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No 7 (2019): Les écritures palimpsestuelles: le texte et ses liens

De par l’influence paradoxale de la circulation du sens, le texte fait sauter le verrou du temps orienté et irréversible. Qui songerait à nier que l’Ulysse de James Joyce ne serait pas ce qu’il est sans l’Odyssée ? Et pouvons-nous dire que nous lisons l’Odyssée de la même façon après avoir lu l’Ulysse de James Joyce ? En prenant les choses autrement on devrait affirmer que l’Ulysse de James Joyce était programmé par le sémiotope de l’Odyssée, ou encore que l’Ulysse est une des versions récentes de l’Odyssée (Fragments sur le texte, 2002, p. 60).

À un an du décès de Gérard Genette (11 mai 2018), la présente publication témoigne de la vitalité de son œuvre théorique, dont l’importance dans la révolution intellectuelle de la « nouvelle critique », dans le sillage du magistère de Roland Barthes, n’est plus à démontrer. Ses écrits, qui s’étendent sur plus de 40 ans, ont connu un succès inusité dans le champ de la théorie littéraire, grâce en particulier à l’élaboration d’un système, finement ciselé, de notions bien définies, qui balisent totalement l’analyse textuelle.

Ma génération, qui suivait de près celle de l’auteur des Figures, parlait couramment la langue genettienne, et la transmettait fidèlement aux étudiants, ravis de devenir à leur tour des experts dans le maniement des préfixes grecs et latins (auto-, hétéro-, homo-, intra-, extra-, hypo-, hyper-, meta-, pré-, post-, trans-, inter-), et de quelques termes succulents, à employer sans modération : palimpseste, architexte, mimologique, immanence et transcendance. En lisant le bouquet des études qui constituent le présent volume, je constate avec satisfaction que, toutes générations confondues, les critiques universitaires continuent de manier avec dextérité le système bâti par Gérard Genette. Plus éclectiques que le maître, les hispanistes ici présents ne se limitent pas à rechercher les liens qui unissent, souterrainement, deux ou plusieurs textes littéraires, leur conférant ainsi des sens imprévisibles et souvent magiques. Ils s’intéressent à de multiples champs de la création esthétique : peinture, gravure, arts graphiques, cinéma, photographie, chanson contemporaine, rap, modalités du discours historique ou mythique. Cette mise en consonance de savoir-faire pluriels, et parfois très hétérogènes, répond à la volonté de faire époque, certes, mais aussi et en même temps à celle de montrer que la critique évolue avec le champ culturel où elle s’inscrit.

 

Milagros Ezquerro, mai 2019

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SOMMAIRE

L’intertexualité et la réécriture

David Álvarez Roblin (Université de Picardie – Jules Verne), «L’intertextualité problématique des contes de fous dans le Quichotte de 1615»

Julien Roger (Sorbonne Université), «Un personnage transtextuel: la figure du Juif errant dans l'œuvre de Leopoldo Lugones»

Caroline Lepage et Elena Geneau (Université Paris Nanterre), «Borges, García Márquez dans et depuis Kalpa imperial (1983), de Angélica Gorodischer»

Liliana Riaboff (Université Paris Nanterre), «Des sirènes et des lamantins dans l’œuvre de Gabriel García Márquez : dérives entre hyper et autotextualité»  

Anne Garcia (Université Paris-Est Créteil), «Appropriation? Approximation? Prégnance de l’hypotexte biblique et rôle de la traduction dans la pratique poétique de José Emilio Pacheco. L’exemple du Cantar de los cantares».

Elsa Fernández (Université Paris Nanterre), «Les relations transtextuelles entre Lituma en los Andes et Abril Rojo»

Éléonore Parchilniak (Université Paris Nanterre): «Palimpsestes et fantômes dans Los ingrávidos: une hantologie»

 

Le dialogue entre les arts: poétiques et processus de l’intermédialité et de la transgénéricité

Hervé Le Corre (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3), «L’entrelacs. Poésie, images et érotisme dans retórica erótica (2002) de Liliana Lukin»

Florence Olivier (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3), «La photographie à la source du récit. De Cortázar à Bolaño»

Renaud Malavialle (Sorbonne Université), «Transtextualité et transgénéricité dans le récit hispano-américain contemporain: réflexions sur les sources et formes de la modernité»

Renée-Clémentine Lucien (Sorbonne Université), «Muerte de Nadie, d’Arturo Arango, La novela de mi vida, de Leonardo Padura, et Retour à Ithaque, ou les variations d’une Odyssée sans fin»

Judite Rodrigues (Université de Dijon), «Transtextualité subversive et travail des communs: quelques mécanismes dans les œuvres de Jorge Riechmann, David Franco Monthiel et Miguel Brieva»

Sandra Gondouin (Université de Rouen – Normandie), «La rappeuse guatémaltèque Rebeca Lane entre paroles et images: transtextualité et intermédialité dans la “Cumbia de la memoria”»

 

Pratiques métatextuelles et intertextuelles

Mariana Di Ció (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3), «El inefable centro del relato»

Davy Demas (Université d’Albi), «La letra con sangre entra. Pratiques métatextuelles et intertextuelles dans le roman noir mexicain: renouvellement ou dégradation d’un genre?»

Graciela Villanueva (Université Paris-Est Créteil), «Trois questions sur la transtextualité genettienne à partir d’une étude de textes de la littérature argentine»

Pénélope Laurent (Sorbonne Université), «La picaresque dans Hasta no verte Jesús mío: la fiction au coeur du récit»

Emmanuel Vincenot (Université Paris-Est Marne-la-Vallée), «La contrefaçon de textes filmiques: problèmes de définition»

 

Palimpseste et discours mémoriel

Marie Lecouvey (Université Paris Nanterre), «Quetzalcoátl messianique: chroniques coloniales et colonialisme interne dans la péninsule mexicaine (1880-1895)»

Stéphanie Decante (Université Paris Nanterre), «Guadalupe Santa Cruz, une poétique de l’écho»

Eva Touboul (Université Paris Nanterre), «La récupération de la mémoire historique: un palimpseste historiographique?»

Emmanuelle Sinardet (Université Paris Nanterre), «Les scrapbooks de Purita Kalaw Ledesma (1914-2005): la transtextualité comme processus de production de l’histoire des arts philippins (1948-2000)»

 

Mentions légales

Crisol série numérique / ISSN : 2678-1190

Directrice de la publication : Caroline Lepage

200 avenue de la République 

92000 Nanterre

c.lepage@parisnanterre.fr

Publiée: 2019-05-16
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CRISOL est une publication du Centre de Recherches Ibériques et Ibéro-américaines de l'Université Paris Nanterre.

Née en 1983, Crisol est une revue déjà ancienne et qui, avec ses 45 numéros, constitue un très riche et varié patrimoine pour la recherche hispaniste et américaniste à l’Université Paris Nanterre.

La revue, alors dirigée par Bernard Sesé, aura d’abord connu une première série de 19 numéros.  Crisol Nouvelle série a été créée en 1997 par Thomas Gomez. C’est en 2018, pour son 35e anniversaire, et sous la direction de Caroline Lepage, qu’elle a opéré son passage intégral vers l’édition numérique avec un premier volume pour Crisol série numériqueNuevas perspectivas e investigaciones en la enseñanza del español para uso profesional, coordonné par Mercè Pujol. À ce jour, cette troisième série comprend 7 numéros.

Il s’agit d’une revue d’études pluridisciplinaires – elle recouvre les champs de la littérature, de l’Histoire, de la civilisation et de la linguistique – pour le domaine espagnol et latino-américain, depuis le Moyen-Âge jusqu’à nos jours.

Crisol a donc pour vocation d’imaginer, d’explorer des zones de dialogues, pour, à terme, créer des ponts entre des chercheurs d’horizons divers qui pourront effectivement proposer des contributions travaillées depuis une vaste palette de champs théoriques et méthodologiques ; l’objectif étant de penser et de décrire le phénomène littéraire, historique, civilisationnel et linguistique.

Crisol a par ailleurs fait le choix d’héberger sur son site les archives numérisées de deux autres publications du CRIIA, Publications du GRECUN (avec 5 numéros à ce jour) et Les Cahiers du GRELPP (avec 8 numéros à ce jour). 
 
Crisol Série Numérique – ISSN : 2678-1190