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No 8 (2019): ¿Encontraría a Cortázar? 18 articles sur “Rayuela” et “Queremos tanto a Glenda”

Les programmes des concours du CAPES et de l’Agrégation sont toujours l’occasion d’immersions profondes dans l’univers d’un auteur pour les étudiants, qui en conservent généralement un souvenir tenace pendant de nombreuses années. Gageons que les personnages arpentant les méandres de Rayuela auront semé dans leur esprit des petits cailloux qui continueront de prendre sens par le biais de réminiscences inattendues, dans d’autres lectures ou, encore mieux, au gré d’une promenade dans les rues de Paris ou de Buenos Aires… Et c’est aussi, pour les enseignants-chercheurs qui les accompagnent, l’occasion de découvrir des textes qu’ils n’avaient pas encore lus, voire qu’ils n’auraient jamais eu l’idée d’ouvrir – absorbés par leurs domaines de spécialités et peut-être trop immobilisés dans leurs zones géographiques de prédilection –, ou alors, dans le cas de ces monuments du patrimoine de la littérature en langue espagnole, de les re-découvrir avec le recul, parfois de plusieurs décennies, et dans un cadre fort exigeant qui leur fait aller au cœur d’une œuvre, parcourir ses architectures et creuser ses plus infimes détails, à travers les exercices universitaires de la dissertation, de l’explication de texte et de la leçon, certes bien moins scolaires et stérilisants pour la lecture et l’interprétation qu’on le prétend. Cet ouvrage, ¿Encontraría a Cortázar? 18 études sur Rayuela et Queremos tanto a Glenda, est donc né, d’une part, de la volonté de proposer aux candidats des pistes utiles pour aborder les fictions cortazariennes telles qu’elles se déploient dans des titres en l’occurrence publiés à presque vingt ans d’écart ; d’autre part, de permettre aux enseignants-chercheurs préparateurs de mener à bien des réflexions, parfois très personnelles, sur leur mémoire de lecteur et sur cette re-lecture particulière. Il va de soi que revenir – encore ! diront sans doute certains – sur des œuvres ayant fait l’objet de tant d’études n’est pas chose aisée, mais les contributeurs-trices de ce numéro 8 de Crisol-série numérique ont relevé le défi en privilégiant des approches dont la diversité rend compte, à elle seule, de l’étendue et de la variété des réactions, idées et thèses que peut générer une écriture aussi foisonnante que celle du fameux Cronope.

Dans une première partie, nous avons souhaité dessiner la figure de l’auteur à travers le regard de ses lecteurs, mais aussi à travers celui qu’il lui-même jeté sur ses écrits. Face au monument que représente Rayuela, cet hymne à la quête de sens et de soi, cette invitation à vivre pleinement le jeu de l’existence, Alain Sicard (Université de Poitiers) et Dina Grijalva (Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad Autónoma de Sinaloa) démontrent de façon très personnelle que la lecture de Cortázar peut modifier notre vision du monde comme elle a modifié le paysage littéraire contemporain, dans les Amériques comme en Europe. Ces chercheurs nous font partager leur rencontre avec un ouvrage hors normes et le fruit d’années de vie commune avec lui, comme Victoria Ríos Castaño (Coventry University-RU) lorsqu’elle se penche à travers les déclarations de l’auteur sur la genèse et la réception de Rayuela, ou Miguel Herráez (UCH de Valencia-Facultad de Humanidades y Ciencias de la Comunicación) sur le choc que représenta la réception de l’œuvre dans l’Espagne franquiste des années 60.

Puis, nous avons cherché à travers la seconde partie du volume à mettre en lumière les thèmes, motifs et discours à l’œuvre dans Rayuela comme dans Queremos tanto a Glenda. David Jiménez Barreiro (Université Paris Nanterre) étudie ainsi le personnage d’Horacio Oliveira, anti-héros d’un « anti-roman », et la construction de ce personnage à partir d’une polyphonie narrative. Par ailleurs, les nouvelles composant Queremos tanto a Glenda ayant été étudiées de façon moins exhaustive que l’ambitieuse Rayuela, Julien Roger (Sorbonne Université) privilégie un aspect encore peu traité et pourtant significatif de ces récits : la présence des animaux en tant que figures de transtextualité au sein de l’ouvrage. Deux articles se focalisent aussi plus précisément sur l’analyse littéraire d’une nouvelle : celui de Benoît Coquil (Université Paris Est-Créteil), qui analyse l’espace souterrain dans « Texto en una libreta » et les possibles lectures politiques du récit, et celui de Sandra Gondouin (Université de Rouen-Normandie) et Andra Barbu (Université de Rouen-Normandie), qui voient dans la métalepse à l’œuvre dans « Historias que me cuento » la figure de l’anneau de Moebius, chère à Cortázar.

Bien entendu, la question de l’écriture, de la poétique des œuvres étudiées et de leurs structures sont également au cœur des réflexions proposées ici ; elles font l’objet de la troisième partie du volume. Elvire Gómez Vidal (Université Bordeaux Montaigne) étudie ainsi la complexe architecture de Rayuela en dessinant les « clés de voûte » parmi l’enchevêtrement de ses chapitres ; un enchevêtrement que Marta Inés Waldegaray (Université de Reims Champagne-Ardenne) observe également en faisant dialoguer les deux ouvrages et en mettant en lumière le tissage des voix énonciatives qui les caractérise. De même, Olga Lobo (Université Grenoble-Alpes) évoque la structure complexe de Rayuela en choisissant l’image d’une « double spirale » sur laquelle elle revient à travers les déclarations critiques de l’auteur, tandis que Paula Klein (École Normale Supérieure) analyse la façon dont celui-ci renouvelle l’objet-livre et revalorise le quotidien, ses objets et ses rebuts, pour modifier la perception esthétique du lecteur. Ces diverses études éclairent donc la composition novatrice et intriquée de Rayuela, mais aussi de Queremos tanto a Glenda, avec la toile de son réseau d’intertextualité et d’intermédialité devenant le filtre de la réalité selon l’analyse d’Antoine Ventura, ou les multiples plans énonciatifs se superposant dans « Historias que me cuento » et dont Eduardo Serrano Orejuela (Universidad del Valle / Cali) rend compte de manière très vivante. Celui-ci met en effet en scène d’un dialogue entre un étudiant et son enseignant, un procédé inspiré de la fiction critique de Pierre Bayard.

Enfin, dans une quatrième et dernière partie, Caroline Lepage (Université Paris Nanterre), Soline Martinez (Université Paris Nanterre), Yann Seyeux (Université Paris Nanterre) et Sabrina Wajntraub (Université Paris Nanterre) proposent une microlecture au sein de Rayuela et mènent une enquête minutieuse en trois volets – diégétique, littéraire et philosophique – pour comprendre ce qu’a bien pu devenir le chapitre 55, mystérieusement absent (en apparence) du parcours de lecture proposé par le « Tablero de direcciones » et rendre compte de la portée de cette disparition ***

 

Caroline Lepage et Sandra Gondouin

 

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SOMMAIRE

1- Cortázar d'après ses lecteurs et lui-même

Alain Sicard (Université de Poitiers), «Rayuela: bitácora de una relectura»

Dina Grijalva (Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad Autónoma de Sinaloa), «Mi universo Rayuela»

Miguel Herráez (UCH de Valencia, Facultad de Humanidades y Ciencias de la Comunicación), «El fenómeno del Boom y Rayuela como referencia de discurso dislocado»

Victoria Ríos Castaño (Coventry University/RU), «Rayuela selon Cortázar: de l’éxperience métaphysique à la réception du lecteur»

 

2- Thèmes, motifs et discours dans Rayuela et Queremos tanto a Glenda

Olga Lobo (Université Grenoble-Alpes. I.L.C.E.A.4), «Rastreos por la doble espiral de Rayuela. Itinerarios de lectura a partir de ficciones, cartas, ensayos, Cuaderno de Bitácora y (algunas) referencias críticas»

Benoît Coquil (Université Paris Est Créteil), «Du jeu dans la machinerie. À propos de « Texto en una libreta » (Queremos tanto a Glenda

David Barreiro Jiménez (Université Paris Nanterre), «Horacio Oliveira, la construcción de un personaje de antinovela»

Julien Roger (Sorbonne Université), «Les animaux, figures de transtextualité dans Queremos tanto a Glenda»

Sandra Gondouin et Andra Barbu (Université de Rouen Normandie/ERIAC), «Sous les paupières, la réalité? «Historias que me cuento» de Julio Cortázar: une métafiction sous forme d’anneau de Moebius»

 

3- Questions d’écriture dans Rayuela et Queremos tanto a Glenda

Elvire Gómez Vidal (Université Bordeaux Montaigne), «Rayuela, “la gran rosa policroma”»

Eduardo Serrano Orejuela Olga (UNIVERSIDAD DEL VALLE / Cali - Colombia), «HISTORIAS QUE TE CUENTO – Planos enunciativos en “Historias que me cuento”, de Julio Cortázar»

Antoine Ventura (Université Bordeaux Montaigne), «Intertextualidad literaria y artística en Queremos tanto a Glenda de J. Cortázar»

Paula Klein (École normale supérieure), «“Changer la vie”: poétique du regard et redécouverte du quotidien dans Rayuela (1963) de Julio Cortázar»

Marta Waldegaray (Université de Reims Champagne-Ardenne CIRLEP/EA 4299), «Brouillé, dansant, enchevêtré… mirada e ilusión enunciativa en la ficción cortazariana»

Cecilia González Scavino (Université Bordeaux Montaigne), «Los usos poéticos de la interferencia en Rayuela»

 

4- Une micro-lecture dans Rayuela

Caroline Lepage, Soline Martinez, Yann Seyeux et Sabrina Wajntraub (Université Paris Nanterre – EA Études Romanes / CRIIA – GRELPP), «Mais où est passé 55? (Le statut et les sens du chapitre 55 de Rayuela)/Volet 1 –la diégèse»

Caroline Lepage, Soline Martinez, Yann Seyeux et Sabrina Wajntraub (Université Paris Nanterre – EA Études Romanes / CRIIA – GRELPP), «Mais où est passé 55? (Le statut et les sens du chapitre 55 de Rayuela)/volet 2 –le projet littéraire»

Caroline Lepage, Soline Martinez, Yann Seyeux et Sabrina Wajntraub (Université Paris Nanterre – EA Études Romanes / CRIIA – GRELPP), «Mais où est passé 55? (Le statut et les sens du chapitre 55 de Rayuela)/volet 3 – le projet philosophique»

 

Mentions légales

Crisol série numérique / ISSN : 2678-1190

Directrice de la publication : Caroline Lepage

200 avenue de la République 

92000 Nanterre

c.lepage@parisnanterre.fr

Publiée: 2019-05-16
Publiée: 2019-05-27
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CRISOL est une publication du Centre de Recherches Ibériques et Ibéro-américaines de l'Université Paris Nanterre.

Née en 1983, Crisol est une revue déjà ancienne et qui, avec ses 45 numéros, constitue un très riche et varié patrimoine pour la recherche hispaniste et américaniste à l’Université Paris Nanterre.

La revue, alors dirigée par Bernard Sesé, aura d’abord connu une première série de 19 numéros.  Crisol Nouvelle série a été créée en 1997 par Thomas Gomez. C’est en 2018, pour son 35e anniversaire, et sous la direction de Caroline Lepage, qu’elle a opéré son passage intégral vers l’édition numérique avec un premier volume pour Crisol série numériqueNuevas perspectivas e investigaciones en la enseñanza del español para uso profesional, coordonné par Mercè Pujol. À ce jour, cette troisième série comprend 7 numéros.

Il s’agit d’une revue d’études pluridisciplinaires – elle recouvre les champs de la littérature, de l’Histoire, de la civilisation et de la linguistique – pour le domaine espagnol et latino-américain, depuis le Moyen-Âge jusqu’à nos jours.

Crisol a donc pour vocation d’imaginer, d’explorer des zones de dialogues, pour, à terme, créer des ponts entre des chercheurs d’horizons divers qui pourront effectivement proposer des contributions travaillées depuis une vaste palette de champs théoriques et méthodologiques ; l’objectif étant de penser et de décrire le phénomène littéraire, historique, civilisationnel et linguistique.

Crisol a par ailleurs fait le choix d’héberger sur son site les archives numérisées de deux autres publications du CRIIA, Publications du GRECUN (avec 5 numéros à ce jour) et Les Cahiers du GRELPP (avec 8 numéros à ce jour). 
 
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