que Heidegger appelle « l’inauthentique », c’est-à-dire dans la non-vérité. Mais cet inauthentique ne confronte pas moins l’homme à chaque instant avec la réalité qu’il se voile.

    De même que la mauvaise foi est sous-tendue par la bonne foi, de même la fuite devant la mort, à travers la banalité quotidienne, se manifeste comme un être-inauthentique-pour-la-mort. Car, ici encore, nous sommes en présence d’un mode d’être parmi d’autres. On n’y échappe pas. Plusieurs des travaux ici présentés en témoignent.

    Ces travaux font apparaître, on en conviendra, que les stratégies du « on meurt », mises en scène, sous des figures différentes, par maints auteurs de référence, aboutissent toutes au même constat d’échec. Les efforts des personnages – souvent des auteurs – pour se voiler la réalité de leur être-pour-la-fin ne résistent pas longtemps à l’angoisse de « mort, d’annihilation » qui, rappelle Anna Potamianou, « est au noyau de l’être »2.

    Cette conception de l’angoisse de mort diffère de celle qu’exprime Freud, en 1915, dans Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort, conception qu’il a maintenue par la suite :

    L’angoisse de la mort […] dont nous subissons l’empire plus souvent que nous ne le croyons, est quelque chose de secondaire et résulte le plus souvent du sentiment de culpabilité.3

    On a beaucoup discuté, et l’on discute encore, les textes de Freud qui excluent l’idée que l’angoisse de mort se situe dans l’inconscient. Il n’est pas question ici d’entrer dans ce débat. Car, que l’angoisse de mort soit une élaboration de l’angoisse de castration, comme l’affirme Freud, ou qu’elle soit une angoisse primaire, selon l’hypothèse de Mélanie Klein, elle est toujours là, prête à jaillir :

    Sourde et permanente alerte, l’angoisse de mort peut surgir chez n’importe qui, quand la connaissance affective du destin inéluctable de notre mort nous effleure, lors de l’imminence d’un danger de mort, réelle ou imaginaire, concernant nous-mêmes et nos objets signifiants.1

     

    Dans le même sens, Françoise Ellien précise qu’il y a une prise de conscience de l’angoisse de mort « tout à fait précoce puisqu’elle questionne et taraude les enfants âgés à peine de quatre ou cinq ans »1, comme elle questionne et taraude l’homme jusqu’au dernier instant, quels que soient ses efforts pour l’occulter.

    J’ai dit plus haut que la stratégie du « on meurt » vise à banaliser la mort en la considérant comme un simple problème qui ne concerne pas l’individu en première personne.

    Mais lorsque le « On » prend le visage du corps-mort du proche, la mort cesse d’être problème et devient questionnement et surtout question.

    Questionnement sur l’unicité du proche-mort. Son corps est là, nous l’accompagnons et l’entourons de rites, nous assistons à sa transformation, mais qu’en est-il de sa personne ? Quelle est la nature de son absence ? C’est dans ce questionnement que Freud situe l’origine de la croyance aux esprits et à la survie chez l’homme primitif :

    C’est devant le cadavre de la personne aimée qu’il [le primitif] imagina les esprits et, comme il se sentait coupable d’un sentiment de satisfaction qui venait se mêler à son deuil, ces premiers esprits ne tardèrent pas à se transformer en démons méchants dont il fallait se méfier. Les changements qui suivent la mort lui suggèrent l’idée d’une décomposition de l’individu en un corps et en une (primitivement en plusieurs) âme. Le souvenir persistant du mort devint la base de la croyance à d’autres formes d’existence, lui suggéra l’idée d’une persistance de la vie après la mort apparente.2

    Ainsi seraient nées, selon Freud, les doctrines de la métempsychose, la croyance en une multiplicité de vies avant la vie présente, et la foi des religions en une vie meilleure après la mort. L’ensemble de ces croyances « a pour but de dépouiller la mort de toute valeur, de lui refuser le rôle d’un facteur opposé à la vie, destructeur de la vie »3.

    Question, car quelle que soit la nature et la force de ces croyances, l’absence du proche crée une béance dans notre être-au-monde qui met en péril l’ancrage référentiel inscrit dans la durée. Notre propre devenir

    apparaît, nocturne, sur fond d’une absence-présente. Absence-présente, car il est difficile, au moins dans un premier temps, d’imaginer – et d’accepter – l’absence définitive de l’être cher.

    L’image crue de notre finitude, réfléchie dans l’absence du proche, nous met brutalement devant cette alternative : accepter la perte de l’objet, au sens psychanalytique d’objet d’amour, ou sombrer dans la mélancolie. C’est la phase du deuil qui commence. Phase cruciale, car s’y joue la capacité de l’individu à surmonter la douleur de la perte et à restructurer son être-au-monde en y intégrant la réalité de l’absence.

    Freud, dans Deuil et mélancolie, considère le deuil comme une « maladie naturelle » par laquelle passe l’endeuillé. Maladie qui met le sujet à l’épreuve singulière de la réalité, comme l’indiquent ces lignes tirées de Métapsychologie, sous forme, il est vrai, d’hypothèse :

    Sur chacun des souvenirs et des situations d’attente qui montrent que la libido est rattachée à l’objet perdu, la réalité prononce son verdict : l’objet n’existe plus ; et le moi, quasiment placé devant la question de savoir s’il veut partager ce destin, se laisse décider par la somme des satisfactions narcissiques à rester en vie et à rompre sa liaison avec l’objet anéanti.1

    Cette rupture suppose un processus psychique long, un travail de deuil, de nature à surmonter la douleur et à intégrer la perte dans le moi. Dans le travail de deuil normal, précise Freud, « le respect de la réalité l’emporte », mais il l’emporte au terme d’un laborieux travail, « d’une grande dépense de temps et d’énergie d’investissement, et, pendant ce temps, l’existence de l’objet perdu se poursuit psychiquement »2. Elle se poursuit et s’accomplit à travers le détachement progressif de tout souvenir et de toute représentation de l’objet disparu sur lesquels était investie la libido. C’est alors que le moi « redevient libre et sans inhibitions »3. Autrement dit, le travail de deuil accompli, libérateur, implique le maintien de l’amour pour l’objet et l’amour pour la vie.

    Mais si le travail de deuil échoue, le sujet s’en va à la dérive sur les pentes de la mélancolie, dont Freud précise ainsi les contours :

    La mélancolie se caractérise du point de vue psychique par une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité et la diminution du sentiment d’estime de soi qui se manifeste en des auto-reproches et des auto-injures et va jusqu’à l’attente délirante du châtiment.1

    Force est de constater que la presque disparition des rituels de deuil, dans les sociétés occidentales, ne favorise guère le travail de deuil de l’individu. Lorsque ces rituels sont pris en charge par la collectivité, l’individu peut plus facilement renoncer à l’objet et sauvegarder l’amour pour l’objet et l’amour pour la vie. C’est le cas dans les sociétés tribales. C’était le cas, naguère encore, dans nos campagnes. La codification, par le groupe, de la durée et des modalités des rituels transforme le deuil en rite de passage. Le groupe prend ainsi en charge, symboliquement, le travail de restructuration psychique individuelle, célèbre dans la solidarité la vie et joue un rôle déculpabilisant pour les proches du défunt.

    L’escamotage de ces rituels, par contre, rend plus difficile le travail de deuil individuel. Si ce travail échoue, le sujet se retrouve aux prises avec la béance de l’absence et l’éventualité de sa propre chute dans l’épaisseur de la nuit, dans le néant.

    ***

    On le voit, la question de la mort est intrinsèquement liée à celle de la temporalité. Si ce dernier concept est récent, son contenu renvoie à la méditation de l’homme sur ses rapports au temps, méditation ancienne, dont témoignent aussi bien les conceptions linéaires du temps que celles de l’éternel recommencement. Le temps coule, ou plutôt, c’est nous qui coulons, faute d’un point stable où nous agripper. Le passé absorbe l’avenir et l’avenir est l’estuaire de l’homme qui ouvre sur l’opacité de la fin. C’est du sentiment – ou de la prise de conscience – que la mort est notre propre avenir, en tant qu’être-pour-la-mort, que surgit l’angoisse. Angoisse qu’aucune stratégie pour dénier la mort ne parvient à occulter longtemps. On pourra en avoir confirmation en lisant le présent ouvrage. Plusieurs des travaux ici publiés ont, en effet, pour toile de fond, explicite ou implicite, la problématique de l’être-pour-la-mort. Écrire et/ou décrire la mort constitue, pour un certain nombre des auteurs analysés, au-delà de la création littéraire, un questionnement angoissé sur l’être-pour-la-fin de l’auteur lui-même. L’angoisse de mort y est souvent configurée comme angoisse du néant.

    Amadeo López

     Sommaire Amadeo López - Présentation. Être-pour-la-mort et angoisse
    María Angélica Semilla Durán - La Muerte. Proliferación y vértigo en El desbarrancadero de Fernando Vallejo
    Nathalie Lalisse-Delcourt - Les trompe-la-mort dans Altazor et Temblor de cielo de Vicente Huidobro
    Clément Tournier - Le sexe et la mort dans La secta del Fénix de Jorge Luis Borges.
    Lina Iglesias - Figures de l’enfant et de la mort dans l’œuvre poétique de Leopoldo María Panero
    Béatrice Ménard - Tiempo, muerte y poesía en los sonetos de Jorge Cuesta
    Amadeo López - El rostro anonadador de la muerte en « el Cristo yacente de Santa Clara de Palencia » y otros textos de Miguel de Unamuno
    Sylvie Turc-Zinopoulos - El árbol de la ciencia de Pío Baroja et la mort : une approche schopenhauerienne
    Florence Olivier - Entre la vie et la mort : du simulacre à l’identification dans …« Notas de un simulador » de Calvert Casey
    Jaime Céspedes - Función ideológica de la muerte en Veinte años y un día de Jorge Semprún
    Monique Plâa - L’écriture de la mort dans Palinuro de México de Fernando del Paso
    Yolande Trobat - La menace de mort cortazarienne
    Christina Komi-Kallinikos - Le Lance-flammes arltien : entre le non-sens et le non-être, un voltigeur aux bords du Néant
    Françoise Moulin Civil - La mort et le vide : Pájaros de la playa de Severo Sarduy

     

     

     

       

     

       
  • Cahiers du GRELPP - Figures de la violence dans la littérature de langue espagnole (2)
    No 4 (2003)

    Les textes ici publiés correspondent aux communications présentées lors du 2e Colloque International organisé par le GRELPP, les 5, 6 et 7 décembre 2002 à l’Université de Paris X-Nanterre, sur le thème « Figures de la violence dans la littérature de langue espagnole ».

    Ce colloque a parachevé le deuxième cycle des travaux menés par le GRELPP depuis 2000 sur ce même thème, travaux qui ont par ailleurs fait l’objet d’une autre publication1.

    L’objectif de ce colloque était d’étudier – suivant une approche philosophique et/ou psychanalytique – la façon dont les auteurs hispaniques et hispano-américains mettent en scène la violence, l’élaboration qu’ils en font à partir des relations intersubjectives « réelles » et fantasmatiques qu’entretiennent les personnages avec leur entourage familial et social, et la place qu’y tient éventuellement la réalité socio-historique de référence.

    L’intérêt que cette problématique a suscité chez de nombreux chercheurs de différentes spécialités de l’Hispanisme confirme – le précédent colloque2 l’avait déjà rendu manifeste – qu’une approche interdisciplinaire des œuvres littéraires ouvre des voies fécondes à la critique.

    Les organisateurs ont reçu plus de soixante propositions de communications – venant de différents pays – dont seule une quarantaine a pu être retenue. Cette limitation a été nécessaire pour placer toutes les communications en séancPallínes plénières afin de favoriser la continuité de la réflexion et l’approfondissement des débats. Que toutes celles et tous ceux dont les travaux n’ont pas été retenus veuillent bien nous en excuser, d’autant que ces propositions entraient, en général, tout à fait dans la problématique du colloque.

    Sous des figures multiples, la violence résonne au cœur de l’Être et, par conséquent, au cœur des sociétés et des individus de manière permanente. Imposée ou subie, elle habite le psychisme de l’individu, comme elle habite les relations sociales et l’Histoire. Rien d’étonnant donc que son caractère protéiforme se soit amplement déployé, de tout temps, dans la création littéraire.

    Les textes du présent ouvrage portent – à l’instar de ceux du colloque sur l’image parentale – sur des œuvres précises, très diverses quant au genre, au

    temps et à l’espace. Ils concernent le théâtre, le roman, la poésie – en Espagne et en Amérique hispanique – et s’étalent du Moyen Âge à nos jours. On découvrira ainsi que les multiples configurations de la violence par et dans la création littéraire réfléchissent de nombreuses constantes socio-historiques et existentielles qui tenaillent les individus et les sociétés.

    Les 38 articles ici publiés sont regroupés en 5 parties, en fonction de la figure saillante de la violence qu’ils analysent. Figure saillante, car la lecture des communications permet d’observer que leurs auteurs soulignent souvent la présence, dans les œuvres analysées, de plusieurs visages de la violence.

    Les parties s’organisent ainsi :

    – Violence ontologique (6 articles).

    – Violence et langage (9 articles).

    – Violence et Histoire (11 articles).

    – Violence, pulsion de mort et catharsis (7 articles)

    – Violence sadique (5 articles).

    Les titres des parties, et l’ordre dans lequel ils sont présentés, prétendent rendre compte des principales idées-force qui sous-tendent ces textes – comme elles ont sous-tendu les discussions lors du colloque – et leur connexion conceptuelle.

    Les articles classés dans la partie « Violence ontologique » s’attachent à dévoiler ce fond obscur de l’englobant, cette violence qui sourd dans la nuit des origines, violence originelle qui marque d’un sceau indélébile le psychisme de l’individu et la conduite des sociétés. C’est dans ce fond obscur, dans cette nuit des origines qui précède, enserre et conditionne l’individu et les peuples, que se trouve sans doute la raison de la violence et celle de ses multiples manifestations. C’est là aussi que se nouent, intrinsèquement, la violence et la mort et s’enracine le destin ambivalent de l’homme qui est à la fois sujet et objet de la violence individuelle et collective.

    Les articles qui figurent dans la deuxième partie – « Violence et langage »–, soulignent combien le langage est un carrefour de manifestations de la violence. Il est intersection de multiples figures de la violence et représentation du drame qui l’habite, mais aussi espace d’interprétation, de distanciation et de remodelage. Il est le lieu où l’intelligibilité – toujours mouvante – de la violence questionne celle du monde et celle de l’existence. On y voit clairement posée la question qui parcourt l’ensemble des travaux – question explicitement formulée

    également dans les débats du colloque – : la mise en scène littéraire de la violence contribue-t-elle à en exorciser les effets ou, au contraire, à les accentuer ? En d’autres termes, il s’agit de s’interroger sur l’ambivalence du déploiement violent du langage, sur la portée de la transgression linguistique et sur les rapports de cette transgression avec l’inconscient.

    On ne s’étonnera pas que la troisième partie – « Violence et Histoire » – rassemble le plus grand nombre d’articles. La violence est inhérente à l’histoire des peuples, elle en est sans doute le moteur. Or, la création littéraire – comme toute création d’ailleurs – a toujours maintenu un rapport étroit avec la réalité historique et sociale dans laquelle elle voit le jour. La fiction se meut sur fond d’un questionnement en prise sur les interrogations, les problèmes et les angoisses de la société qui la nourrit. Il n’est donc pas surprenant que la création littéraire du XXe siècle ait puisé abondamment son inspiration et ses thèmes dans des référents historiques généralement précis, où la violence institutionnalisée a souvent frisé l’indicible. C’est ce que montrent les articles de cette partie, qui portent tous sur des œuvres publiées au XXe siècle.

    Les textes de la quatrième partie – « Violence, pulsion de mort et catharsis » – explorent quelques-uns des arcanes de l’inconscient et la stratégie de leur mise en scène littéraire. Si la pulsion de mort, sous le mode objectal, déchaîne la violence et cause des ravages irréversibles, elle peut aussi, en tant que source maîtrisée d’inspiration littéraire, jouer un rôle positif. Déployée dans l’espace de la création, remodelée dans et par les mots, la violence peut alors avoir une fonction cathartique, non sans rapport avec l’un des buts que Freud assigne à la psychanalyse, celui de soulever le voile d'amnésie qui recouvre l’histoire individuelle et l’histoire collective.

    Dans la dernière partie – « Violence sadique » – sont rassemblés 5 textes qui présentent différentes modalités de l’une des figures les plus aiguës et perverses de la violence, celle qui révèle sans doute aussi le mieux ses contradictions. Ces articles montrent que la conduite sadique se meut dans l’espace de l’exacerbation, en quête d’une jouissance qui laisse le bourreau toujours insatisfait. Le sadique, en effet, vise à objectiver la conscience de l’autre. Mais, dans cette objectivation, il affirme en même temps son désir d’être reconnu comme cause par cette autre conscience ainsi objectivée. Et, ce faisant, le sadique se rend incapable de jouir pleinement de son acte puisque l’autre, objectivé, cesse d’être, sous le même rapport, intériorité. En cela consiste, en dernier ressort, l’échec de la conduite sadique, ce qui explique la rage de néantisation totale qui anime le sadique.

    On saura gré aux auteurs de ces travaux de nous montrer, en se plaçant à un très haut niveau d’exigence conceptuelle, l’articulation des figures de la violence très finement analysées – ontologique, langagière, historique, pulsionnelle, sadique – avec leur mise en scène littéraire. Ils ont tous fait preuve d’un constant souci d’établir un lien explicite et pertinent entre le tourbillonnement du psychisme et ses manifestations réélaborées dans les œuvres littéraires de référence.

    La violence est inhérente à la condition humaine. Elle surgit de l’épaisseur nocturne qui précède et englobe l’individu et les peuples. Elle est constitutive de l’être-au-monde de l’homme. En ce sens, elle semble inéluctable. Mais l’être-au-monde comporte aussi la culture, ce en quoi on identifie l’humain. La culture est appel à maîtriser et à transcender ce côté obscur, énigmatique, fascinant qui gronde dans l’inconscient collectif. Scruter ce fond, le dire, le représenter, c’est quelque peu le tenir en laisse. La représentation littéraire de la violence crée une distanciation par rapport aux couches les plus enfuies de l’inconscient. Lorsque l’Histoire permet ou favorise la libération de ces pulsions profondes, on frise les limites du langage. Mais le langage montre, tout au long de l’Histoire, sa capacité à récupérer le sens, même là où il a été aboli. Restaurer la puissance du langage pour dire l’indicible pourrait bien contribuer à maîtriser, au moins quelque peu, la violence.

    Amadeo López

     

    TABLE DES MATIÈRES
    Amadeo López - Présentation


    Violence ontologique
    Juan Arana - La violencia como paradigma y clave del destino en la literatura de Borges
    Meercedes Rowinski-Geurts  - Terror/horror y la subsistencia/sobrevivencia del Ser en Cristina Peri Rossi
    François Delprat - Violence de la nature et violence dans l’homme : Canaima de Rómulo Gallegos
    Daniel Attala - Violence, réalité et idéal dans El matadero d’Esteban Echeverría
    Clément Tournier - Dieu et la violence dans Diana o la cazadora solitaria de Carlos Fuentes
    Lina Iglesias - Une violence originelle au cœur de la parole poétique de Julio Llamazares


    Violence et langage
    Marie-Claire Zimmermann - La violence sur scène en Catalogne : La sang de Sergi Belbel
    Annick Allaigre-Duny - Violence et poésie: Novo puis Cuesta : « a la altura de las circunstancias »
    Daniel Vives - Préhistoire et posthistoire du sujet de la violence et de la violence du sujet chez Nicanor Parra
    Carmen Medrano - La violencia en el lenguaje literario de Fernando Vallejo
    Carina González - La violencia de los límites : una configuración del sujeto en La estrategia de Chochueca de Rita Indiana Hernández
    Marita Caballero - Violencia y lenguaje en Vasconcelos : Ulises criollo
    Monique Plâa - De la fertilité de la violence dans Ceremonias del alba de Carlos Fuentes
    Amélie Adde - El Guzmán de Alfarache de Mateo Alemán : atalaya de la violencia

    Michèle Estela-Guillemont
    La violence du langage dans le Guzmán de Alfarache de Mateo Alemán


    Violence et Histoire
    Ève-Marie Fell - Ordre et chaos : la violence carcérale dans El Sexto de J. M. Arguedas
    Emmanuelle Sinardet - Violence et désintégration de la personnalité dans Huasipungo de Jorge Icaza
    Rut Ramón Viteri - Una lectura del Pasaje en Los Sangurimas
    Marie-José Hanaï - Violence réelle et violence inventée dans Historia de Mayta de Mario Vargas Llosa
    Diego Vecchio - « El encalabozado » : política y poética de la violencia en El mundo alucinante de Reinaldo Arenas 219
    Jean-François Daveti - El gaucho Dorda et la dynamique de la violence dans Plata quemada de Ricardo Piglia
    Sébastien Rutés - L’ambivalence du motif de la violence dans Días de combate et No habrá final feliz de Paco Ignacio Taibo II
    Yolande Trobat - Terrorisme d’État et violences féminines dans Viudas d’Ariel Dorfman
    Sylvie Bouffartigue - Lecture œdipienne de la Guerre d’Indépendance dans Le roman cubain de la République
    Florence Olivier - Fraternité républicaine et violence fratricide dans La campaña de Carlos Fuentes
    María Angélica Semilla Durán - Navegar en sangre : Juan Gelman, violencia y memoria


    Violence, pulsion de mort et catharsis
    Sadi Lakhdari - Violence et pulsion de mort chez les enfants dans les romans de Benito Pérez Galdós
    Paciencia Ontañón de Lope - Violencia, castración y muerte en Lo prohibido de Benito Pérez Galdós

    Sylvie Turc-Zinopoulos - Les figures de la violence dans Tormento de Benito Pérez Galdós : Rosalía de Bringas ou l’utilisation de l’Autre en miroir de soi.
    César García de Lucas - El abrazo de Eros y Tánatos en Cárcel de Amor de Diego de San Pedro
    Maribel Martínez López - Violencia y catarsis en el último teatro español. Lista negra de Yolanda Pallín y Caricias de Sergi Belbel
    Esteban Ponce Ortiz - Violencia y catarsis en El Salvador. Observaciones sobre lo abyecto en la poesía de Roque Dalton.
    Françoise Mounlin Civil - Les maux et les mots de Julia. Dire la violence dans El Tigre y la Nieve de Fernando Butazzoni


    Violence sadique
    Claude Fell - Figures du sadisme dans La Fiesta del Chivo de Mario Vargas Llosa
    Adelina Escamilla Sánchez - Violence sadique dans le Poema de Mio Cid
    Christina Komi-Kallinikos - El jorobadito de Roberto Arlt, une figure du sadisme
    Nieves Pérez Abad - Cien años de violencia y soledad en El otoño del patriarca de Gabriel García Márquez
    Béatrice Ménard - Violence, poésie et mémoire dans Estrella distante de Roberto Bolaño

     

     
  • Cahiers du GRELPP - Figures de la violence dans la littérature de langue espagnole (1)
    No 3 (2002)

    Voici le troisième tome des Travaux et Recherches du GRELPP (Groupe de Recherches en Littérature, Philosophie et Psychanalyse). Il rassemble onze des communications faites et discutées, lors des séminaires du GRELPP des années 2000 à 2002, sur le thème “Figures de la violence dans la littérature de langue espagnole”. Comme dans les deux tomes précédents – consacrés à “L’image parentale dans la littérature de langue espagnole” –, les travaux ici publiés proposent une lecture des œuvres littéraires suivant une grille principalement psychanalytique et/ou philosophique.

    Comme on pourra le constater à la lecture de ces textes, le thème de la violence ouvre à la critique littéraire des voies multiples. En même temps, il interroge sur la nature même de la violence, sur le processus de sa mise en scène littéraire, ainsi que sur les rapports de la fiction avec la réalité socio-historique et existentielle de référence.

    Cette interrogation est sous-jacente dans les textes publiés, comme elle l’a été dans les débats lors de ces communications et dans ceux du cycle consacré à “L’image parentale”. Rien d’étonnant, car la notion de violence n’est pas aisée à cerner.

    Le titre “figures de la violence” – au pluriel – porte la marque de la diversité des voies que les travaux du GRELPP tentent d’explorer, diversité dont le sommaire laisse entrevoir quelques-uns des principaux axes. Ce titre s’autorise, certes, de la spécificité interdisciplinaire du groupe. Mais il s’autorise également, et surtout, de la polysémie du terme “violence”, reflet des multiples visages que prend, dans les sociétés et chez l’individu, la réalité de l’objet que ce terme désigne.

    Étymologiquement, “violence” vient du latin violentia, qui signifie “abus de la force”. La notion “d’abus” renvoie à celle d’un acte volontaire. Cependant, si les dictionnaires indiquent généralement le sens étymologique de “violence”, le rang qu’occupe, dans l’ordre des acceptions, la source volontaire de la force varie selon les dictionnaires. Ainsi, Le Petit Larousse ne fait apparaître la notion d’abus de la force qu’en 4e position – “Faire violence à : contraindre quelqu’un par la force”. Par contre, Le Petit Robert met l’accent, dans les deux premières acceptions – il en comporte quatre –, sur la notion d’abus de la force :

     

    1. Agir sur quelqu’un ou le faire agir contre sa volonté, en employant la force ou l’intimidation. 2. Acte par lequel s’exerce cette force. 3. Disposition naturelle à l’expression brutale des sentiments ; cette expression. 4. Force brutale (d’une chose, d’un phénomène).

     

    On remarquera que l’acception 4 du Petit Robert – qui correspond à la 1re du Petit Larousse – indique que la source de la “force brutale” peut ne pas être une volonté, ni un désir de jouissance en nuisant à autrui, mais “la démesure des phénomènes naturels, l’excès de certaines forces destructrices qui outrepassent l’ordre et la mesure habituelles”1, comme le souligne Hélène Frappat. Cette idée mérite d’être retenue, car on la rencontre en philosophie, déjà chez les Présocratiques2, et en psychanalyse. Les exemples du Petit Robert concernant “l’ordre psychologique”3 s’inscrivent dans le sens étymologique du mot “passion”, qui veut dire “pâtir”. Dans la passion, le sujet n’agit pas, il “est agi”.

    C’est ainsi que l’on pourrait sans doute entendre la notion de “violence fondamentale” dont parle Jean Bergeret4, violence comme instinct de survie et d’autoconservation, sans intention de nuire. Cet instinct peut être rapproché du conatus (effort) dont parle Spinoza5.

    Dans ce sens, la violence a une connotation positive, puisqu’elle est au service de la vie. C’est ce qui amène Claude Balier à parler “d’étrange paradoxe” de la violence, car elle est à la fois “nécessaire pour être et pour créer”6 et meurtrière sous de multiples formes extrêmes. L’article de Claude Balier, dont je viens de donner les références en note, ouvre des voies nouvelles et intéressantes à la réflexion sur l’ambivalence de la violence. L’auteur situe d’ailleurs explicitement sa démarche dans cette perspective :

     

    [En explorant cet “étrange paradoxe”] nous nous inscrirons dans une nouvelle page de l’histoire de la psychanalyse, en abordant des thèmes jusque là peu étudiés dans leur concrétude et en accompagnant un certain “décentrement” qui va du princeps de la pulsion à l’importance attribuée au rôle de l’objet externe.1

     

    L’article de Claude Balier aborde la violence à partir d’une étude métapsychologique du viol. L’auteur admet que ce choix puisse étonner. Il le justifie en soulignant que “viol” et “violence” ont la même racine.

     

    Cet article introduit une lisibilité, parfois surprenante mais suggestive, de l’ambivalence de la violence. J’en soulignerai seulement deux points. Le premier concerne la priorité accordée à l’objet par rapport aux pulsions. C’est à partir de l’objet, tel qu’il se manifeste dans l’analyse clinique, que l’auteur identifie la raison du viol :

    L’analyse du discours de nombreux sujets ayant commis un viol, de leurs cauchemars, de leurs angoisses, de leurs phobies intenses, m’ont convaincu que l’acte avait été déterminé par une peur panique d’intrusion dans le monde interne, réveillée par les traces d’un objet primaire pénétrant. Un clivage solide isole une zone fragile du reste de la personnalité qui se déploie selon des critères ordinaires, névrotiques ou pseudo-névrotiques, et donne l’apparence de la banalité.1

    Cette approche du viol vise à faire disparaître la confusion entre pulsion sexuelle et pulsion violente. La raison de cette confusion tient au fait que l’on analyse le viol en termes essentiellement d’outrance pulsionnelle, au lieu de l’analyser à partir de l’objet.

    Le deuxième point de l’article que je voudrais souligner, c’est le rôle positif que peut jouer la violence dans la structuration identitaire du sujet, à condition qu’il y ait une instance maternelle inébranlable face aux “assauts violents de l’enfant”. Si cela est, le rôle structurant de la violence peut se manifester. En voici les contours :

    [La] valeur constructive de la violence consiste à détruire l’objet-chose afin que naisse la représentation, en retrouvant cependant l’objet externe intact, ce qui permet au mouvement agressif d’être perçu comme un fantasme. Ainsi naît l’objet psychique, et la solidité de l’identité.2

    Dans sa forme négative, par contre, la violence est déstructurante et meurtrière :

    La violence ne naît pas d’une réalité contraignante, ce serait alors de l’agressivité, elle effectue un travail de déshumanisation, par le meurtre effectif de l’objet psychique.3

    On voit le parti que l’on peut tirer de cette approche pour une analyse de plusieurs figures de la violence. Le meurtre de l’objet psychique est l’un des points qu’il convient, sans doute, de prendre en considération. Comme il convient de prendre en considération le rôle que joue la carence des objets externes – notamment des instances paternelle et maternelle – dans “l’abolition des limites dedans-dehors”4 chez l’enfant et, conséquemment, les manifestations destructrices de la violence.

    Ce qui précède indique que les figures de la violence sont multiples et qu’il n’est pas aisé de trouver des critères à la fois suffisamment concis et suffisamment amples pour subsumer sous le terme “violence” des manifestations brutales de la force, comme l’indique son étymologie, dans des champs très différents, comme l’histoire des sociétés, la vie sociale, la vie familiale ou l’individu lui-même, dont l’expression “se faire violence” annonce déjà la lutte qui s’y noue.

    Du point de vue de sa définition, la violence se présente donc comme objet protéiforme, toujours fuyant par sa proximité avec d’autres concepts, dont les contours sont en osmose avec ceux de la violence, comme force, pouvoir, autorité, contrainte, oppression, transgression, instincts, agressivité, conflits, etc.

    Ce caractère protéiforme se nourrit sans doute de cette “part de nuit”1 en l’homme et autour de l’homme dont parle Michel Foucault. Nuit des origines des peuples et des individus qui pourrait expliquer la présence de la violence dans les “mythes fondateurs” de tous les peuples et son caractère “indicible”, comme dit Hélène Frappat :

    La violence relève de l’histoire des peuples : c’est un instrument qui, comme tel, est indicible, insondable ; elle fait partie de ces “choses cachées depuis l’origine et la fondation du monde”, pour reprendre l’expression de René Girard. C’est pourquoi on la retrouve parmi les mythes et les récits fondateurs, tous ces apologues dans lesquels ce moyen de l’évolution historique et de la fondation des États a droit de cité.2

    Nul doute que “ces choses cachées” ne jouent un rôle important dans les manifestations de la violence au niveau individuel. La psychanalyse a sans doute beaucoup à nous apporter sur ce terrain, comme elle l’a fait sur celui de l’image parentale, thème du précédent cycle du GRELPP.

    Au sens précis du terme, la violence n’est pas un concept psychanalytique classique, même si dans les écrits de Freud, notamment à partir de 1920, on la voit sourdre avec le concept des pulsions instinctives – pulsion de mort (Thanatos), de destruction et d’agressivité, antithétiquement inséparable de la pulsion de vie (Éros). Mais elle sourd voilée, tantôt comme manifestation des pulsions, tantôt comme leur ressourcement, sans que Freud ne l’ait jamais conceptualisée.

    Actuellement, cependant, la notion de violence est en train d’émerger, en tant que telle, dans le champ de la psychanalyse. C’est ce que font ressortir, par exemple, les auteurs de Le mal-être (angoisse et violence), dont la

    lecture me semble très éclairante. L’article cité de Claude Balier nous a permis, déjà, d’en entrevoir l’intérêt.

    Réfléchissant sur la généralisation accentuée du mal-être et de la violence sous des formes diverses dans les sociétés actuelles, André Green fait cette constatation concernant la présence de la violence dans l’espace de l’analyse psychanalytique :

    On ne saurait nier qu’ici encore, la violence pulsionnelle a envahi le cadre psychanalytique. Non qu’elle en fût absente dans le passé, mais elle est devenue aveuglante derrière les manifestations qui ont étendu le spectre du mal-être individuel [...] Il sourd de ce que l’on entend en analyse une violence latente qui couve à longueur de séances, risquant d’exploser à tout moment et de mettre en péril l’organisation psychique. Elle se manifeste tantôt par un passage à l’acte hors séance, tantôt par la menace d’un accident somatique imprévisible, ou par une implosion psychotisante plus ou moins irréversible.1

    André Green souligne le rôle déterminant joué par les médias dans l’excitation de l’expression pulsionnelle et dans le déclenchement des “signaux d’alerte du Moi. Parfois leur défaillance met leur valeur protectrice en question”2.

    S’interrogeant sur les causes des blessures du Moi, André Green en impute la responsabilité à la causalité psychique qui résulte de l’interaction de deux autres causalités, la causalité sociale et la causalité biologique :

    [La causalité psychique] émerge comme une création originale spécifique, irréductible à chacune des deux autres et habitée par une violence potentielle dont le déferlement paraît ne pas pouvoir être endigué lorsqu’elle se trouve activée.3

    L’auteur soutient que la violence s’enracine dans les pulsions dont il constate l’efficience, ou, comme il dit, la “dure réalité”4.

    Parmi les figures de la violence où la causalité psychique, dont parle André Green, révèle sa force destructrice et les profondes blessures du Moi, le sadisme occupe une place de premier ordre. Cette figure de la violence est très présente dans la littérature de langue espagnole – comme elle l’est dans la réalité historique, politique et sociale, aussi bien dans le domaine public que privé. Je n’insisterai pas ici sur l’importance que cette notion a dans la pensée de Freud. Je voudrais plutôt reprendre, succinctement, quelques réflexions que j’ai développées plus longuement ailleurs5 pour les verser au

    débat, réflexions qui s’inscrivent, me semble-t-il, dans la logique de l’instinct de mort.

    Dans le sadisme, dit Gilles Deleuze, le Surmoi introduit une dynamique de destruction sans cesse reprise et à reprendre, parce que l’instance du Surmoi ne peut tolérer de voir son interdit enfreint1. Dynamique de destruction que Georges Bataille met magistralement en évidence en analysant les héros de Sade dans leur rapport à la sexualité. “La négation des partenaires [dit-il] est […] la pièce fondamentale du système”2. Et c’est bien ce mouvement qui caractérise le sadique dont la volupté devant ses victimes appartient à ce monde “de déchéance et de ruine“3 qui, selon Georges Bataille, est la vérité de l’excès érotique. C’est là une idée visible dans de nombreuses œuvres du champ littéraire sur lequel portent les travaux du GRELPP. On en trouvera la confirmation dans la lecture de certains des travaux ici présentés.

    La jouissance sadique se nourrit de son propre tourment, révélant ainsi à la conscience l’abîme qui la sépare de l’objet du désir ou, en d’autres termes, son échec indépassable. La voie de la violence sadique amène à constater, avec Georges Bataille, que “seule la voracité d’un chien féroce accomplirait la rage de celui que rien ne limiterait”4. Le sadique, porté par sa “voracité”, par le principe négateur qui l’habite, n’aura de cesse qu’il n’ait réalisé l’image de soi en tant que conscience souveraine reconnue par le regard atterré de la victime, image de soi posée comme idéal d’apathie. Or, l’apathie, dit Maurice Blanchot à propos de Sade, “est l’esprit de négation appliqué à l’homme qui choisit d’être souverain. C’est, en quelque façon, la cause ou le principe de l’énergie”5. En cela réside le paradoxe de la souveraineté de l’homme énergique au sens où l’entend Sade : “il est l’homme de toutes les passions et il est insensible”6. C’est pourquoi Maurice

    Blanchot dit, avec raison, que, au centre du monde sadique, se dresse “l’exigence de la souveraineté s’affirmant par une immense négation”1.

    Nous atteignons ici la cime de la négation d’autrui, qui est sans doute aussi une manifestation de la négation de soi. Manifestation délicate, tant il est vrai que, dans son principe, la négation d’autrui est d’abord essentiellement – Hegel l’a montré – affirmation de soi. Cette négation est poussée à cette limite extrême où la conscience de la victime disparaît en tant que possibilité de tout regard positionnel. Ce qui signifie que la violence du mouvement négateur rend la conscience de la victime inapte, aussi bien à être conscience de soi, qu’à poser le bourreau dans sa transcendance.

    De ce fait, le processus de violence déclenché par le bourreau lui échappe. Car la violence obéit à des lois qui se situent en dehors de l’individu. Et c’est en cela justement que la négation à l’extrême d’autrui devient négation de soi, car la conscience sadique y découvre son impuissance à se maintenir comme essentialité. La furie destructrice de la conscience sadique se retourne alors contre soi, creusant ainsi encore davantage son manque-à-être. La loi de la jouissance sadique, prenant l’apathie pour axe, comporte en soi la dissimulation et la perte de l’objet fondamental du désir, autrement dit, la reconnaissance de l’autre. C’est ce qui fait dire à Sartre que le sadisme porte en soi sa propre contradiction. Le chapitre III de la troisième partie de L’être et le néant – dont le titre est “Les relations concrètes avec autrui” – est, sur ce point, particulièrement éclairant. Sartre y fait apparaître que la violence sadique – comme la violence masochiste qui n’est qu’une violence sadique inversée – révèle un vertige de la conscience en face de son manque d’être, vertige qui l’amène à des conduites répétitives, ce en quoi elle creuse davantage son manque-à-être, son malheur.

    En guise de conclusion provisoire sur la notion de violence, il me semble important de souligner deux points. D’abord, la grande profusion des figures que peut prendre la violence – profusion qui tient à son caractère intrinsèquement protéiforme – constitue une réelle difficulté pour en saisir les contours de manière univoque. Ensuite, le champ vaste et complexe dans lequel se meut la violence – dans la littérature, comme dans la réalité socio-historique et dans la structure psychique de l’être humain – ouvre à la recherche des voies inédites et fécondes. Certaines de ces voies sont amorcées dans les travaux ici rassemblés, travaux qui, à bien des égards, prolongent ceux du cycle précédent sur l’image parentale, tout en y introduisant une nouvelle lisibilité. Beaucoup d’autres restent à explorer. Si le lecteur repère dans ces textes des raisons de poursuivre la quête, cet ouvrage aura apporté sa contribution à la recherche.

     

    Amadeo López

     

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  • Cahiers du GRELPP - L'image parentale dans la littérature de langue espagnole (2)
    No 2 (2001)

    Les textes ici regroupés correspondent aux communications présentées lors du Colloque “L’image parentale dans la littérature de langue espagnole”, organisé par le GRELPP à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, les 24 et 25 mars 2000.

    Ce colloque est venu couronner le cycle des travaux que le GRELPP a menés depuis 1997 sur ce même thème, travaux qui ont fait l’objet d’une publication1.

    En organisant ce colloque, le GRELPP se proposait de promouvoir – dans la logique de ses objectifs – une interprétation des œuvres littéraires de langue espagnole, suivant une grille de lecture principalement psychanalytique.

    Le GRELPP tient, en effet, sa raison de l’idée que si la littérature a toujours maintenu des rapports étroits avec la philosophie et plus tard avec la psychanalyse, s’agissant de la littérature de langue espagnole, ces rapports sont particulièrement saillants. C’est sur cette idée que le

    GRELPP fonde l’hypothèse qu’une lecture pluridisciplinaire des œuvres littéraires est de nature à ouvrir des voies nouvelles et fécondes pour la critique.

    L’intérêt que la problématique de ce colloque a suscité chez de nombreux chercheurs de différentes spécialités de l’Hispanisme – ainsi que chez des psychanalystes – confirme, si besoin était, que cette hypothèse n’était pas vaine.

    Les organisateurs ont reçu une quarantaine de propositions de communications, venant de France et d’ailleurs, dont seulement la moitié a pu être retenue. Ayant fait le choix d’avoir toutes les communications en séances plénières pour favoriser la continuité de la réflexion et l’approfondissement des débats, il convenait d’en limiter le nombre. Ce ne fut pas tâche aisée, car la quasi totalité des propositions entrait tout à fait dans la problématique du colloque. Que toutes celles et tous ceux dont les travaux n’ont pas été retenus veuillent bien nous en excuser.

    Les textes ici publiés portent sur des écrits très divers quant au genre, au temps et à l’espace. Ces œuvres – théâtrales, romanesques ou poétiques – s’étalent du Moyen Âge à nos jours et concernent aussi bien des auteurs espagnols qu’hispano-américains. Une telle variété subsumée sous la problématique de l’image parentale pourrait surprendre. Il est vrai que l’entreprise était ambitieuse et pleine de risques. Mais le soin mis par les communicants à délimiter leur objet et la rigueur de leurs investigations ont eu raison de ces risques.

    Ce qui se dégage, en effet, de l’ensemble des travaux est une suite de variations sur un même thème, celui de la quête de l’Autre, cette instance du Tiers Fondateur dont dépend la structuration du sujet parlant. Lorsque cette instance se dérobe ou qu’elle est frappée de nullité par la parole de celle à qui il incombe de la promouvoir, le moi s’en va à la dérive. C’est là une ligne de force que la teneur et la richesse des débats lors du colloque ont bien fait ressortir.

    Les travaux de ces Actes sont une invite à poursuivre et à approfondir ce questionnement, tout en introduisant une lisibilité inédite de nombreuses œuvres littéraires où l’image parentale occupe une place de premier ordre. Au centre de l’image parentale surgit le père comme pivot incontournable. Car, comme le souligne Néstor A. Braustein :

    On peut aller au-delà du père, oui, à condition de s’en servir. L’acharnement qu’implique l’aventure ne va pas sans risques. Nombreux sont ceux qui y échouent. Ce sont ceux-là qui tentent et qui fascinent le romancier. C’est le point commun entre la psychanalyse clinique et la phénoménologie du roman authentique, les variations autour du même thème, celui des différentes modalités de l’échec de la métaphore paternelle.1

    S’il en est ainsi, la méthodologie d’analyse textuelle des travaux ici publiés constitue une lecture novatrice qui peut être féconde également dans d’autres espaces littéraires. L’éloquence des textes qu’elle rend visible offre à la réflexion philosophique et psychanalytique des matériaux à n’en pas douter utiles.

    Amadeo López

    1 Braustein Néstor A., in López Amadeo, La conscience malheureuse dans le roman hispano-américain contemporain. Littérature, Philosophie et Psychanalyse, L’Harmattan, Paris, 1994, “Postface”, p. 346.

    1 López Amadeo (Éd.), L’image parentale dans la littérature de langue espagnole, GRELPP, Travaux et Recherches 1, Centre de Recherches Ibériques et Ibéro-américaines, Publidix, Nanterre, 1er semestre 2000, 215 p.

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  • Cahiers du GRELPP - L'image parentale dans la littérature de langue espagnole (1)
    No 1 (2000)

    Cet ouvrage rassemble dix communications présentées et discutées lors des séminaires du GRELPP (Groupe de Recherches en Littérature, Philosophie et Psychanalyse), de 1997 à 1999. Ces séminaires ont été consacrés à « L’image parentale dans la littérature de langue espagnole ».

    L’image parentale occupe une place importante dans la littérature hispanique et hispano-américaine. Étroitement liée à la question identitaire, elle se manifeste sous des formes diverses dans de nombreuses œuvres de fiction. Cela tient sans doute au contexte sociohistorique des auteurs de langue espagnole, mais plus profondément encore à la spécificité et à la force de l’imaginaire en tant que façon d’habiter le monde, non pas en neutralisant le réel, comme l’affirme Sartre, mais en visant le réel dans un horizon pressenti par le sujet comme un ailleurs fondateur susceptible de satisfaire la demande. Autrement dit, l’imaginaire se trouve au centre de l’existence, à la fois comme ressourcement du comportement et comme béance dans l’être, toujours menaçante. En ce sens, le questionnement sur l’image parentale ici proposé ouvre à d’autres littératures.

    Le processus d’identification du sujet requiert en effet une instance – ou des instances – garantissant son ancrage dans une généalogie. Que cette instance vienne à manquer ou que sa parole soit frappée de soupçon, et voilà le processus identificatoire sapé à la base. L’individu s’en va alors à la dérive, rejeté dans les affres de n’avoir de lieu nulle part, parce que les traces du lieu fondateur se sont effacées.

    Sans fondement initial, il n’y a pas de sujet parlant. La structuration du sujet se joue sur fond d’une relation métastable entre l’image que le regard de l’autre lui renvoie et la façon dont il intériorise cette image. Ce fondement peut être celui du père, de la mère, de la famille restreinte ou d’un groupe plus vaste. Car si la famille est variable suivant les civilisations et, dans une même civilisation, suivant le temps, il n’en demeure pas moins que, à travers ses multiples visages, elle joue toujours un rôle d’ancrage du sujet humain dans une histoire, et donc dans son histoire.

    S'il en est ainsi, on comprend aisément combien l’évolution des mœurs et des techniques en matière de procréation peut introduire de bouleversements quant au principe fondateur et à la façon dont l’individu se situe par rapport à ce principe. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, les mutations qui s’annoncent entraîneront de grands changements dans la façon dont l’individu se représente son arrimage à ce que Pierre Legendre appelle l’instance logique du Tiers fondateur, autrement dit, dans la façon dont il se représente son existence de sujet parlant en tant que sujet qui a sa Raison dans l’Autre. Sans cet Autre premier, témoin et garant de son existence justifiée, le sujet parlant se trouve dans une situation analogue à celle de l’arbre sans racines. L’arbre sans racines meurt. Le sujet humain, privé de l’enracinement de la filiation, est livré aux intempéries de l’être-en-dehors, sans jamais pouvoir rentrer dedans, faute d’indices lui indiquant le chemin de la maison.

    L’importance de l’instance fondatrice et de son regard sur le devenir du sujet se manifeste déjà dans le nom qui lui est attribué. Le nom assigne, en effet, une origine au sujet parlant et lui trace en filigrane sa place dans la société. De ce fait, il occupe un point clef dans la stratégie identitaire par rapport au sujet et par rapport à la collectivité. Car, comme le souligne Pierre Legendre, « l’arrimage du sujet à l’institution du nom dans l’histoire des sociétés »1 est une donnée constante, même si la façon dont cet arrimage se manifeste varie selon le temps et l’espace. Et c’est pourquoi, il convient de repérer ce « dénominateur universel » qu’est « la logique du Tiers fondateur » ou « principe totémique, qui fait du nom une pièce maîtresse des montages de la filiation »2. Et au centre de ces montages se trouve « ce qui les fait tenir : une représentation du Père – invention culturelle d’essence logique, partout à l’œuvre dans l’humanité »3. Sans cette référence première, il n’y a pas de réalisation primordiale, c’est-à-dire identitaire, de soi.

    L’étude de l’image parentale, telle qu’elle se trouve mise en scène dans un texte littéraire, est donc de nature à éclairer d’un jour nouveau le sens et la structure des œuvres étudiées. Elle repose, en principe, sur l’approche des manifestations, chaque fois singulières, de ce autour de quoi se fait la structuration d’un ou de plusieurs personnages ou entités assimilables.

    Les recherches que le GRELPP a menées sur cette question ont mis en évidence qu’à travers les liens d’intégration spatiale, temporelle et sociale, l’importance des relations objectales et des identifications, l’insertion dans un corps et dans un monde donné et les problèmes de changement qui accompagnent une vie, c’est toute la question de l’identité, individuelle et sociale, et des avatars de l’humain dans le monde hispanique et hispano-américain qui se trouve liée à l’image parentale.

    Les travaux ici présentés proposent une interprétation de quelques œuvres d’auteurs espagnols et hispano-américains suivant une grille de lecture psychanalytique.

    Ils étudient la façon dont ces auteurs mettent en scène l’image parentale, l’élaboration qu’ils en font à partir des relations intersubjectives « réelles » et fantasmatiques des personnages avec leur entourage familial et social, ainsi que la place qu’y tient ce que la psychanalyse a conceptualisé sous le nom de complexe d’Œdipe et de castration et/ou de représentations ou processus plus archaïques.

    En même temps, ces travaux – classés chronologiquement, par commodité, selon la date de publication des ouvrages de référence – proposent une méthodologie d’analyse textuelle qui pourrait être féconde, également, dans d’autres espaces littéraires. Si cela est, cet ouvrage aura apporté sa contribution à la recherche dans l’un des domaines où les productions littéraires réfléchissent un certain nombre de questions essentielles qui se posent à l’individu et aux sociétés.

     

    Amadeo López

    1 Pierre Legende, Leçon IV, suite 2. Fondement généalogique de la psychanalyse, par Alexandra Papageorgiou-Legendre, Fayard, Paris, 1990, p. 16.

    2 Idem.

    3 Idem.

     

    Table des matières

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  • Publication du GRECUN : La Nation en fête en Amérique latine (XIXème-XXIème siècles)
    No V (2018)

    Ce cinquième volume des Publications du Grecun (Groupe Etat, Culture, Nation dans le monde Ibéro-américain) intitulé « La Nation en fête en Amérique latine (XIXème-XXIème siècles) – Tome II / Festejando la Nación en América Latina (siglos XIX-XXI) – Tomo II » explore les différents procédés de construction du « corps national » en Amérique latine. Les différents articles proposés ici mettent en lumière les acteurs et les témoins, ainsi que les différents espaces – physiques et symboliques – de célébration et de contre-célébration du national, espaces où ne cessent de se mêler tensions et ambiguïtés. Un premier volet intitulé « Célébrations officielles et contre-célébrations » propose de revenir sur les différentes modalités de célébration de la nation, notamment à travers l’image, la commémoration ou encore le symbole. Dans un deuxième volet intitulé « Quand la Nation se fête ailleurs », nous avons souhaité dépasser les frontières géographiques et symboliques pour interroger la  transnationalisation de certaines pratiques. Cette section met en particulier l’accent sur la fabrique de « nouveaux » espaces publics et symboliques. Enfin, un dernier volet « Varia » est consacré aux « espaces juridiques et mémoires ».

    Dalila Chine Lehmann et Natalia Molinaro

     

    Sommaire

    Dalila Chine Lehmann et Natalia Molinaro

    Présentation

    • Célébrations officielles et contre-célébrations de la Nation

    Marie Lecouvey et Helia Bonilla

    Conmemoraciones de héroes aztecas en la ciudad de México e inclusión de los indígenas capitalinos (1867-1910): dos casos particulares

    Martín Pablo Otheguy

    La trahison des images : fêtes nationales et identités ethniques durant le premier péronisme (1946-1955)

    Sarah Dichy-Malherme

    La celebración oficial del Inti Raymi por la educación pública ecuatoriana: la reinvención de una tradición plurinacional

    Jérémie Voirol

    La fête autochtone du Pawkar Raymi à Otavalo (Andes équatoriennes). Entre reproduction et remise en cause des idéologies nationales du « métissage » et du multiculturalisme

    Estelle Amilien

    Amazonie et Antarctique péruviens : le drapeau comme vecteur d’intégration ?

     

    • Quand la Nation se célèbre ailleurs

    Clara María Avendaño M.

    Célébrer la victoire des armées de l’indépendance dans le Paris de la Restauration : entre manifestation et conscience d’appartenance

    Paola García

    Fiestas patronales y migración latinoamericana

    Danislady Mazorra Ruiz

    La imagen del 20 de Mayo en Cuba republicana

    Gloria de los Ángeles Zarza Rondón

    Festejando la Nación en América Latina. Fútbol, dictadura y cine: Argentina’ 78 a partir del género documental

    • Varia

    Espaces juridiques et mémoires

    Nathalie Jammet-Arias

    Del uso de las constituciones en Suramérica, de la afirmación de la independencia a la legalización de gobiernos autoritarios

    Enrique Fernández Domingo

    Les filiations discursives du Museo de la Memoria y los Derechos Humanos de Santiago du Chili

  • Publication du GRECUN : Pouvoirs, identités, résistences dans les arts visuels chiliens du XIXe au XXIe siècle
    No IV (2016)

    Cet ouvrage présente une nouvelle version des Publications du GRECUN (Groupe États, Culture et Nations dans le monde hispano-américain) qui seront désormais constituées d’un dossier thématique et d’une partie Varia. Ce volume est composé d’une quinzaine d’articles dont douze alimentent le dossier « Pouvoirs, identités, résistances dans les arts visuels chiliens du XIXe au XXIe siècle ». Les supports retenus pour cette étude sont variés : films, documentaires, caricatures, peintures, monuments, arts plastiques et littérature. Leurs objectifs, multiples, varient de la propagande à la critique du pouvoir ou à la dénonciation du contrôle social. Ils montrent les relations entre les Arts et la Société tout en interrogeant les liens entre Histoire et Mémoire. La pluralité des sources visuelles convoquées dans ce recueil permet de concevoir les liens entre pouvoirs, identités et résistance de façon nouvelle, détachée du texte écrit qui reste souvent une source privilégiée. Cet ouvrage reflète ainsi ce que sont les études civilisationnistes dans leur sens le plus global. Les contributions sont à l’image du caractère international propre à notre discipline et émanent de chercheurs chiliens, argentins, espagnols et français, aussi bien dans le dossier thématique que dans la partie Varia.

    Nathalie Jammet-Arias

    Alvar De La Llosa

     

    Sommaire :

     

    In memoriam

    Introduction

                Image et pouvoir

    Hernán Venegas Valdebenito (USACH, Chili)

    El cine documental en Chile: de la representación de los márgenes sociales a la centralidad de lo popular, 1950-1973

    Olga Lobo (Université Grenoble Alpes)

    De silencios y miradas perplejas: memoria y subjetividad en el documental chileno contemporáneo. Análisis de La ciudad de los fotógrafos de Sebastián Moreno y Reinalda del Carmen, mi mamá y yo de Lorena Giachino

    Michèle Arrué (Université Paris 8)

    El eco de las canciones d’Antonia Rossi (2010) ou la voix exilée

    Stéphanie Decante (Université Paris Nanterre)

    NO, de Pablo Larraín (2012) en el contexto cinematográfico chileno

    Elodie Giraudier (Université Paris 3-Sorbonne nouvelle)

    Les campagnes présidentielles chiliennes de 1958 à 1970 vues par la caricature

    Irene Depetris Chauvin  (CONICET, FLACSO)

    Mapas del Océano. Desplazamientos, imaginación y afecto en De latitudes en portrait de Enrique Ramírez

                Du Chili au monde : histoire nationale et images de guerre

    Enrique Fernández Domingo (Université Paris 8)

    Estatuas de los “grandes hombres” de la patria o el uso político del pasado en el espacio público de Santiago de Chile (1856-1935)

     

    Nathalie Jammet-Arias (Université Paris Nanterre)

    Au-delà des Andes, l’oubli ? Politiques de mémoire et monuments commémoratifs des victimes de la dictature au Chili,

    Jérôme Louis (Institut Napoléon)

    L’imagerie de la Guerre du Pacifique (1879-1883) : l’affirmation de valeurs nationales

    Alvar De la LLosa (Université Lyon II- Lumière)

    La exposición de Violeta Parra en el marco de las relaciones chileno-francesas entre 1960 y 1965

                Mots et spectacle

    Benoît Santini (Université de Boulogne-Côte d’Opale)

     La poésie visuelle chilienne de 1973 à nos jours : création et subversion

    Mirian Pino (Universidad de Córdoba, Argentine)

    La Efímera vulgata (2012) de Enrique Lihn y Luis Poirot: la doble mirada de un texto,

    VARIA

    Alexis Medina (Université Paris Nanterre)

    El ferrocarril transandino como instrumento de la construcción nacional en el Ecuador, 1862-1908

     

    Dalila Chine-Lehmann (Université Paris Nanterre)

    Il n'y a pas d'amour sans actes d'amour. Cérémonies civiques et intériorisation du sentiment patriotique dans les écoles primaires mexicaines

     Pérez Serrano (Universidad de Cádiz), A. Román Antequera (Université de Bourgogne)

    El control de la población en un imperio en declive: Filipinas bajo el dominio español en el siglo XIX

  • Publication du GRECUN - Numéro spécial - Construction de l’État-nation et résistances au Chili : de l’Indépendance au Front populaire
    2011

    Une langue et un territoire sont des éléments constitutifs d’une identité nationale, mais la naissance d’une nation est aussi le produit d’un processus d’interaction entre élaboration culturelle et action politique. Au Chili, l’indépendance souleva de nombreuses questions et provoqua des enjeux inédits. Dans plusieurs domaines – justice, fiscalité, économie – le Chili n’a pas rompu avec la période coloniale. L’économie d’exportation basée sur les monopoles d’État et la relation dominant/dominé restèrent inchangées de même que les pratiques politiques autoritaires – censure, division artificielle des pouvoirs –. La tutelle économique s’est déplacée vers la Grande-Bretagne, en dépit des efforts de la diplomatie française pour tisser des liens avec le Cône Sud. Si elle fut brutale, la rupture avec l’Espagne ne fut pas définitive ; plus tard, les deux pays s’épaulèrent dans le cadre des instances internationales et les deux Fronts populaires les rapprochèrent. La création nationale et identitaire se construisit en s’opposant aux autres : contre les pays voisins, en provoquant de nombreux conflits ; mais aussi contre un ennemi intérieur, l’Indien mapuche dont la résistance avait pourtant été exaltée au cours des guerres d’indépendance. Objet d’une politique de marginalisation, il finit par être exclu de l’imaginaire national, spolié par les pouvoirs publics et victime de violences physiques. Le christianisme utopique de Francisco Bilbao, présentant l’union de la légalité civique et du précepte moral religieux, fut abandonné au profit de l’exaltation des vertus guerrières. Dans les relations internationales mais aussi dans le pays, la violence constitua un fondement de la construction nationale en contribuant à exclure, par la loi, par des campagnes de dévalorisation ou par la force des armes, des groupes toujours plus nombreux – les asociales, les Mapuches – et à imposer ainsi les valeurs intrinsèques de la bourgeoisie chilienne.

     

    Sommaire

     

    Alvar De la Llosa, Nathalie Jammet-Arias, Enrique Fernández Domingo

    Introduction

     

    Francisco Albizu-Labbé

    Paradigmas identitarios y estrategias de la memoria en el Chile de la Independencia.

     - L’État et ses institutions

     Zunilda Carvajal

    La construction de l’identité de la Justice chilienne

    Nathalie Jammet-Arias

    Le prix de l’Etat ou le développement de la fiscalité au Chili, de l’Indépendance à la Guerre du Pacifique

    Marie-Noëlle Sarget

    Le rôle de l’Armée chilienne dans la construction de l’État-nation

     

    - Construction de l’État et résistances

     

    Enrique Fernández Domingo

    Élites, sociabilidad, espacio urbano y cultura política republicana liberal en Chile, 1891-1910

    Stéphane Boisard

    Autoritarisme et dictature au Chili (1810-1931) : réflexions autour de deux concepts

    Marcos Fernández Labbé

    “Los asociales”: mecanismos estatales de construcción de objetos marginales. Chile, 1900-1940

     

    III. Territoire et relations internationales

     

    Vicente Romero

    El nacimiento criollo del Estado chileno

    Alvar de La Llosa

    El reconocimiento diplomático de Chile por Francia: entre existencia internacional e intercambio

    de modelos políticos (1821-1830)

    Jérôme Louis

    Le Chili face à la Confédération péruano-bolivienne

     - Nation et présence indigène

     

    Natalia Molinaro

    “Indios argentinos”, “indios chilenos” : les concepts de nationalité, et de citoyenneté appliqués aux Mapuches, Pehuenches et Tehuelches du Territoire national de Neuquén (1884-1930), Argentine

    Michèle Arrué

    De la guerre de “pacification” de l’Araucanie à l’installation dans les “reducciones” : face aux tentatives de génocide et d’ethnocide, la résistance mapuche continue.

    Arauco Chihuailaf

    La violencia en territorio mapuche: de 1882 al primer tercio del siglo XX. Resistencia e integración

     - Résonances littéraires et medias

     

    Mónica Albizúrez Gil

    “Amo, Luego somos”: Francisco Bilbao y la escrituración de la santidad popular en la construcción de la nacionalidad

    Benoît Santini

    La Guerra del Pacífico en las Poesías populares de “El Pequén” (1880) de Juan Rafael Allende: construcción lírica del Estado-Nación chileno y defensa de una soberanía nacional a través de la escritura poética

    Luis Carlos Toro Tamayo

    La prensa moderna en Chile: vicisitudes en la instalación de un soporte de mediación cultural

     - Le Front populaire, une expérience novatrice ?

     

    Juan Luis Carrellán Ruiz

    Las relaciones de Chile con la República española (1931-1936): intercambios diplomáticos y comerciales

    Jesús Cano Reyes

    Desempolvando el libro de familia: intelectuales chilenos ante la Guerra civil española

  • Publication du GRECUN : École, culture et nation
    No III (2011)

    Voici enfin le volume n° 3 des cahiers du GRECUN. Sa publication s’est vue retardée en raison de diverses circonstances dont la plupart dépendent de l’éditeur. Mais pas toutes, car certains participants au séminaire n’ont pas fourni à temps, comme ils s’y étaient engagés, leur contribution, retardant par là même la parution du présent volume. Mais cela n’enlève rien ni à l’intérêt ni à la qualité des analyses proposées. Neuf études qui relèvent des problématiques débattues dans les séminaires du GRECUN autour de l’institution scolaire au sens large, des outils pédagogiques utilisés et des politiques éducatives mises en œuvre afin de contribuer à la construction ou au renforcement des identités ibériques et ibéro-américaines. Il est à remarquer que si un article traite de l’ensemble du continent (A. de La Llosa), un autre concerne le Pérou (E. Calero del Mar), deux s’intéressent à la construction identitaire de pays plus complexes : le Mexique (M. Lecouvey) et Bolivie (M. Laure et T. Gomez). Deux autres, particulièrement suggestifs, concernent la politique scolaire ou plutôt l’échec de la politique scolaire dans la minorité mexicaine de Californie (C. Lionet) et au Venezuela (D. Gay-Sylvestre). Enfin, deux autres concernent l’aire lusophone : l’un porte sur l’école à l’époque salazariste au Portugal (J. Da Costa) et un deuxième sur des problématiques raciales au Brésil (J. Santiago). Particulièrement éclairante est la dernière contribution (D. Agüero) : un témoignage sur l’éducation dans un lycée militaire argentin de la 2e moitié du XXe siècle. Le lecteur trouvera dans ces travaux, fort bien documentés, matière à réflexion sur les problèmes qui restent toujours d’une grande actualité dans le monde d’aujourd’hui.

    Thomas Gomez

     

    Sommaire

     Thomas Gomez

    Préface

    Alvar de La Llosa

    Les projets éducatifs de l'Alliance pour le Progrès (1961 – 1971) :

    la planification de l'éducation au service du développement économique ou des intérêts stratégiques de la Guerre froide ? IIe partie : Que faire ? Que mettre en place ? Des propositions pour l'avenir

    Edmer Calero del Mar

    La cultura peruana antigua y el nacionalismo en los manuales de Historia del Perú: 1940-1967

    Jorge P. Santiago

    La nation et les manuels scolaires entre le mythe de la démocratie raciale et l’émergence des revendications ethniques (Brésil- seconde moitié du XXe siècle)

    José da Costa

    L’école nationaliste : un instrument de conversion dans les annees 1930 au Portugal

    Marie Lecouvey

    « Nos ancêtres les Aztèques » ? Représentations du passé préhispanique et de la conquête à l’Académie des Beaux-Arts de Mexico, 1861-1911 : entre patriotisme et racisme

    Cathy Lionet

    L’échec scolaire dans la minorité mexicaine américaine :facteurs socio-historiques et acteurs socio-culturels du dix-neuvième siècle à nos jours

    Magali Laure de Pavón et Thomas Gomez

    La guerra del Pacífico en la formación de la identidad nacional, a través de los manuales escolares y la prensa. Un estudio de caso: Análisis de los manuales escolares y de la prensa

    utilizados durante las dictaduras militares en Bolivia (1964-1982)

    Dominique Gay-Sylvestre

    Écoles et missions bolivariennes. Révolution socialiste au Venezuela (1999-2009)

    Dimitri Agüero

    La educación del bachillerato en el Liceo Militar General San Martín (1972-1976)

  • Publication du GRECUN : La laïcité dans le monde ibérique, ibéroaméricain et méditerranéen :idéologies, institutions et pratiques
    No II (2006)

    Le présent ouvrage rassemble les communications présentées au colloque international sur ce sujet tenu les 1, 2 et 3 décembre 2005 à l'université Paris X Nanterre. Le choix de cette thématique, discuté en séminaire au Grecun, a été retenu pour trois raisons principalement. La première, quelque peu opportuniste et qui prend l'allure d'une commémoration, tenait compte du calendrier puisque le colloque a eu lieu, presque jour pour jour, un siècle après la proclamation de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État en France dont un des communiquants (P. Tournemire) a présenté la genèse et les circonstances qui ont présidé à sa mise au point. La deuxième raison a une signification plus scientifique puisqu'il nous est apparu qu'il convenait de clarifier la notion de laïcité en essayant de vérifier sa signification et sa pertinence à travers le temps et dans les divers espaces qui configurent le monde ibérique, ibéro-américain et méditerranéen.

    La troisième, dictée par l'actualité, tient aux discussions, voire aux polémiques, que suscitent

    l'idée même de laïcité et sa mise en œuvre dans différents contextes historiques, culturels, politiques et sociaux de l'espace géographique qui nous intéresse. La laïcité n'a jamais été autant à l'ordre du jour à un moment où « le fait religieux », pour prendre une expression à la mode qui se veut au-dessus de la mêlée mais qui n'est en réalité qu'un bel exemple de langue

    de bois, réinvestit l'espace public dans une tentative pour mettre à bas la neutralité de la puissance publique en matière de croyances et de pratiques religieuses. Comme si la laïcité était le strict contraire de la religion. De ce point de vue là, ce colloque aura permis de mettre l'accent sur la nécessaire clarification du contenu sémantique du terme, tout comme il aura permis de constater les fluctuations des pouvoirs publics au moment de mettre en place une politique officielle en matière de religion que ce soit en France, créatrice d'un modèle, ou chez ceux qui, en Europe ou en Amérique ibérique, ont essayé d'adapter ce dernier à leur réalité. La vaste aire géographique qui nous occupe porte l'empreinte profonde et millénaire de cultures intimement liées à la religion. D'où le caractère passionné des débats. Comme si la mise entre parenthèses de croyances et de pratiques religieuses à certains moments de la vie publique était ressenti par certains comme une menace, comme une atteinte à leur intégrité ou comme une amputation identitaire insupportable. Comme le lecteur pourra le constater à travers les vingt quatre communications de ce colloque international, dans le monde italien le débat est exacerbé, d'une pénétration, d'une actualité et d'une acuité rares, alors que dans les espaces français, portugais et ibéro-américain, il semble plus apaisé bien que pas moins fort. Comme si l'intensité du débat était directement proportionnelle à l'impact de la religion dans la vie publique des pays concernés. Un sujet d'étonnement, cependant, dans un tel contexte : l'Espagne. Une seule contribution, et tardive de surcroît, alors que l'appel à communication y avait été largement diffusé. Comme si la société espagnole, qui n'est pas moins pétrie de religion que l'italienne, répugnait à mener une réflexion sur un thème aussi sensible car, de toute évidence, il existe dans ce pays un déficit de réflexion sur un sujet aussi brûlant. On remarquera également que tous les articles ont pour dénominateur commun le catholicisme, sauf deux : un sur la laïcité dans le monde islamique (Maroc) et un autre dans l'espace judaïque (communauté juive au Brésil). Ils mettent en évidence les mêmes problématiques sous-tendues par les politiques locales du moment.

    Thomas Gomez

    Directeur du CRIIA

    André Legrand

    Préface

    Enzo Marzo

    La laïcité et le dogmatisme des religions

    Pierre Tournemire

    La loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État

    Fernando Catroga

    La laïcité : un modèle pour l’Europe du sud ? Les expériences historiques du Portugal et de l’Italie à la lumière du cas français

    Camille Foulard

    La laïcité, un modèle d’exportation ? Le cas des congrégations enseignantes françaises au Mexique, 1905-1940

    Vítor Neto

    La laïcité de l’État au Portugal

    José Da Costa

    Debates em torno do laicismo na Assembleia Nacional Constituinte de 1911

    Caroline Savi

    L’école publique italienne est-elle laïque ?

    Giacomo Losito

    D’une rive à l’autre du Tibre : la laïcité en perspective de longue durée

    Giovanni Bonato

    La laïcité et la protection pénale des religions en Italie

    Manuel J. Peláez

    Teorías de la laicidad en España. Laicidad, legislación y política anticlerical de la Generalitat de Catalunya (1931-1938 y 2003-2005)

    Oscar Freán Hernández

    La lutte pour la laïcité : l'éducation rationaliste à La Corogne

    Pablo Pineau

    Moral, Estado e Iglesia: un acercamiento al caso argentino

    Jorge Enrique González

    Positivismo y laicismo. Análisis comparado Colombia-México en las postrimerías del siglo XIX

    Jean-Yves Mérian

    Laïcité, citoyenneté et République au Brésil. De l’Empire à la République (1870-1891)

    Alvar de La Llosa

    Independencia, República y Laicidad: el debate en torno a la Constitución cubana de 1901

    Françoise Martínez

    L’Église et les congrégations religieuses à l’épreuve du libéralisme bolivien : débats, résistances et tolérances éducatives

    Emmanuelle Sinardet

    José Peralta et l’école laïque : la « révolution » alfariste en question (1895-1906)

    Inés Laborde Patrón

    La religión cívica y laica uruguaya: un proceso social de separación entre el Estado y la Iglesia católica

    Maurizio Russo

    Las relaciones Iglesia-Estado en El Salvador entre luchas políticas y búsqueda de un nuevo marco institucional

    Barbara De Poli

    Aspects socio-politiques de la sécularisation dans le Maroc contemporain

    Henri Acselrad

    De Vilna à Rio de Janeiro : territoires de la laicité juive

    Jaime Céspedes Gallego

    La Armonía o la escuela en el campo de Higinio Noja Ruiz : autobiografía de un anarquista moderado sobre la educación laica

    Graça dos Santos

    Le séminaire, école des pauvres, dans Matin perdu (Manhã submersa – 1953) de Vergílio Ferreira

    Claudia Poncioni

    Cecília Meireles : l’actualité de ses chroniques laïques

  • Publications du GRECUN : École, culture et nation
    No I (2005)

    Le présent volume rassemble les contributions présentées et discutées lors des premiers séminaires. On pourra y trouver des études fort intéressantes sur le rôle de l'école dans la formation sociale et nationale en Argentine (Axel Gasquet, Esther Rippa et Marietta Gargartagli), sur l'école sous deux régimes autoritaires (José R. Labandeira sur l'Espagne de Primo de Rivera et Claudia Poncioni sur le Brésil de Getulio Vargas), sur la nature des livres d'histoire utilisés dans les écoles brésiliennes et le traitement de certains événements (Silvia Capanema), sur le combat sans pitié entre l’Église catholique et les libéraux pour le contrôle de l'école publique en Colombie (Jorge Enrique González), sur le rôle de la télévision dans l'éducation en Italie sous le régime de Berlusconi (Gius Gargiulo) et sur la politique scolaire et éducative proposée par les États-Unis pour l'Amérique latine à travers l'Alliance pour le Progrès (Alvar de la Llosa).

    Sommaire

    Thomas Gomez
    Introduction


    José Rodríguez Labandeira
    Las escuelas en España durante la dictadura de Primo de Rivera


    Gius Gargiulo
    D’une éducation catholique à une éducation cathodique. La télévision commerciale berlusconienne comme projet publicitaire et religieux pour la formation du consensus politique en Italie


    Axel Gasquet
    Escuela y normalización idiomática en la formación de la nacionalidad argentina (1852-1910)


    Ester Rippa
    La escuela argentina: entre europeísmo e «higiene» nacional (1884-1930)


    Marietta Gargatagli
    La escena de la instrucción en la literatura argentina


    Sílvia Capanema P. de Almeida
    L’Autre intérieur dans les manuels d’histoire du Brésil et dans la Revolta da Chibata (Rio de Janeiro, 1910) : Articulations sur deux lieux de compréhension


    Claudia Poncioni
    Éducation et Modernisme dans le Brésil de Getúlio Vargas (1930-1945)


    Jorge Enrique González
    La Iglesia Católica y el liberalismo colombiano en el siglo XIX: el Syllabus


    Alvar de La Llosa
    I ère partie : Les projets éducatifs de l'Alliance pour le Progrès (1961-1971) : la planification de l'éducation au service du développement économique ou des intérêts stratégiques de la Guerre froide ?

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