Peindre l’indicible: représentation des violences sexuelles dans deux œuvres d’Antonio Fillol (1870-1930)
Resumen
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle quelques peintres ont rejeté l’imaginaire érotique fondé depuis la Renaissance sur les violences faites aux femmes. Sous l’essor d’une nouvelle esthétique du réel qui se développe dans la littérature et les arts, « l’art du viol » se renouvelle, s’adapte dans ses thématiques et ses formes à la représentation de la vie moderne. Cette peinture réaliste, dite aussi sociale, s’efforce de représenter et de dénoncer les violences sexuelles, celles subies par les prostituées, mais également les viols évoqués souvent dans les romans ou dans les faits-divers des journaux. Pour peindre les violences sexuelles contemporaines, l’indicible, l’inénarrable, le non-décrit des lacunes du langage, les artistes se servent d’une figuration elliptique qui suggère les crimes. Dans cet article nous analysons deux toiles du peintre Antonio Fillol (1870-1930), et les procédés conceptuels et plastiques mis en œuvre par l’artiste pour peindre l’indicible, l’indescriptible des violences sexuelles : El Sátiro (1906), qui évoque le viol contemporain d’une fillette, et La bestia humana (1897) qui dénonce une agression sexuelle socialement acceptée, celle des prostituées.
Mots-clés : Antonio Fillol; violence sexuelle; peindre l’indicible; El sátiro; La bestia humana.
En la segunda mitad del siglo XIX, algunos pintores rechazaron el imaginario erótico basado desde el Renacimiento en la representación de las violencias sexuales. Bajo el impulso de una nueva estética de lo real, que se desarrolla en la literatura y las artes, el “arte de la violación” se adapta en sus temáticas y sus formas a la representación de la vida moderna. La pintura social representa y denuncia las violencias sexuales, las que sufren las prostitutas, y también las violaciones que relatan las crónicas de sucesos o las novelas. Para pintar las violencias sexuales contemporáneas, lo indecible, lo irrepresentable, lo “indescrito”, los pintores se sirven de una figuración elíptica, que sugiere los crímenes. En este artículo se analizan dos obras de Antonio Fillol (1870-1930), y los recursos conceptuales y plásticos utilizados por el pintor para pintar lo indecible, lo indescriptible, de las violencias sexuales: El Sátiro (1906), que evoca la violación contemporánea de una niña, y La bestia humana (1897), que denuncia una agresión sexual socialmente aceptada, la de las prostitutas.
Palabras clave: Antonio Fillol ; violencia sexual; pintar lo indecible; El sátiro; La bestia humana.
