• Les écritures de la défaite
    No 2 (2018)

    Issu d’une journée d’étude organisée par le Groupe de Recherches en Littérature, Philosophie et Psychanalyse à l’Université Paris Nanterre sur « Les écritures de la défaite », ce volume 2 de Crisol–série numérique réunit 15 contributions de chercheurs français hispanistes et américanistes. Elles portent sur l’Espagne, le Pérou, Cuba, le Chili, le Mexique, la Colombie, l’Argentine et les Philippines. Les réflexions sont menées depuis des corpus, champs théoriques et disciplinaires variés – la peinture, la littérature, la linguistique, l’histoire – et couvrent un laps de temps allant des XVIe au XXIe siècles.

    L’objectif est de s’interroger sur la palette thématique et, plus encore, sur les modalités et formes de la mise en écriture textuelle ou en écriture visuelle de la défaite, afin de découvrir et d’analyser ses éventuelles caractéristiques esthétiques (y a-t-il, par exemple, des scénographies propres à la description de la défaite ?), mais aussi, surtout, ses enjeux discursifs – plus ou moins conscients, plus ou moins avoués et plus ou moins assumés. C’est-à-dire qu’à terme, on cherchera à comprendre la façon dont ces récits rétrospectifs générés par / dans l’écriture et par / dans l’image re-représentaient et finalement re-racontaient l’événement malheureux et pourquoi.

    Soit pour, à la manière d’une basique catharsis, clore ou aider à clore définitivement une page douloureuse d’une histoire personnelle (parfois autour de circonstances profondément intimes et prégnantes sur le façonnement du « je » – à la manière d’une scène primitive) ou d’une histoire collective. On sait le traumatisme que peut constituer pour un peuple et subséquemment le conditionnement de son imaginaire une déroute et une capitulation militaires ; on pense à l’exemple célèbre du fameux wagon de train où fut signé l’armistice du 11 novembre 1918 entre l'Allemagne, la France et ses alliés, et qui devint pour Hitler et nombre de ses compatriotes un véritable symbole de l’humiliation que les alliés ont, de leur point de vue, infligé à leur pays. Pour effacer cette tache et refermer cette cicatrice, le dirigeant allemand s’empressant non seulement d’y ramener les Français pour signer l’armistice du 22 juin 1940, avant de le faire envoyer en Allemagne pour l’exposer à Berlin, et finalement d’ordonner sa destruction par les SS en avril 1945, un mois avant la capitulation allemande.

    Soit pour la resignifier, notamment quand le passage par le filtre et le prisme de la traduction via la ré-appropriation des souvenirs offre une perspective compensatoire dont le traitement, parfois itératif et parfois fort complaisant, peut donner la matière d’une œuvre ponctuelle (un tableau, un roman, une nouvelle, un recueil de nouvelles ou même un journal), voire d’une œuvre complète et en fin de parcours d’une identité d’artiste.

    Soit, à l’autre extrême, pour sombrer dans une vraie (parfois clairement maladive) ou fausse dénégation de la réalité, quand la récupération, sous l’apparence de l’exemplarisation par exemple, est principalement destinée à poser les jalons de nouveaux combats – souvent purement symboliques – et qu’il est habile de se présenter sous les traits de telle ou telle figure de vaincu et de victime.

    Les écritures de la défaite est organisé en deux parties : écrire la défaite personnelle et écrire la défaite collective.

    Caroline Lepage 

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    Sommaire

    I- Écrire la défaite personnelle 

    Françoise Aubès, « Los geniecillos dominicales et la thématique de l’échec »

    David Barreiro Jiménez, « Le journal intime de Julio Ramon Ribeyro : chronique d’une défaite annoncée »

    Cécile Brochard, « Roberto Bolaño “entre les immenses déserts d’ennui et les oasis d’horreur” : l’abîme, un antidote à la défaite ? »

    Marie-Madeleine Gladieu, « Défaite et punition littéraire de antihéros vargasllosiens »

    Caroline Lepage, « Arrogantes victoires et défaites consenties de Borges : lecture croisée de Ficciones et El hacedor »

    Liliana Riaboff, «El artificio de un triunfo sobre una vida de derrotas en Memoria de mis putas tristes»

     

    II- Écrire la défaite collective

    - Chloé Gauthier, « L'essai : témoigner la défaite, représenter l'insoutenable réalité mexicaine. Le cas de Cristina Rivera Garza et Sergio González Rodríguez »

    Elena Geneau, «Indagación de los destinos: vicisitudes del fracaso en Las Repúblicas de Angélica Gorodischer» 

    Renée Clémentine Lucien, « Mondes, langages et corps brisés : la défaite de l’ordre colonial dans La ceiba de la memoria, de Roberto Burgos Cantor »

    Amélie Piel, « La novlangue dans le discours administratif lié à l’enseignement : écriture de la défaite ou défaite de l’écriture ? »

    Nuria Rodríguez Lázaro, « La poésie de l’après-guerre espagnol : la défaite des vaincus et la défaite des vainqueurs »

    Hélène Roy, « Les écritures indigènes de la conquête du Pérou : recréation historique et résistance »

    Emmanuelle Sinardet, «Allégories de la défaite chez deux peintres philippins : Spoliarium (1884) de Juan Luna et Las vírgenes cristianas expuestas al populacho (1884) de Félix Hidalgo»

    Eva Touboul, « Chroniques d’une défaite annoncée ? La guerre civile espagnole racontée par des témoins européens »

  • Nuevas perspectivas e investigaciones en la enseñanza del español para uso profesional
    No 1 (2018)

    Ce volume, le premier d’une nouvelle série -en ligne- de la revue Crisol, souhaite apporter quelques réponses aux questions posées par l’enseignement d’une langue, l’espagnol, à but professionnel. Les 11 contributions réparties en trois chapitres sont le fruit d’un travail de recherche menée au sein de la linguistique et de la didactique où les auteurs adoptent à la fois un point de vue théorique, pratique et pragmatique. En effet, la perspective de la linguistique appliquée, tout en partant d’un aspect concret de la langue en tant que système, essaie de répondre, entre autres, à la manière dont les traditions discursives propres à l’espagnol trouvent toute leur place dans ce que l’on désigne (de manière trop générale) l’espagnol des affaires. Pour sa part, la didactique, en partant la plupart du temps de l’observation des classes, essaie d’améliorer l’enseignement de la langue, mais également son apprentissage de la part de l’apprenant.

    Le lecteur trouvera à la fois des réflexions théoriques et des propositions pédagogiques. L’enseignant de langue de spécialité devenu peut-être par hasard professeur d’espagnol économique, juridique ou de l’ingénierie trouvera aussi quelques points de repère qui lui permettront d’avancer dans sa pratique. Ce vaste secteur constitué par l’enseignement de l’espagnol à but professionnel est très hétérogène et très varié car, entre autres, les besoins du public et des institutions sont très larges et, souvent, malheureusement, peu explicites, ce qui rend le travail de l’enseignant davantage complexe, mais en même temps très stimulant.

    Ni la linguistique appliquée ni la didactique peuvent faire l’impasse de ne pas s’intéresser à ce qu’on appelle les langues de spécialité sous ses différentes déclinaisons : de spécialisation, de divulgation et de vulgarisation. Ni l’une ni l’autre des deux disciplines peuvent faire l’économie de ne pas se doter des notions théoriques capables de décrire et d’expliquer les genres discursifs et des instruments méthodologiques pour avancer dans l’exploitation en cours de ces genres, par exemple.

    Les articles ici réunis dans une perspective synchronique ciblent vers une vision élargie et novatrice de l’enseignement de l’espagnol langue étrangère dans un contexte professionnel.

    Mercé Pujol.

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  • Crisol : numéro spécial en hommage à Thomas Gomez - Universités, académies littéraires et bibliothèques dans les mondes ibérique, ibéro-américain et méditerranéen du XVIIIe siècle à nos jours
    No spécial (2016)

    Dans la première édition de L’invention de l’Amérique. Mythes et réalités de la Conquête (1992) qui ouvrit de nouveaux horizons et vivifia la recherche américaniste, dans le sillage d’un « marin connaisseur d’archives, expert en matière d’aventure américaine (intellectuelle et vécue) » ainsi que Jeanne Chenu définissait l’auteur de l’ouvrage dans le compte rendu qu’elle en fit alors, Thomas Gomez écrivait :
    Ce livre doit beaucoup – tout devrais-je dire – aux maîtres de l’américanisme. Ils sont trop nombreux pour être cités tous et je ne voudrais porter ombrage à aucun d’eux en commettant quelque oubli. Cependant, ce que je dois à John H. Parry, Francisco Morales Padrón, Sergio Villalobos, Irving A. Leonard, Charles Verlinden, Pierre Chaunu et quelques autres, est trop important pour être passé sous silence. Mes anciens professeurs Jean-Pierre Berthe, Georges Baudot et Bartolomé Bennassar y trouveront aussi leur empreinte.
    La curiosité de mes étudiants – ceux de première année comme ceux de l’université Inter-Âges – pendant le temps où j’ai moi-même enseigné à la Sorbonne m’a beaucoup stimulé dans la réalisation de cet ouvrage. Celui-ci n’a d’autre ambition que de répondre à certaines de leurs interrogations et de les aider à s’initier à la passionnante histoire de l’Amérique. Il voudrait aussi faire découvrir cette dernière à un vaste public à travers des aspects parfois insolites ou mal connus et grâce à un récit accessible à tous.

    Amour de la connaissance, goût de l’histoire, passion de la recherche qui ne l’a jamais éloigné de l’enseignement, à tous les niveaux et envers tous les publics, conscience de cette chaîne que constitue la transmission des savoirs et les indispensables maillons que sont les hommes qui en ont la charge.
    Donnant corps à cette démarche, le 12 octobre 2001, Thomas Gomez a créé le GRECUN – Groupe École Culture, Nation dans le monde ibérique, ibéro-américain et méditerranéen – en tant qu’axe de recherche au sein du Centre de Recherches Ibériques et Ibéro-américaines de l’Université de Paris Ouest Nanterre. Ce groupe, qui a réuni plusieurs dizaines de chercheurs provenant de différents domaines des sciences humaines, a développé une réflexion et des activités scientifiques autour de l’École primaire et secondaire, comme matrice possible de la Nation. De la fécondité de cette problématique qui déborde largement le cadre de l’Amérique ibérique témoignent les deux forts volumes publiés en 2005 et 2011 sous le titre École, culture et nation.
    C’est dans la perspective de prolonger les travaux du GRECUN qu’une réflexion sur l’accumulation, la transmission, la récupération et la sauvegarde des savoirs par l’institution universitaire, par des groupements ou des associations – pistes moins explorées par les chercheurs jusqu’à maintenant – a été retenue pour rendre hommage au Professeur Thomas Gomez. Les 16 et 17 octobre 2014 s’est ainsi tenu à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense un colloque international intitulé Universités, académies littéraires et bibliothèques dans les mondes ibérique, ibéro-américain et méditerranéen du XVIIIe siècle à nos jours, organisé par le Centre de Recherches Ibériques et Ibéro-américaines (EA 369), sous la responsabilité de Catherine Heymann, Nathalie Jammet-Arias et Alvar de La Llosa, avec le soutien de l’UFR de Langues et Civilisations Étrangères et du Service des Relations Internationales. Le présent volume réunit l’ensemble des communications de ce colloque, enrichi de plusieurs contributions d’enseignants-chercheurs, désireux de témoigner leur amitié à Thomas Gomez.

    Reflet des échanges des deux côtés de l’océan Atlantique et de la circulation des savoirs ainsi que des circuits qui les permettent, l’introduction à l’ouvrage offre une magistrale synthèse sur le rôle de l’écrit et de l’imprimé dans la construction de l’espace culturel français en Amérique du Sud (J.Y. Mollier). S’y trouvent détaillées les spécificités de la France par rapport aux autres nations européennes, en particulier les activités éditoriales au XIXe siècle, époque où Paris se transforme en un véritable « carrefour des langues et des cultures ».
    Les rapports, très fluctuants, entre le savoir et le pouvoir ou les savoirs et les pouvoirs font l’objet des trois premières études. Centre de rayonnement culturel à l’époque nasride, Grenade, qui à l’aube du xvie siècle connut une traversée du désert avant de se voir dotée d’une université, se transforma au fil du temps. Elle constitue un cas unique dans l’histoire de l’Espagne qui permet de dresser l’évolution des liens entre culture et politique sur une période longue (C. Gaignard). Les deux autres articles ont trait au domaine de prédilection de Thomas Gomez : la Nouvelle-Grenade. Ils dessinent les contours des interactions entre les individus et les contextes culturel, social, économique et politique. Dans le premier cas, il s’agit de mesurer le cheminement contrasté, dans l’espace et dans le temps, des nouveaux savoirs et des acteurs qui les portèrent dans la période qui précéda de peu les premières manifestations de résistance au pouvoir colonial mais aussi de rendre compte de la dimension « militante » de ce combat pour la science (J. Chenu). Dans le second cas, à travers l’évocation de la traduction/interprétation en espagnol par Antonio Nariño d’un texte dont la circulation était interdite dans les vice-royautés espagnoles – la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen – et à travers l’analyse de la défense qu’en fit le grand érudit néo-grenadin lors des poursuites pénales qui s’ensuivirent, il est donné au lecteur d’apprécier la portée d’un document essentiel dans la formation d’une identité créole (J.E. González).
    La seconde section a trait aux rapports entre l’École – envisagée dans ses différents degrés – et l’État. Il s’agit d’analyser plus particulièrement les choix idéologiques et politiques dans lesquels le système éducatif s’est trouvé impliqué à l’époque de la construction ou de la consolidation des États-nations en Amérique espagnole. Tel fut le cas de la fondation de l’Université du Chili, dont le premier recteur fut le Vénézuélien Andrés Bello, illustre figure des lettres américaines. Dans son discours d’inauguration en novembre 1843, il soulignait l’importance de la construction des savoirs et de la supervision de l’enseignement primaire, insistant sur le lien entre université et société. L’analyse détaillée du contenu des Anales de la Universidad de Chile fournit nombre de renseignements sur les fonctions assignées à l’Université, son fonctionnement et sa production (N. Jammet-Arias). Un autre exemple est celui de l’Équateur avec la réouverture de l’Université Centrale par le régime progressiste (1883-1895), ambitieux projet de modernisation fondé sur l’amélioration des conditions matérielles de l’Université et la priorité donnée à l’enseignement scientifique et technique, en particulier en Agronomie. Cet élan modernisateur s’inscrit plus largement dans le projet de construction nationale visant à permettre une meilleure insertion du pays sur le marché international, en profitant de l’essor des exportations de cacao (A. Medina). L’Équateur encore avec l’apparition, en 1901, des « jardins d’enfants », réalisés grâce aux efforts de Luis Vicente Torre. L’introduction de ce modèle éducatif par un prêtre équatorien, en pleine Révolution libérale, permet de mieux cerner les relations qui se mirent en place entre l’État et l’Église à partir de 1895, période à partir de laquelle s’opéra la sécularisation des structures de l’État (E. Sinardet). D’« apôtres laïcs » du régime libéral, il est aussi question dans la Bolivie du début du XXe siècle qui s’employa, non sans rencontrer des difficultés et des résistances, à constituer, organiser et étatiser un corps enseignant professionnalisé avec la création d’instituts spécialisés, sur le modèle des Écoles normales européennes (F. Martinez). Enfin, pour l’époque contemporaine, une comparaison entre la Colombie et l’Espagne montre que ces deux pays, en dépit de différences notables, partagent des problématiques notamment sur les effets des politiques économiques, actuellement appliquées dans ces deux pays. Dans un contexte d’économie de marché et de la connaissance, les conséquences de ces politiques s’avèrent néfastes pour le service public en général et pour les systèmes éducatifs de ces nations en particulier (S. Ospina et M. Pujol).
    La troisième section s’intéresse aux formes, aux acteurs et aux vecteurs de la transmission et de la diffusion de la culture en Espagne et au Mexique. Un article offre une synthèse des principaux éléments qui permettent de mieux comprendre comment le franquisme a utilisé l’enseignement de l’histoire pour légitimer et, ce faisant, consolider son pouvoir, lors de ses premières années d’existence : transformation du cadre et du système éducatif, élaboration de mythes servant à renforcer l’image et l’identité du régime, intégration de nouveaux professeurs d’histoire à l’Université, qui devaient suivre, ou feindre de suivre, les principes du régime (A. Román Antequera). Celui qui fut maire de Madrid de 1979 à 1986, Enrique Tierno Galván, fait l’objet d’une polémique qui renvoie à une période de la vie de cette figure emblématique de la Movida : celle où il était professeur de Droit politique à l’Université de Murcie, de 1948 à 1953. L’analyse met en évidence l’intérêt qu’il y aurait à envisager son autobiographie comme un « objet de discussion herméneutique » et un exercice rhétorique d’auto-mythification, réussi, par l’une des figures les plus populaires du franquisme tardif et de la Transition (J. Céspedes).
    Le contrôle de la production et la diffusion de la connaissance, de la culture et l’instrumentalisation de l’histoire ne sont pas moindres dans le monde hispano-américain, en l’occurrence au Mexique. C’est ce qui ressort de la comparaison de deux institutions au XIXe siècle : une société savante et un établissement d’enseignement supérieur créé en 1781. Les recoupements entre les élites politiques, scientifiques et artistiques, ainsi que la vision de l’histoire mexicaine présentée par ces institutions et, dans le cas de l’Académie de San Carlos, la réception des propositions, sont ainsi mis en valeur (M. Lecouvey). Plus près de nous, l’introduction de nouveaux programmes scolaires en 1992 et la rédaction de nouveaux manuels d’histoire (1972-1989), confiée à un groupe d’édition privé, ont enflammé les esprits, mettant au cœur du débat l’écriture de l’histoire nationale. Faisant partie d’une nouvelle politique éducative, l’histoire du Mexique y était, en effet, construite au prisme des nouveaux enjeux du monde contemporain et de la doxa de l’économie libérale (D. Chine Lehmann).
    Face à cette annexion de l’histoire par les pouvoirs officiels, des résistances et des contre-pouvoirs ont toujours existé. Ils font l’objet d’une quatrième section. Ainsi, en Colombie, en 1939, l’activiste nasa Manuel Quintín Lame rédigea-t-il Los pensamientos del Indio que se educó en las selvas colombianas dans lequel à travers un travail de recomposition historique il proclamait son droit à l’autoreprésentation et revendiquait la légitimité des luttes indigènes pour le territoire. Outre la remise en cause du projet national civilisateur des élites républicaines et du rôle des institutions chargées de sa diffusion, le texte de Lame engage aussi un processus de décolonisation épistémique (Ph. Colin). L’histoire de la Catalogne au XXe siècle, étudiée à travers l’existence d’associations privées et d’institutions officielles (ou clandestines dans les périodes de dictature de l’État espagnol) à finalité culturelle et à vocation éducative, l’analyse de leurs actions, de leur rôle et de leurs avatars sont un exemple de la permanence des résistances, notamment linguistiques (M. Camprubí). Toujours en Espagne, un regain d’intérêt pour les Missions pédagogiques de la Seconde République s’est manifesté, au début du XXIe siècle, à travers des documentaires, des expositions et des programmes radiophoniques. Il faut y ajouter, plus récemment, l’écriture de fictions (El club de la memoria et Todo lo que se llevó el diablo) qui revisitent cette aventure emblématique de la politique scolaire du premier bienio et veulent faire œuvre de pédagogie sociale dans l’Espagne contemporaine (Z. Carandell).
    Une cinquième section est consacrée plus particulièrement à l’écrit, au livre et aux bibliothèques, tous termes chers à l’homme d’archives par excellence, à l’auteur de fictions et au directeur de collection que fut Thomas Gomez. Une enquête judiciaire réalisée en 2006 a révélé au grand public l’existence de plusieurs bibliothèques dans des lieux institutionnels ou dans des demeures personnelles appartenant au général Pinochet. Le questionnement sur l’origine, la nature et la quantité de livres réunis, parmi lesquels des ouvrages d’une grande valeur bibliographique – ce qui leur confère aujourd’hui un indiscutable intérêt économique – et l’étude des modes de financement éclairent d’un jour inédit la personnalité du général chilien (A. de la Llosa). Après avoir réalisé un état des lieux des initiatives éditoriales et du bilan des politiques culturelles (promotion du livre et de la lecture en particulier) dans le Chili post-dictatorial, l’analyse des discours qui les sous-tendaient permet de mesurer la portée et les limites de leur apport à la reconstruction démocratique du pays (S. Decante).
    Comme en miroir à l’évocation initiale de la présence française en Amérique latine depuis le XIXe siècle, ce premier ensemble se ferme sur un très suggestif panorama du fonds bibliographique latino-américain (livres et manuscrits) de la Bibliothèque nationale de France depuis 1875 (année de l’entrée en vigueur d’une nouvelle classification) jusqu’au Boom de la seconde moitié du XXe siècle (F. Rodríguez López).

    Un second ensemble, organisé autour de deux thématiques, complète cet hommage. La première Espaces et cultures articule politique et culture appréhendées à travers l’évocation de figures littéraires, de pratiques associatives et de représentations historiques dans les mondes hispanique, hispano-américain et méditerranéen.
    Trois contributions rendent compte du complexe processus d’adaptation des modèles européens aux réalités hispano-américaines. C’est ce que montre l’étude de la première génération d’intellectuels et, en particulier, des idéologues du Salon Littéraire de 1837, dans les premières décennies qui suivent l’indépendance du Río de la Plata. Les enjeux de l’époque sont alors la construction d’une nation, la lutte contre la dictature de Juan Manuel Rosas et le sentiment de l’urgence qu’il y avait à forger l’indépendance esthétique du pays (A. Gasquet). À la même période à Cuba, dans ce qui demeurait une possession de l’empire espagnol, une figure littéraire cristallisait tout à la fois les craintes et les préjugés d’une époque mais aussi les rêves et les idéaux d’une élite intellectuelle qui luttait pour la libération des Antilles : celle du poète mulâtre, Gabriel Concepción Valdés, dont la critique très contrastée de l’œuvre poétique et de la vie fournit un riche matériau pour l’étude des imaginaires antillais (M. Guicharnaud Tollis). Un autre exemple de la circulation des savoirs et des techniques en même temps qu’un indice de la vitalité des utopies (et de la difficulté à les adapter) est donné par le Brésil esclavagiste du XIXe siècle. Constituant un terrain fertile pour le débat d’idées en raison de l’existence d’un important réseau associatif, le Pernambouc vit, au milieu du siècle, la publication de O Progresso, une revue sociale, littéraire et scientifique, d’inspiration fouriériste qui occupe une place singulière dans l’histoire de la presse brésilienne, voire même latino-américaine (Cl. Poncioni).
    De l’importance de l’existence de réseaux et d’espaces de sociabilités pour comprendre la réalité sociale, l’étude de la franc-maçonnerie à Cuba, en tant qu’élément constitutif de ce maillage vers lequel convergeaient les élites havanaises, et plus globalement cubaines, fournit une série d’éléments suggestifs. Ainsi les liens de l’espace maçonnique avec d’autres réseaux, notamment celui qui se développa autour de la construction du chemin de fer dont l’influence fut décisive pour la consolidation institutionnelle de la franc-maçonnerie dans la capitale cubaine, en offrent-ils un exemple probant (D. Soucy).
    Deux articles témoignent de l’intérêt des regards croisés. Dans la perspective d’approfondir l’examen des représentations ayant trait au lien colonial qui a uni Philippins et Espagnols pendant trois siècles, et de mieux comprendre le processus de récupération du legs historique, le recours à des sources, peu sollicitées, est ainsi examiné. Il s’agit de s’intéresser, autant que la documentation le permet, au regard que les Philippins, installés en Espagne ou restés dans l’archipel, portaient sur les Espagnols qui vivaient dans les îles et plus largement sur la société péninsulaire de la seconde moitié du XIXe siècle (H. Goujat). Autre regard croisé faisant l’objet d’une analyse est celui que porte le poète cubain, Nicolás Guillén, sur la Caraïbe insulaire et continentale, au XXe siècle, témoignant de sa capacité à cerner l’espace-temps du continent latino-américain et à envisager les formes et les limites de son intégration (Y. Thiao).
    Ancrées dans le monde contemporain, deux études analysent l’impact du monde médiatique, l’une sur le monde politique et l’autre sur le monde sportif et conduisent à un questionnement sur l’histoire, la mémoire et l’identité. L’évocation à travers la presse française et espagnole de l’itinéraire de Federica Montseny, militante anarchiste, importante figure de l’histoire espagnole de la Seconde République, morte “oubliée” en 1994, fait apparaître, en France, les ambiguïtés du discours sur la violence et en Espagne, l’effacement de pans entiers de l’histoire récente lors de la Transition (M.C. Chaput). Désignant un système défensif très rigoureux, le catenaccio (verrou ou cadenas en italien) connote une attitude mentale identitaire, migrée des schémas tactiques du football, dans la société italienne de l’après-guerre jusqu’à la fin de la Première République des années 1990. À partir de cette métaphore, il s’agit de retracer l’impact de la mentalité footballistique et de son fonctionnement médiatique en Italie, à travers le débat sportif, intellectuel et politique (G. Gargiulo).

    La seconde thématique porte sur Terres et productions. Une première contribution évoque le conflit social, opposant les titulaires du domaine direct et ceux du domaine utile pour la possession des terres, qui secoua le Nord et le Nord-Ouest de l’Espagne, dès la fin du XVIIe siècle et principalement durant les décennies centrales du XVIIIe siècle (P. Luna).
    Les trois autres contributions ont trait, chacune, à l’utilisation et aux formes économiques et sociales de l’exploitation de certaines matières premières américaines du XVIe siècle au début du XXe. Les savoirs médicinaux européens furent ainsi confrontés à l’apparition de nouveaux remèdes d’origine américaine, à de nouvelles maladies et de nouvelles thérapeutiques. L’analyse des pratiques retracées dans les différents discours et traités des médecins d’Europe occidentale entre 1510 et 1580 fait apparaître des variations dans la réception et le degré d’incorporation selon les lieux d’expérimentation et l’expérience qu’en avaient les “médiateurs” (L. Bénat Tachot). Si l’insubordination d’esclaves fut toujours une source de tracas pour les propriétaires de plantations cacaoyères, les soulèvements à proprement parler semblent avoir été relativement rares au cours de la période qui suivit l’Indépendance, ce qui rend particulièrement significative l’analyse de deux révoltes, respectivement en 1837 et 1845, qui eurent lieu dans la région d’Ocumare de la Costa (Venezuela). Elles éclairent d’un jour nouveau le type très particulier du lien entre maîtres et esclaves dans le contexte de la production de cacao de l’après-Indépendance (N. Harwich). Si des politiques d’exploration et de colonisation de la Selva furent conduites dans le Pérou républicain dès les années 1840, ce fut l’explosion de la demande du caoutchouc qui permit à l’Oriente d’acquérir une visibilité nationale et internationale. La leyenda del caucho (1906) du Liménien Carlos Amézaga consacra la réalité du nouvel espace économique, le choix du mode épique soulignant le rôle de nouvel Eldorado assigné à la région nord-orientale dans l’imaginaire collectif (C. Heymann).

    Puisse cet ensemble d’articles refléter le respect de la communauté scientifique pour le travail de l’historien, les vertus du pédagogue, le talent de l’auteur et le brio de l’homme de conviction que fut Thomas Gomez.


    Catherine HEYMANN
    Nathalie JAMMET-ARIAS
    Alvar de la LLOSA

     

     SOMMAIRE

     

    Alvar DE LA LLOSA et Itamar OLIVARES – Hommage

    Catherine HEYMANN, Nathalie JAMMET-ARIAS et Alvar DE LA LLOSA – Présentation

    Jean-Yves MOLLIER – Le rôle du livre et de l’imprimé dans la construction de l’espace culturel français en Amérique du sud

     

    Savoirs et pouvoirs

    Catherine GAIGNARD – La diffusion du savoir à Grenade, du règne de Charles Quint à l'avènement des Bourbons

    Jeanne CHENU – Savoir et pouvoir en Nouvelle-Grenade (1760-1810) : une passion insatisfaite

    Jorge E. GONZÁLEZ – La interpretación de Antonio Nariño sobre Los derechos del hombre y del ciudadano en los inicios de la emancipación de la Nueva Granada

     

    École et État

    Nathalie JAMMET-ARIAS – L'Université du Chili pendant le rectorat d'Andrés Bello (1842-1865) : un appareil idéologique de l’État chilien…

    Alexis MEDINA – «Saldrá de esta Universidad una juventud honrada, inteligente y laboriosa» : le projet de modernisation de l’Université Centrale de l’Équateur pendant la période progressiste (1883-1895)

    Emmanuelle SINARDET – L’introduction de la pensée fröbelienne en Équateur (1900-1908) : Révolution pédagogique et révolution libérale

    Françoise MARTINEZ – Enseigner à enseigner : une histoire des « Écoles Normales » et de la formation enseignante en Bolivie

    Mercè PUJOL et Santiago OSPINA – Globalización y transformación de la Universidad. Miradas cruzadas España-Colombia

     

    Formes, acteurs et vecteurs de la transmission

    Alejandro Román ANTEQUERA – L'enseignement de l'histoire dans les premières années du franquisme

    Jaime CÉSPEDES – Enrique Tierno Galván en la Universidad de Murcia (1948-1953)

    Marie LECOUVEY – Servir la nation, pas le gouvernement ? La Sociedad Mexicana de Geografía y Estadística et la Academia de San Carlos entre 1849 et 1876

    Dalila CHINE LEHMANN – Quand les « spécialistes » mexicains s’emparent de l’Histoire : élaboration des manuels scolaires et enjeux nationaux

     

    Résistances

    Philippe COLIN – Territoire, mémoire et décolonisation des savoirs dans Los pensamientos del indio que se educó en las selvas colombianas de Manuel Quintín Lame

    Zoraida CARANDELL – Les Missions Pédagogiques, du récit d’hier au roman espagnol d’aujourd’hui : transmettre et repenser l’héritage culturel républicain

    Michel CAMPRUBI – Le cas catalan : associations et institutions de sauvegarde et récupération de la langue du pays (XXe siècle)

     

    De l'usage des livres et des bibliothèques

    Alvar DE LA LLOSA – De la Biblioteca a la Academia, o formación y uso de la biblioteca no tan secreta de un « augusto » general chileno que pretendía ser experto en Geopolítica 247 C1-2 Stéphanie Decante – Del Fondo del Libro a la Furia del Libro: de la función asignada al papel desempeñado (1989-2015)

    Fabiola RODRÍGUEZ LÓPEZ – Presencia de la literatura latinoamericana en la Biblioteca nacional de Francia. Breve visión de conjunto de 1875 hasta el Boom

     

    Varia

    Espaces et cultures

    Axel GASQUET – El pensamiento ilustrado y el romanticismo en el Río de la Plata: modernidad y vanguardia estética en el Salón Literario de 1837

    Michèle GUICHARNAUD-TOLLIS – La invención de América: el poeta cubano Plácido en los imaginarios antillanos

    Claude PONCIONI et Georges ORSONI – Fourier sous les tropiques : la revue O Progresso dans le Pernambouc du XIXe siècle

    Dominique SOUCY – Logias sobre raíles. El impacto del ferrocarril en la disputa por la hegemonía masónica en la isla de Cuba (1850-1880)

    Hélène GOUJAT – El desencuentro colonial entre españoles y filipinos en la segunda mitad del siglo XIX: entre realidad y representación

    Yopane THIAO – La Caraïbe à travers les écrits de Nicolás Guillén

    Marie-Claude CHAPUT – Federica Montseny (1905-1994) : vers la fin d’un oubli ?

    Gius GARGIULO – Défendre le score. Vivre et raconter le foot comme tragédie

     

    Terres et productions

    Pablo LUNA – Terre et droit en Galice au milieu du XVIIIe siècle : entre le « manifiesto legal » et la « natural razón »

    Louise BÉNAT-TACHOT – Entre tradición y experiencia: la emergencia del saber americano en la farmacopea europea

    Nikita HARWICH – Tumulte dans la cacaoyère : révoltes d’esclaves à Ocumare de la Costa (Venezuela), 1837 et 1845

    Catherine HEYMANN – Oriente péruvien et construction nationale dans La leyenda del caucho de Carlos Amézaga

  • Crisol : Les figures du rebelle
    No 20 (2016)

     Le numéro 20 de la revue Crisol, intitulé Les figures du rebelle, est un volume collectif qui rassemble les contributions des trois groupes de recherche de l’EA 369 Études romanes – le CRIIA, le CRIX et le CRILUS. Le choix de ce thème nous a semblé fédérateur car le rebelle­ – « celui qui déclenche la guerre », « qui relève la tête », « qui refuse de s’humilier », est une figure très représentative des pays issus de la romanité, socle fondateur de cultures qui peu à peu forgeront leur identité propre. Dès la conquête romaine, il y a une Hispania, qui résiste, et de nombreuses Numance jalonneront l’histoire de ces rébellions contre l’Empire. Rétrospectivement on constate que l’aire romane a fomenté des formes de résistance sui generis, rebelle, rebelde, ribelli…, au XIXe siècle, chemises rouges de Garibaldi, guérillas contre les troupes napoléoniennes, lesquelles deviendront ce type de guerre révolutionnaire qui embrasera l’Amérique latine. Avant même la Révolution russe, la Révolution mexicaine deviendra le paradigme en la matière jusqu’à ce que l’autre Révolution, la Cubaine lui succède.

    On se rebelle contre tout pouvoir coercitif, politique, culturel, économique, religieux. On lutte contre le grand propriétaire terrien, contre le maître esclavagiste, dans le palenque ou quilombo, contre les différents régimes autoritaires – fascisme, franquisme, salazarisme – ou simplement contre les institutions d’un pays, d’une république dans laquelle un groupe humain, un clan, ne se reconnaît pas. Il s’agira de rébellion souvent menée par un chef charismatique qui précipitera la fin d’une société par la lutte clandestine, la guérilla, et annoncera un nouvel ordre révolutionnaire ; s’il triomphe, le rebelle entrera dans l’Histoire. Mais le héros vaincu sera oublié.

    La constitution d’États Nations au XIXe siècle en Europe, mais aussi en Amérique Latine – quand le Brésil devient une République – réactivera des formes de résistances ancestrales : banditisme, bandes armés, sicarios dans les sociétés gangrénées par la drogue.

    Les différentes contributions de cette nouvelle livraison de la revue CRISOL proposent ainsi une lecture des nombreuses et très variées figures iconiques que l’aire romane n’a cessé de secréter : guérilleros, milicianos, pasionarias, soldaderas, jusqu’aux Indignados qui depuis la Plaza Mayor de Madrid ont essaimé la contestation, à l’origine d’un vaste mouvement de protestation en Europe et aux Etats-Unis contre « l’horreur économique » que signifient les brutales politiques néolibérales du XXIe siècle et l’échec de la social-démocratie.

    Dans la première partie « Le rebelle entre dans l’Histoire», les contributions s’interrogent sur la façon dont celui qui prend les armes contre l’envahisseur, qui conteste un pouvoir despotique, entre un jour dans l’Histoire, récupéré, iconisé, grandiose symbole identitaire, souvent redécouvert au gré des régimes politiques en cours. Il peut aussi tout en demeurant une figure « anonyme» aux yeux de l’Histoire officielle, être revendiqué par la mémoire collective, populaire. L’image du rebelle est médiatisée, réinterprétée, relayée, perpétuée par la littérature, la statuaire, la peinture, les arts visuels.

    En ouverture de cette première partie, la communication de Bernard Darbord et de César Garcia de Lucas, consacrée à l’infant don Juan Manuel, auteur du Conde Lucanor rappelle combien de tout temps la figure du Monarque, doté d’un pouvoir absolu suscite chez le vassal, l’effroi, mais pousse aussi à la rébellion. Amélie Djondo s’intéresse au personnage de la reine rebelle dans la comedia du Siècle d‘Or ; directement inspirée des grandes reines de l’Histoire antique et moderne, entre regina justa et regina horrens, celle-ci s’insurge contre un rôle prédéfini.

    Les communications suivantes questionnent la fabrique de l’Histoire. Marie Lecouvey analyse deux figures historiques mexicaines, Emiliano Zapata et Cuauhtémoc. L’une et l’autre incarnent la rébellion ­– Cuauhtémoc, martyr sacrifié par les Conquistadores et Zapata le héros révolutionnaire ; mais l’une et l’autre, dans la statuaire, dans l’iconographie, dans le discours identitaire, dans la célébration, seront différemment traitées. La figure de Zapata fluctue au gré de la Révolution officielle, celle du PRI qui l’aseptise et lui préfère comme accessoire l’épi de maïs au fusil… alors que l’ELNZ du subcomandante Marcos en 1994 revendique l’homme en armes. Étrangement, Cuauhtémoc le dernier empereur aztèque semble avoir une destinée ambiguë. En tant que héros national, il ne semble pas être revendiqué comme une figure de rébellion du peuple mexicain, la filiation identitaire restant au niveau de l’histoire officielle, difficile. La figure du rebelle oubliée délibérément par l’Histoire sous un régime autoritaire, peut retrouver son statut de personnage historique, enfin reconnu, quand revient la démocratie ; c’est le cas en Équateur de Luis Vargas Torres dans la communication d’Alexis Medina ; dirigeant libéral, il sera exécuté en 1887 sous le gouvernement autoritaire de Caamaño ; et c’est après le triomphe de la révolution libérale de 1895 que commencera la réhabilitation de celui qui depuis 2012 est devenu un « héros national ». José Carlos Janela Antunes retrace l’étonnante biographie d’Henrique Galvão (1895-1970), qui symbolise au Portugal le combat contre Salazar, mais aussi contre tous totalitarismes ; il sera d’ailleurs décoré à titre posthume par le président Mário Soares en 1991. Citons encore le cas du charismatique jeune communiste équatorien, Milton Reyes, opposant au régime de J. M. Velasco Ibarra et exécuté en 1970 ; sa fille, Natacha Reyes Salazar, tente de réhabiliter son souvenir dans un livre autobiographique, Los 60’s sin Rock (2011) qui est également un plaidoyer afin que la mort de son père soit reconnue comme un crime politique, comme on peut le lire dans la communication de Diana Sarrade Cobos. Mais qui mieux que Puig Antich pour incarner la figure du jeune rebelle, militant politique exécuté en 1975 ? Canela Llecha Llop, à partir du film Salvador de Manuel Huerga (2006), démontre comment la figure canonique, qui cristallise un passage charnière, celui de la fin du franquisme à l’avènement de la démocratie, devient dans le film une icône mercantilisable, qui ressortit davantage du mauvais garçon et du bandit ; c’est une figure hypersémantisée, car elle réunit sur sa personne tous les clichés et stéréotypes que l’on attribue en général au rebelle. Enfin cette dernière partie se termine par la communication de Marie Isabelle Viera sur le migrant portugais vu à travers deux récits : A noite e o riso de Nuno Braganca (1969) et la nouvelle de J. M. G. Le Clezio « Ô voleur, voleur, quelle vie est la tienne ? » (1982) ; héros anonyme, à la fois révolutionnaire et rebelle bandit, il conteste le système d’exploitation dont il est victime en tant qu’émigré portugais et grâce à la littérature, entre ainsi dans l’intrahistoire.

    Si le rebelle prend les armes, il utilise aussi les idées, les mots, l’écriture pour résister et témoigner, tel est l’objet d’étude de notre deuxième partie intitulée « Résister, témoigner ». Ainsi dans les deux premières communications, on comprend l’importance du rôle de l’écriture, arme qu’il faut brandir pour s’affirmer, mais surtout combattre contre les inégalités d’une société injuste ou éthiquement scandaleuse. L’insoumission des « Trois femmes puissantes » dans l’article de Françoise Aubès témoigne d’un Pérou discriminatoire, violent, machiste, qu’il s’agisse de celui de la romancière pré-indigéniste Clorinda Matto de Turner, de la franco péruvienne Flora Tristan ou de celui de María Elena Moyano au XXe, qui en plein terrorisme de Sentier Lumineux tentera par son action militante de s’opposer au fanatisme de ce mouvement. Dans ces trois cas, il s’agit de passer de l’espace privé à l’espace public, de revendiquer sa place ailleurs que dans le confinement de la maison. Ce que font également des trois intellectuelles espagnoles – Concha Méndez Cuesta (1898-1986), Ernestina de Champourcin (1905-1999) et Carmen Conde (1907-1996) – auxquelles s’intéresse Allison Taillot ; le récits autobiographique de ces « rebelles à la plume », vise non pas l’évocation rétrospective de souvenirs privés, mais par l’acte d’écrire, la reconnaissance publique. Le genre autobiographique qui se prête donc parfaitement à un travail de réflexion sur la construction identitaire, prend un tour particulier dans le cas de celles « des frondistes de gauche » – Vittorini, Gambetti et Lajolo – qu’analyse Pierpaolo Naccarella. Ces jeunes intellectuels fascistes, qui contestèrent non pas l’idéal fasciste, mais sa pratique, deviendront pour deux d’entre eux des communistes déçus qui ne se rebelleront pas contre le PCI, auquel ils devaient leur « réhabilitation ». L’écriture est aussi l’essence même de la rébellion et tout particulièrement pour le poète : le poète est un hors-la-loi, comme le définit Béatrice Ménard en étudiant Altazor du chilien Vicente Huidobro (1893-1948), dont la rébellion est avant tout « mort et résurrection du langage », rupture, transgression, dégrammaticalisation ; il faut tout détruire pour créer un autre monde. On retrouve cette même rébellion chez le poète hispano-mexicain, Tomás Segovia (1927-2011), qui a fait de l’insoumission une manière d’être et d’écrire comme l’explique Judite Rodrigues à la lumière de son œuvre poétique, mais aussi de ses essais, dans lesquels il prône la sédition contre l’immonde monde de « l’homo consummens ». En conclusion de cette deuxième partie consacrée à l’écriture comme forme de résistance et de témoignage, la contribution de Graça Dos Santos montre comment le théâtre sous une dictature comme celle de l’Estado Novo de Salazar peut être un agent de contestation dans un pays opprimé ; c’est le cas de la compagnie du Teatro Moderno de Lisboa (1961-1965) quand elle représente L’encrier de Carlos Muñiz en deça des Pyrénées ; mais jouée à Paris, la pièce perdra de sa ferveur protestaire.

    Dans la troisième partie « Héros et mythes populaires », les contributeurs s’intéressent aux formes délictueuses de la rébellion. Quand les états modernes se constituent au XIXe siècle, sont réactivées alors des formes de résistance culturellement présentes depuis des siècles, en la personne du bandit et de son code d’honneur « la balentia» en Sardaigne ; les bandits sardes du Mezzogiorno de l’état italien, incarnent la rébellion conte l’autorité locale, puis contre un nouvel ordre social, économique. C’est l’évolution de la figure du bandit sarde qu’analyse Giuliana Pias à travers les romans de G. Deledda, S. Atzeni, et M. Fois, montrant comment cette figure permet une relecture de l’histoire de la Sardaigne. La rébellion se décline aussi au féminin comme on peut le lire dans plusieurs communications. Dans celle de Ramona Onnis, sont étudiés dans une perspective postcoloniale les personnages féminins de deux romans de Sergio Atzeni : Juanica dans le roman historique La fable du juge bandit, et Cate dans Bellas mariposas dans la Cagliari d’aujourd’hui. La rébellion des femmes n’est pas exempte d’ambigüité, celles-ci s’arrogent en effet le droit d’être aussi sanguinaires et cruelles que leur compagnon ou que ces hommes machos, leurs ennemis qui les asservissent et les maltraitent. Ainsi au Brésil Maria Déia, devient sous le nom de Maria Bonita une figure légendaire comme l’explique Véronique Le Dû, évoquant la compagne de Limpião, célèbre cangaceiro dans le sertão reculé du début du XXe ou les bandes de cangaceiros font la loi, s’insurgeant contre une république dont la devise est Ordre et Progrès. Maria Bonita, n’est pas une soldadera, elle combat, pille, manie les armes en véritable cangaceira. Et elle subira le même sort que les hommes de la bande de Lampião, exécutés le 28 juillet 1938 par la police. La délinquance au féminin se développe aussi dans le contexte urbain de sociétés où à l’autorité de l’État s’est substituée celle de groupe maffieux, comme le met en scène dans son roman 9 mm parabellum (2008) l’écrivain équatorien Alfredo Noriega dont Emmanuelle Sinardet propose l’analyse. Solitaire tueuse à gages, sanguinaire, mue par la haine des hommes, Esther échappe cependant au stéréotype de la sicaria car sa rébellion passe aussi par son amour de la poésie et de Borges ; figure complexe, le personnage d’Esther devient ainsi comme « l’étoile brillante d’un roman noir ». Dans une autre Amérique, celle des afro-descendants, le marronnage de fait (quilombo, palenque) qui est une manière de survivre à l’ordre colonial esclavagiste, s’accompagne aussi d’un marronnage discursif. C’est ce qu’étudient Sébastien Lefèvre et Paul Mvengou Cruzmerino à travers deux chansons mexicaines, forme de résistance à l’invisibilisation imposée aux afro-descendants en Amérique Latine. Se rebeller contre une société discriminatoire pour trouver enfin sa place, telle est la trajectoire de Cusumbo, le métis, symbole d’une nation en devenir dans la lecture proposée par Caroline Berge de Don Goyo, roman de l’Équatorien Demetrio Aguilera Malta (1933). Enfin la communication de Manuella Spinelli réfléchit sur cette autre forme de rébellion sans rébellion comme celle que met en scène le romancier italien Giuseppe Montesano dans deux romans, Dans le corps de Naples (2002) et Cette vie mensongère (2005) ; les protagonistes sont de jeunes trentenaires, sorte d’Oblomov modernes, et contrairement au précepte selon lequel « la valeur n’attend pas le nombre des années », ils refusent une société de gagnants ; rétifs à toute forme d’adhésion à une quelconque idéologie politique, ils sont convaincus de l’impossibilité de la rébellion aujourd’hui.

    Nous espérons que la lecture de cet ouvrage collectif permettra de mieux comprendre combien la figure du rebelle peut être paradoxale et complexe comme la liberté qu’il renvendique. Que ces collaborations permettent aussi au lecteur de s’interroger sur d’autres réalités non fictionnelles, celles d’une actualité qui montre, toutes aires géographiques confondues, que la condition humaine est et se doit d’être, celle de l’Homme révolté.

    Françoise Aubès avec la collaboration du comité scientifique :

    Zoraida Carandell, Graça Dos Santos, Lina Iglesias, Manuelle Peloille, Lucia Quaquarelli, Emmanuelle Sinardet

     

    SOMMAIRE

     

    Françoise AUBÈS – Avant-propos

     

    I. Première partie : Le rebelle entre dans l’Histoire

    Bernard DARBORD et César GARCÍA DE LUCAS – Don Juan Manuel en rébellion contre son roi (Espagne, XIVe siècle) : Poema de Alfonso Onceno et Conde Lucanor

    Amélie DJONDO– Le personnage de la reine rebelle dans le théâtre du siècle d’or

    Marie LECOUVEY – De Cuauhtémoc à Zapata : le double usage des figures de rebelles mexicains (XIXe-XXIe siècles)

    Alexis MEDINA – Luis Vargas Torres, martyr du libéralisme équatorien : la naissance d’un mythe

    Diana SARRADE COBOS – La construction de l’image du père rebelle dans le roman Los 60’s sin Rock de Natacha Reyes

    Canela LLECHA LLOP – Rebelle et tais-toi ! La représentation cinématographique de Salvador Puig Antich

    José Carlos JANELA-ANTUNES – Henrique Galvão : rebelle au nom de la justice et pour la liberté

    Marie-Isabelle VIERA – Le migrant portugais rebelle : figure marginale ?

     

    Deuxième partie : Résister, témoigner

    Françoise AUBÈS – Trois femmes puissantes

    Allison TAILLOT – L’écriture comme attribut de la rébellion dans les écrits personnels des « modernes de Madrid »

    Pierpaolo NACCARELLA – La rébellion contre le fascisme des « frondistes de gauche » dans leurs ouvrages autobiographiques (1944-1946)

    Béatrice MÉNARD – Altazor de Vicente Huidobro ou la rébellion du langage poétique

    Judite RODRIGUES – «La rebeldía cabal» : éthique et poétique du rebelle dans l’œuvre de Tomás Segovia

    Graça DOS SANTOS – Être ou ne pas être rebelle : L’encrier de Carlos Muñiz par le Teatro Moderno de Lisboa au Théâtre des Nations en 1962

     

    Troisième partie : Héros et mythes populaires

    Giuliana PIAS – Du bandit armé à la « balentìa » sans armes. L’évolution de la figure du rebelle dans le roman sarde contemporain

    Véronique LE DÜ DA SILVA-SEMIK – Représentation de Maria Bonita dans la littérature de cordel brésilienne

    Ramona Onnis – Le rebelle au féminin dans l’œuvre romanesque de Sergio Atzeni

    Emmanuelle SINARDET – La figure de la rebelle dans 9 mm parabellum d’Alfredo Noriega (2008) : de la sédition de la sicaria à la subversion de la lectrice

    Sébastien LEFÈVRE et Paul Raoul MVENGOU CRUZMERINO – Stratégie de résistance : figures rebelles dissonantes dans les Afro-Amériques

    Caroline BERGE – Cusumbo : un rebelle exemplaire dans le roman réaliste social équatorien Don Goyo de Demetrio Aguilera Malta

    Manuella SPINELLI – Une rébellion sans rebelle. Formes de représentation de l’antihéros dans les romans de Giuseppe Montano

  • Crisol : Engins, machines et cyborgs : « science-fiction » en Amérique latine
    No 19 (2015)

    Ce volume dont le titre Engins, machines et cyborgs : « science-fiction » en Amérique latine laisse entendre l’évolution d’un genre dont la spécificité originelle tient dans toute une machinerie technique qui ne cessera de muter, se propose d’étudier la représentation de cet imaginaire scientifique principalement dans la littérature. La première partie de l’ouvrage est consacrée aux contributions de plusieurs enseignants chercheurs dont la spécialité couvre des aires géoculturelles variées du Mexique au Cône Sud, en passant par les Caraïbes et le monde andin. La seconde partie est une anthologie de 15 nouvelles de science-fiction traduites par les membres du Collectif de Lectures d’ailleurs (http:/fr.calameo.com/accounts/261779) ; ces nouvelles complètent les études plus théoriques de la première partie, montrant le dynamisme et le renouveau du genre. Enfin il nous a semblé utile d’ajouter un index des œuvres les plus mentionnées dans les divers articles de la première partie de ce volume, donnant ainsi l’occasion au lecteur de tenter l’aventure d’une autre représentation de l’Amérique latine.

    Si la science-fiction naît en tant que genre avec l’avènement des machines, des technologies qui vont révolutionner l’avenir de l’humanité tout entière, génératrices de nouvelles utopies, celle d’un monde meilleur, il est d’usage de déclarer que l’Amérique latine, ayant connu historiquement un retard « technologique » ralentissant ainsi son accès à la modernité, n’a pu développer ce type de littérature. Or c’est tomber dans des généralités erronées qui supposent une vision globale et homogène de pays très différents. Comment comparer l’Argentine du début du XXe siècle, dont la capitale Buenos Aires est la New York de l’Amérique du Sud, avec le Pérou dont la capitale Lima, ressemble à une petite ville de province ? Ces considérations sur le développement inégal des villes ou plutôt de la « Modernité » questionnent l’existence ou la non-existence d’un lectorat potentiel et la fondation d’une tradition. Mais on peut néanmoins considérer qu’un imaginaire scientifique se développe, certes à des degrés divers, dans les fictions latino-américaines et ce dès la fin du XIXe siècle. S’inspirant des modèles européens et nord-américains, des avant-gardes, des mouvements futuristes, et de leurs propres rêves prospectifs et prédictifs, les écrivains latino-américains créeront des histoires où les machines et leurs inventeurs seront le moteur diégétique du récit (M. Tapia), mais à la lisière d’autres genres comme le genre fantastique (A. Linck). Selon les aires analysées, on peut retracer la naissance et l’évolution d’un genre fictionnel, genre ancillaire d’abord, inspiré de ce qui se fait en Europe, mais capable aussi de s’enraciner dans des sociétés dont le substrat mythique des cultures autochtones est la voie royale vers les mondes imaginaires. Les contributions sur Cuba (C. Lepage) et le Chili (M. Areco, F. Moreno), deux pays fondateurs du genre, montrent l’usage politique divergent de la science-fiction au gré de l’Histoire. En ce qui concerne les pays de tradition moindre ou invisible éditorialement, les contributions de E. Sinardet sur l’Equateur et de F. Aubès sur le Pérou, attestent néanmoins de la présence constante d’une littérature que l’on pourrait qualifier de périphérique. En inventant des mondes imaginaires, miroir déformant du présent, en prenant les chemins de traverse de l’Histoire, les écrivains lisent leur époque, imaginant des utopies possibles ou réinventant l’histoire de la Conquête (S. Rutès) dans le cas du Mexique. Il nous semblait indispensable de ne pas négliger l’apport du cinéma, présent dans la communication sur le film México 2000 de Rogelio González (E. Vincenot). Certains espaces plus que d’autres semblent propices à l’élaboration d’un monde science-fictionnel, c’est le cas de la Basse-Californie, pour Gabriel Trujillo Muñoz (A. Fabriol). Dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’époque n’est plus aux utopies, mais plutôt au constat d’un monde désenchanté, car les extraordinaires voyages intersidéraux ont montré que le ciel est vide… La très violente conjoncture politique (dictature, régime totalitaire, guerres) trouvera dans le genre post-apocalyptique les outils adéquats pour dire un monde en ruines. (T. Orecchia-Havas, E. Delafosse). L’utopie des premiers temps a donc été remplacée par l’uchronie, la dystopie, le cyberpunk (J. García Romeu).

    Cette littérature que l’on dit « sans cesse périmée », car toujours dépassée par de nouvelles inventions technologiques, a traité ou traite de façon visionnaire tout ce qui aujourd’hui est devenu réalité. Et loin d’être réduite à une gadgetisation futuriste, elle pose les grands problèmes existentiels que toute société humaine tente de résoudre depuis la nuit des temps. La littérature science-fictionnelle latino-américaine n’est donc pas un genre rétrograde et confiné dans un registre codé, un peu méprisé. De grands noms ont contribué à en enrichir le registre ; les limites génériques dans lesquelles les modèles extérieurs auraient pu l’enfermer sont ainsi dépassées. Car, la spécificité de l’Amérique latine n’est-elle pas d’avoir été dès la Découverte, cet espace inimaginable, qui semblait déjà propice aux rencontres de troisième type, comme l’attestent bien des chroniqueurs du Nouveau Monde.

    Tout particulièrement présente aujourd’hui dans les revues électroniques, dans les blogs, transgénérique et transfictionnelle, elle semble résister de plus à plus à toute définition précise et afin de brouiller davantage encore les pistes, rappelons ce qu’énonce l’énigmatique et malicieux narrateur de «Tlön, Uqbar, Orbis Tertius» :

    «La metafísica es una rama de la literatura fantástica»…

    Françoise Aubès (coordinatrice)

    SOMMAIRE

    Françoise AUBÈS – Avant-propos

     

    Première partie : la science-fiction latino-américaine

    1-Poétique d’un genre ou le « merveilleux scientifique »

    Anouck LINCK – Les chemins non conformes de la raison :fantastique et science-fiction

    Miguel TAPIA – Las máquinas más allá de la ciencia. Tecnologías del saber en Juan José Arreola y Adolfo Bioy Casares

     

    2-Chili et Cuba : tradition et enjeux politiques de la littérature science-fictionnelle

    Macarena ARECO, Fernando MORENO – Políticas de la ciencia ficción en Chile: el porvenir hecho presenteok

    Caroline LEPAGE – Des Martiens, des OVNIS… et des Spoutniks sous les tropiques : la littérature science-fictionnelle cubaine

     

    3-Utopies mexicaines

    Sébastien RUTÉS – Dieu, la Conquête et l’espace : trois nouvelles mexicaines de science-fiction métaphysique (Fuentes, Porcayo, Zárate)

    Anaïs FABRIOL – Le récit de science-fiction comme représentation du monde frontalierdans l’œuvre de Gabriel Trujillo Muñoz

    Emmanuel VINCENOT – Satire et utopie dans México 2000 [Rogelio González, 1983]

     

    4-Le monde andin

    Emmanuelle SINARDET – Le monde désenchanté de la science-fiction équatorienne ? : «Viaje imprevisto» d’Alicia Yánez Cossío(1975) et «El analista» de Santiago Páez (1994)

    Françoise AUBÈS – Demain. Quelques réflexions sur le genre SF au Pérou

     

    5-Dystopie et écriture des ruines

    José GARCÍA-ROMEU – Del posmodernismo al ciberpunk, algunas vicisitudes de laanticipación en el Cono Sur

    Teresa ORECCHIA HAVAS – Arquitecturas apocalípticas: Una torre futurista en el borde de la ciudad

    Émilie DELAFOSSE – Plop de Rafael Pinedo: «ciencia rudimentaria y ficción de las ruinas»

     

    Deuxième partie : Anthologie de nouvelles de science-fiction d’Amérique latine

    Traductions dirigées par Caroline Lepage

    Gustavo COURAULT (Argentine) – hWord

    Claudia DE BELLA (Argentine) – Rédemption

    RPACOC (Pérou) – Le Rêve du robot

    Hugo AQUEVEQUE (Chili) – Bleu

    Daína CHAVIANO (Cuba) – L’Annonciation / Amoroso planeta (1983)

    Ricardo CANALES (Mexique) – Réveil

    Ronald DELGADO (Venezuela) – Réplique

    Claudio G. DE CASTILLO (Cuba) – Les pionniers de l’espace

    M.C. CARPER (Argentine) – Continuum Pi

    Eduardo CARLETTI (Argentine) – Cycles

    Eduardo M. LAENS AGUIAR (Uruguay) – DT

    Melanie TAYLOR (Panamá) – Graines

    Jorge Valentín MINO (Équateur) – Les Boutons noirs

    Mauricio DEL CASTILLO (Mexique) – Commerce de Répliques

    Juan Diego GÓMEZ VÉLEZ (Colombie) – Notre-Dame des Donneurs

  • Crisol : El discurso referido en los textos medievales españoles
    No 18 (2013)

    Numéro 18 de la revue Crisol - El discurso referido en los textos medievales españoles

    Discurso Referido
    Luz VALLE VIDELA, coordinadora del número - Introducción

    I. Aspectos lingüísticos del discurso referido
    Marta LÓPEZ IZQUIERDO – Según y como. Su origen y función como introductores de discurso referido

    II. El discurso referido en las formas narrativas breves
    Marcello BARBATO – «Pues, yo arrebataría, por Dios, sy non lo dixiese». La intemperancia verbal del Arcipreste de Talavera
    Olivier BIAGGINI – Discurso directo y discurso indirecto en El conde Lucanor de Don Juan Manuel
    José Luis GIRÓN ALCONCHEL  –El discurso indirecto y sus variantes en el texto del Sendebar

    III. El discurso referido en textos historiográficos y jurídicos
     Sophie HIREL – «Y si quiça me dixeredes». Réflexions sur le discours rapporté dans la chronique de Vagad (1499).
     Luz VALLE VIDELA – El discurso referido en los fueros anecdóticos del Libro de los fueros de Castiella

    Creación
    - Sam GOTE MOZ – Rameras y remeros

  • Crisol : France/Équateur : regards croisés
    No 17 (2012)

    Équateur, Équateur, j'ai pensé bien du mal de toi.
    Toutefois, quand on est près de s'en aller... et revenant à cheval à l'hacienda par un clair de lune comme je fais ce soir (ici les nuits sont toujours claires, sans chaleur, bonnes pour le voyage) avec le Cotopaxi dans le dos, qui est rose à six heures et demie et seulement une masse sombre à cette heure... mais il y a des mois que je ne le regarde plus... Équateur, tu es tout de même un sacré pays. [...]

    Henri Michaux, Ecuador, Journal de voyage, éditions Gallimard, Paris, 1929

     

    Le sujet des relations entre la France et la République de l’Équateur pourrait paraître éculé. Il est admis, en effet, que les penseurs français des Lumières ont influencé le processus indépendantiste de l’Audience de Quito et que les liens culturels, diplomatiques et scientifiques n’ont cessé depuis d’être denses et riches. Ce serait oublier l’évolution de ces relations ainsi que les reformulations des divers transferts culturels qu’elles ont pu susciter. Ce serait également laisser de côté la notion d’échanges et d’apports réciproques.

    Au-delà de l’attrait de la mode ou de la gastronomie françaises ; au-delà de la curiosité que suscite l’Équateur en France ; au-delà des œuvres d’un Montalvo ou d’un Michaux, il convient de s’interroger sur le genre de ces relations, à travers l’espace et le temps, ainsi que sur les modalités de leurs manifestations. Il s’agit aussi d’observer les évolutions récentes, celles du 21e siècle, où les relations privilégiées entre les deux pays peuvent, de prime abord, sembler plus lâches.

    Si la France et l’Équateur ont eu des relations ininterrompues, y a-t-il eu des fluctuations, des résistances, des heurts voire des rejets ? Quelles en ont été les raisons ? Sur quelles représentations réciproques ont-elles pu déboucher ? L’importance stratégique des relations réciproques, l’intérêt politique et économique sont, à ce titre, des thèmes d’étude fructueux au même titre que la valeur civilisationnelle et culturelle de ces rapports bilatéraux. Les deux dimensions peuvent d’ailleurs s’avérer complémentaires et se nourrir mutuellement. Y a-t-il une passion franco-équatorienne ? Quelles en seraient les manifestations et les modes d’expression ? Les temps forts et les temps faibles ? Peut-on parler de la circulation de « modèles » entre les deux pays ? Si tel est le cas, comment ont-ils pu stimuler la production du savoir, et quels formes et cadres socioculturels ont présidé à leur transmission ?Le questionnement sur les relations franco-équatoriennes est riche, car il implique la notion de « regard ». Du point de vue équatorien, il pose la notion d’un éventuel héritage de la pensée française. Si cet héritage existe, y a-t-il eu « détournement » de cette dernière, réappropriation et reformulation ? Comment et dans quels buts ? Du côté français, la réflexion peut prendre une dimension méthodologique. Peut-on se prononcer sur la réalité équatorienne depuis la France sans verser dans des postures empreintes d’une forme de néocolonialisme culturel ou sans éviter les lieux communs ? L’étude des relations franco-équatoriennes nous invitent ainsi à réfléchir sur les modes de construction, à un moment historique donné, de la représentation d’un ailleurs lointain, parfois idéalisé, par le biais de clichés, de stéréotypes, de mythes, de caricatures ou d’images pittoresques et exotiques. Plus largement, de Montalvo à Gangotena ou à Michaux, l’espace réel, géographique, est aussi celui de l’imagination et d’une certaine quête de soi. Aussi proposons-nous une approche pluridisciplinaire qui cerne la nature mais aussi les évolutions des relations, échanges, transferts et rencontres entre les deux pays.

    Les travaux présentés ici sont le fruit d’une réflexion collective menée dans le cadre de rencontres et plus précisément du colloque international sur le thème « France-Équateur : regard croisés » qui s'est tenu les 2 et 3 décembre 2011 sur le campus de l'Université Paris Ouest Nanterre – La Défense. Ce colloque et la publication du présent volume viennent célébrer les quarante ans du Centre d’études équatoriennes, fondé en 1972. Qu’il nous soit permis ici renouveler nos remerciements aux appuis qui ont permis la célébration de cet anniversaire : le CRIIA (Équipe d´accueil 369), l’École doctorale Lettres, langues, Spectacles (ED 138), l’UFR LCE de l’Université Paris Ouest Nanterre – La Défense, l’association des historiens de l’Amérique latine ALEPH, l’Ambassade de la République de l’Équateur en France et la Délégation de l’Équateur auprès de l’Unesco.

    Ce numéro spécial de Crisol célébrant les quarante ans de la création du Centre d’études équatoriennes s’ouvre très logiquement sur l’avant-propos de Claude Lara, de la Délégation de l’Équateur à l’Unesco, intitulé « Le Centre d’études équatoriennes de Paris Ouest, un regard équatorien ». Il est consacré à la création du Centre et aux activités menées depuis quatre décennies maintenant. Il montre que le Centre fonctionne comme le réseau des équatorianistes en France, dans les champs des sciences humaines et sociales, de la linguistique, des arts et des lettres. Outre cette mission première, il rappelle que le Centre a aussi pour objet de faciliter et de développer les études portant sur la République de l’Équateur, de resserrer les liens entre les deux pays et de promouvoir les échanges entre étudiants et chercheurs équatoriens et français. Il insiste également sur le rôle que le Centre joue auprès des chercheurs débutants, sa vocation étant également d’offrir un espace où présenter les résultats de jeunes recherches. Le Centre, depuis quarante ans, représente autour de Paris Ouest Nanterre – La Défense et du CRIIA (Centre de recherches ibériques et ibéro-américaines) un centre dynamique et novateur mettant à jour les connaissances sur l’Équateur.

    Regards croisés au prisme des champs civilisationnels

    La première partie du volume est consacrée aux échanges sous ses diverses facettes, selon une approche pluridisciplinaire. L’histoire des relations entre France et Équateur est en effet fort dense et cette partie s’efforce d´en aborder les moments et les acteurs les plus marquants : la mission de Charles-Marie de la Condamine et celle de Paul Rivet, les institutions de coopération, la vigueur de l’enseignement du français en Équateur, les nouvelles relations diplomatiques, les visites de chefs d’État, notamment celle du général de Gaulle en Équateur et, plus récemment, celle du Président Rafael Correa en France. Il ne s’agit pas seulement d’évoquer les éventuelles influences françaises dans la vie intellectuelle, culturelle et politique de l’Équateur mais de montrer comment se sont instaurés des échanges qui ont fait évoluer l'image de l’Équateur pour les Français et inversement.

    Le chapitre premier « Voyageurs et scientifiques français en Équateur : échanges culturels et coopérations » porte sur la présence culturelle française en Équateur au prisme des organes de coopération et des missions scientifiques, mais aussi des voyageurs. À ce titre, Alexis Medina, dans « Les Indiens sous la Révolution libérale (1895-1912) en Équateur à travers le regard de Paul Rivet », croise regards et perspectives à la lumière des travaux réalisés par Paul Rivet en Équateur. Il montre que ces derniers, outre leur intérêt anthropologique ou ethnologique, ouvrent de nouvelles perspectives pour les études historiques sur les Indiens pendant la Révolution libérale initiée en 1895. Le croisement avec d’autres sources, comme l’essai de Moncayo, les discours des responsables libéraux ou des documents produits par l’Église concernant les politiques d’évangélisation des Indiens, s´avère fructueux pour éclairer d’un jour nouveau le système de domination des Indiens et la politisation ou la mobilisation des secteurs dits subalternes, particulièrement intense pendant la Révolution libérale.

    Alvar de la Llosa, dans « L’Équateur et la visite du président français Charles de Gaulle (1964). Première partie : un contexte difficile », revient sur le contexte qui préside à la visite officielle du général de Gaulle en Équateur les jeudi 24 et vendredi 25 septembre 1964, à la lumière de la très riche documentation du Quai d’Orsay, encore peu exploitée. Cette étude éclaire d´un jour nouveau l´histoire politique de l’Équateur du début des années 1960 grâce à la diversité des points de vue, ceux des ambassadeurs, de la direction centrale, ceux exprimés par les acteurs équatoriens dans les cercles officiels et ceux de la presse. En effet, ce croisement des regards permet d’approfondir une vision historique équilibrée entre et depuis les deux pays. Le regard porté sur la politique interne de l’Équateur et l’analyse qu’en tire le représentant français sont particulièrement éclairants. Ils contribuent également à une meilleure connaissance d´un moment clé des relations franco-équatoriennes, lesquelles semblent s’essouffler dans un contexte de Guerre froide. Cette étude sera complétée ultérieurement par une recherche complémentaire sur la visite même du général de Gaulle, afin d´apprécier le renforcement de la coopération économique, scientifique et culturelle entre l’Équateur et la France. Nous ne manquerons pas de la publier dans un prochain volume proposé par le Centre d´études équatoriennes.

    Catherine Lara, pour sa part, analyse dans quelle mesure la première mission géodésique française constitue une contribution pour l’archéologie équatorienne d’aujourd’hui, croisant non seulement deux pays mais deux périodes. Son travail « Aux sources de la collaboration scientifique franco-équatorienne : apports de la première mission géodésique française à l’archéologie équatorienne » cerne en effet deux types d’acteurs et d’époques : les archéologues équatoriens ou travaillant en Équateur aujourd’hui et dans le contexte actuel, et les géodésiens français, voyageurs et scientifiques de l’époque des Lumières. Cette approche originale permet de comprendre le type de contributions réalisées par les géodésiens français à l’archéologie équatorienne contemporaine ainsi que l’usage que les archéologues équatoriens ou travaillant en Équateur en font aujourd’hui.

    Dans cette perspective, Diana Sarrade Cobos, avec l’article « La contribución científica y técnica del IRD en el conocimiento de la ciudad de Quito », revient sur les modalités du développement du Distrito Metropolitano de Quito à la lumière de la coopération scientifique et technique menée avec l’ORSTOM-IRD. Elle montre non seulement les apports de cette coopération particulièrement féconde à la connaissance de la ville de Quito et de son agglomération, mais elle analyse les spécificités d´une recherche commune basée sur le principe de l’action participative. Enfin, David Macías Barres analyse les enjeux et les particularités de l’enseignement du français en Équateur. Son travail « Una mirada contemporánea a la enseñanza del francés en Ecuador » observe la coopération linguistique mise en place par le gouvernement français et montre comment elle s’efforce d´adopter l’approche communicative et interculturelle promue de son côté par le gouvernement équatorien.

    Le croisement des regards est aussi celui que pratique le chercheur, en utilisant des outils d’analyse élaborés depuis un pays pour comprendre l’autre ou bien en adoptant la démarche comparatiste pour penser son objet d’étude. Le second chapitre de cette première partie « Perspectives comparatistes : une histoire en commun ? » entend ainsi proposer des approches comparatistes dans des domaines aussi variés que le droit, la géographie ou la psychanalyse. La perspective comparatiste sert moins à comparer les œuvres et les réalisations indépendamment les unes des autres, qu’à témoigner de leurs rencontres, multiples et variées tout au long d’une histoire qui peut aussi s’envisager, le cas échéant, comme commune.

    Ainsi, dans « Le droit de vote des femmes en Équateur et en France : d’Olympe de Gouges à Matilde Hidalgo de Procel », Sylvie Monjean-Decaudin compare-t-elle les parcours de deux pionnières de la lutte en faveur des droits civiques des femmes, Olympe de Gouges et Matilde Hidalgo de Procel. La mise en parallèle de l’avancée des droits des femmes dans les deux pays permet de constater que l’Équateur a doublement devancé la France, d’une part en reconnaissant dès 1924 le droit de vote et d’éligibilité des femmes, d’autre part en assurant une plus grande parité à l’Assemblée nationale.

    De même, Christine Récalt, dans « La controverse de l’eau en Équateur : deux visions, deux origines », observe les bases des hydropolitiques publiques et les évolutions des stratégies institutionnelles en France et en Équateur. L´article repère les origines de deux conceptions du rôle de l’État, l’une issue de l’héritage des Lumières, l’autre des luttes séculaires des peuples autochtones, pour effectuer un rapprochement fructueux de deux histoires de la gestion de l’eau. L’approche comparatiste permet ici de souligner les éléments essentiels à une démarche législative consensuelle dont pourraient tirer parti les deux pays.

    S’agissant de la psychanalyse, Verónica Valencia Bano utilise des outils français et, en l’occurrence, lacaniens qu’elle applique à un champ a priori aux antipodes de la psychanalyse, à savoir la tradition thérapeutique quichua. Cette démarche originale et inédite débouche sur l´article « Enfoque psicoanalítico sobre la histeria y la tradición terapéutica Kichwa » qui montre que deux formes de maladies dans une société traditionnelle, el espanto et el mal aire, peuvent être appréhendées à la lumière de la pensée lacanienne. Verónica Valencia Bano analyse comment ces deux maladies donnent une direction
    aux pulsions que Lacan appelle jouissance. Ce faisant, elle démontre que la théorie psychanalytique contribue à penser le rapport entre l’âme et le corps chez les Quichuas.

    Le troisième chapitre s’attache à « L’Équateur du 21e siècle en France ». Il s’agit de comprendre les nouvelles représentations de l’Équateur qui se mettent en place aujourd’hui en France, à la lumière des récents enjeux politiques qui bouleversent les relations franco-équatoriennes. Il s’agit également d’observer les nouvelles présences équatoriennes en France, en tentant de comprendre la place qu’occupe la France dans le phénomène migratoire massif qui caractérise l’Équateur du tournant de siècle.

    Les deux premiers articles s’attachent à l’étude des nouvelles représentations de l’Équateur au prisme de la presse écrite française. Nicole Fourtané, dans « Les élections présidentielles (2006, 2009) et la Constitution de 2008, vues par le journal Le Monde », revient sur la curiosité qui naît en France pour l’évolution politique récente de l’Équateur, depuis l’élection de Rafael Correa. Nicole Fourtané analyse dans quelle mesure l’équipe éditoriale du Monde a compris les enjeux ouverts par les évolutions constatées dans la nouvelle gouvernance nationale équatorienne et « la révolution citoyenne » mise en œuvre. Elle souligne la fidélité aux événements, le souci de précision dans la présentation de la réalité équatorienne, la recherche d’une certaine objectivité face aux réactions induites par la gestion du président Correa et les réformes innombrables qui interviennent depuis son accession au pouvoir, même si Le Monde représente là une exception dans le paysage français.

    De son côté, Hortense Faivre d’Arcier Flores, dans « La visite de Rafael Correa en France (mai 2008) au prisme de l'actualité politique », observe le traitement dont est l´objet la visite officielle en France du président équatorien, les 13 et 14 mai 2008, et s´efforce de pointer les raisons qui ont motivé ce déplacement aussi inattendu que discret, dix-huit ans après la venue à Paris du président Rodrigo Borja et quelques jours après celle du ministre des affaires étrangères français à Quito, Bernard Kouchner, en avril 2008. L’article décrypte les stratégies déployées de part et d’autre dans le resserrement des liens franco-équatoriens, plutôt distendus ces dernières années.

    Enfin, Chiara Pagnotta met en lumière la migration équatorienne en France, phénomène tout récent et encore peu étudié. Son travail, intitulé « L’immigration récente des Équatoriens et Équatoriennes en France (1995-2010) », permet de cerner le profil de ces nouveaux migrants au sein du flux andin contemporain et de montrer une spécificité française, en ce sens que ce flux se distingue du modèle qui prévalait encore il y a quelques années en France, selon lequel le chef de famille émigrait pour entretenir sa famille restée au pays. L’exemple équatorien montre que les protagonistes de la migration sont des femmes qui s’insèrent sur le marché du travail français dans le secteur de l’entretien ménager, très majoritairement sans-papiers et pratiquant un fort « entre soi » de compatriotes ou d’hispanophones.

    Regards croisés au prisme de la littérature

    La seconde partie du présent volume est consacrée aux champs littéraires. Les échanges y sont observés de façon chronologique afin de tenter de mettre en évidence l´évolution de leur densité et de leur qualité. Un premier chapitre, « Reformulations et réélaborations de l’héritage français », appréhende les modèles artistiques français qui ont inspiré les écrivains équatoriens. Il montre que ces modèles ne sont pas l’objet de transferts au sens strict du terme, mais que s’est instauré, depuis la fin du 19e siècle, une forme de dialogue avec la France. Simultanément, il permet de comprendre comment, pour les artistes équatoriens du 20e siècle, le champ intellectuel français apparaît comme un facteur de positionnement et un marqueur esthétique.

    Cette démonstration est au cœur de l’article de Pierre Lopez, « La France comme marqueur esthétique et vecteur culturel parmi les avant-gardes équatoriennes des années 1920-1930 ». L’auteur observe comment la France maintient en Équateur son aura parmi les élites des premières décennies du 20e siècle. Pour la bourgeoisie et la petite bourgeoisie, l’adoption d'un « raffinement à la française » s'impose même comme marqueur d’une ascension sociale réalisée ou espérée. Le monde littéraire équatorien des années vingt et trente n’échappe pas à la règle, érigeant la France en espace de tous les « possibles esthétiques », comme le montre Pierre Lopez à la lumière des publications des années vingt et trente, de Gonzalo Zaldumbide aux avant-gardes à l´origine de la revue Hélice notamment.

    Cristina Burneo observe pour sa part les modalités subtiles de l’appropriation et de la reformulation d’un héritage culturel français dans le cas de l’œuvre de Gangotena. Son travail « Césure et relativité : acrobatie d’un corps à deux fronts. Alfredo Gangotena » démontre que la pensée et l’écriture de Gangotena se sont nourries de la poésie française, mais aussi d’une expérience parisienne qui a permis à cet auteur inclassable de participer au dialogue scientifique et philosophique de son temps. Dans un entre-deux fécond entre France et Équateur, Gangotena a pu développer ses propres perspectives sur le monde, loin de toute idée d’expérience nationale, qu’elle soit équatorienne ou française. Cristina Burneo souligne l’originalité de la poésie d’Alfredo Gangotena qui défie l’idée de nation pour montrer que la littérature habite un espace transnational, jamais limité par des idéologies contingentes.

    C’est dans une perspective semblable que Caroline Berge aborde l’œuvre d’un autre auteur inclassable, César Dávila Andrade, dans « L’héritage des auteurs français dans l’œuvre de César Dávila Andrade ». Repérant l’influence littéraire française chez César Dávila Andrade, cet article analyse comment le poète se fait visionnaire à l’instar de Rimbaud, inscrivant son parcours lyrique dans une logique de liberté créatrice. Il montre également que les images poétiques sont réélaborées de manière personnelle. César Dávila Andrade entend dépasser les modèles de Rimbaud ou Michaux qui, selon lui, ne seraient pas parvenus à leurs fins. Cette ambition le conduit vers une forme d´excentricité qui fait de ses écrits une œuvre unique en son genre.

    Enfin, Anne-Claudine Morel revient également sur cette notion de dialogue franco-équatorien au prisme de la reformulation des influences, dans « Doctor Kronz versus Docteur Rieux : deux figures de l’exil dans un contexte de peste et de choléra. Étude comparative de La Peste (1947) d'Albert Camus et de El Viajero de Praga (1996) de Javier Vásconez ». Anne-Claudine Morel démontre que les deux romans sont des mises en scène littéraires d’une même interrogation : comment agir face au mal et au sein d'une communauté, alors que nous sommes tous déjà en proie à des problèmes individuels, à des doutes existentiels ? Les dimensions métaphysiques et philosophiques, les thèmes de l’absurde et du combat, la révolte, sont présents chez Camus et chez Vásconez. Ce dernier dépeint l’Équateur sans jamais le nommer à travers l’errance d'un Tchèque apatride dont l’exil interminable est à lire comme une variante de la condition humaine. Si l’écho de La peste est indéniablement présent dans El viajero de Praga, Vásconez parvient à l'ancrer dans un état d'esprit caractéristique de la fin du 20e siècle. En réponse à Camus qui affirmait ne pas avoir d'imagination, Vásconez déclare : « escribir, es mucho más que contar bien una historia, es sobre todo un ejercicio de libertad ». Ce chapitre se referme sur la réflexion de Ramiro Oviedo qui observe, à la fin du 20e et au 21e siècle, le déclin de l´influence française sur les écrivains équatoriens, mais aussi l’indifférence française pour la vie littéraire équatorienne. Dans « De la imaginación periférica a la novela transnacional », Oviedo propose de susciter l´intérêt et la curiosité des lecteurs français alors que la littérature équatorienne connaît un nouvel essor, tant quantitatif que qualitatif. Il offre un panorama inédit, caractérisé par des stratégies narratives renouvelées et par la renaissance du roman, issu des tensions entre imaginaires national et transnational où la place occupée par la France n’est pas neutre.

    Les échanges et les réélaborations sont aussi observés au prisme des auteurs équatoriens contemporains installés en France. Ils incarnent en effet de nouveaux intermédiaires culturels, de nouveaux passeurs entre la France et l´Équateur. Comme le montre le chapitre « Trois Équatoriens à Paris : Alfredo Noriega, Rocío Durán Barba, Telmo Herrera », la fascination n´est plus de mise. Il s’établit avec la France un dialogue bien différent, où la reformulation des héritages français se fait, le cas échéant, rejet critique.

    Deerie Sariols, dans l’article « Alfredo Noriega : Quito no se acaba nunca », revient sur deux romans noirs d’Alfredo Noriega, auteur équatorien écrivant à Paris, De que nada se sabe (2002) et Tan sólo morir (2010). Elle y observe les interdépendances Paris – Quito dans l´écriture de la ville. Le Quito reconstruit depuis l´autre côté de l´océan devient espace de convergence des imaginaires pour créer un lieu émotionnel modelé par la nostalgie. L’occupation de l’espace urbain parisien vient télescoper celui de Quito, redéfinissant la manière même d’exister dans la ville, entre « ser » et « estar ».

    Pour sa part, Nathalie Lalisse-Delcourt, dans son article « Ecuador vs Ecuador : droit de réponse de Rocío Durán-Barba à Henri Michaux », confronte deux regards d’écrivains ayant donné naissance à deux Ecuador, l’un en 1928, l’autre en 2007, l’un français, l’autre équatorien, qui portent sur une même réalité physique, humaine et culturelle. A Ecuador journal de voyage de Michaux, répond Ecuador el velo se levanta de Rocío Durán-Barba, fiction novatrice et plaidoyer poétique. L’ouvrage de l’Équatorienne se présente en effet comme un droit de réponse d’un genre insolite à l’écrivain franco-belge, mettant en scène un duel aussi original qu’improbable entre deux caractères que tout oppose, mais aussi entre deux regards qui s’affrontent sans merci. Renouvelant les modalités du dialogue entre France et Équateur, Ecuador el velo se levanta vise à infléchir, la trace indélébile que les écrits de Michaux ont laissée dans la conscience de plusieurs générations de lecteurs au sujet de l’Équateur.

    À son tour, Emmanuelle Sinardet observe les nouvelles modalités du dialogue France – Équateur au 21e siècle, tel que le formule le poète, romancier, dramaturge et peintre établi à Paris, Telmo Herrera. Son travail « Paris, mythe poétique équatorien : Desde la capital de los MalGenioS (2000) de Telmo Herrera » s’efforce de montrer que la fascination pour Paris se marie aux critiques parfois violentes, et cède, le cas échéant, le pas au désenchantement. Toutefois, ce faisant, le poète réinvente le mythe parisien, en effet, le recueil de poèmes Desde la capital de los MalGenioS, qui a pour sous-titre Paris 1995-2000, relève de la flânerie, topique parisien depuis Beaudelaire. La voix poétique équatorienne immergée dans la ville devient actrice de la mobilité ambiante et reconstruit un Paris qui apparaît alors comme un Paris intime et équatorianisé.

     

    Ce volume est dédié à la mémoire de l’équatorianiste Adriana Castillo-Berchenko, trop tôt disparue.

    Emmanuelle Sinardet
    Université Paris Ouest Nanterre – La Défense
    Centre d’études équatoriennes - CRIIA – EA 369

    SOMMAIRE

     

    Emmanuelle SINARDET – Introduction

    Claude LARA – Le Centre d'études équatoriennes de Paris Ouest, un regard équatorien

     

    Première partie : Regards croisés au prisme des champs civilisationnels

    Chapitre premier –  Voyageurs et scientifiques français en Équateur : échanges culturels et coopérations

    Alexis MEDINA – Les Indiens sous la Révolution libérale (1895-1912) en Équateur à travers le regard de Paul Rivet

    Alvar DE LA LLOSA – L’Équateur et la visite du président français Charles de Gaulle (1964). Première partie : un contexte difficile

    Claude LARA – Aux sources de la collaboration scientifique franco-équatorienne : apports de la première mission géodésique française à l’archéologie équatorienne

    Diana SARRADE COBOS – La contribución científica y técnica del IRD en el conocimiento de la ciudad de Quito

    David MACÍAS BARRÉS – Una mirada contemporánea a la enseñanza del francés en Ecuador

     

    Chapitre second –  Perspectives comparatistes : une histoire en commun ?

    Sylvie MONJEAN-DECAUDIN – Le droit de vote des femmes en Équateur et en France : d'Olympe de Gouges à Matilde Hidalgo de Procel

    Christine RÉCALT – La controverse de l’eau en Équateur : deux visions, deux origines

    Verónica VALENCIA BANO – Enfoque psicoanalítico sobre la histeria y la tradición terapéutica Kichwa Approche psychanalytique de la tradition thérapeutique kichwa

     

    Chapitre troisième – L´Équateur du 21e siècle en France

    Nicole FOURTANÉ – Les élections présidentielles (2006, 2009) et la Constitution de 2008, vues par le journal Le Monde

    Hortense FAIVRE D’ARCIER FLORES – La visite de Rafael Correa en France (mai 2008) au prisme de l'actualité politique

    Chiara PAGNOTTA – L’immigration récente des Équatoriens et Équatoriennes

     

    Deuxième partie : Regards croisés au prisme de la littérature

    Chapitre premier –  Reformulations et réélaborations de l´héritage français

    Pierre LOPEZ – La France comme marqueur esthétique et vecteur culturel parmi les avant-gardes équatoriennes des années 1920-1930

    Cristina BURNEO – Césure et relativité : acrobatie d’un corps à deux fronts – Alfredo Gangotena

    Caroline BERGE – L’héritage des auteurs français dans l’œuvre de César Dávila Andrade

    Anne-Claudine MOREL – Doctor Kronz versus Docteur Rieux : deux figures de l'exil dans un contexte de peste et de choléra. Étude comparative de La Peste (1947) d'Albert Camus et de El Viajero de Praga (1996) de Javier Vásconez

    Ramiro OVIEDO – De la imaginación periférica a la novela transnacional

     

    Chapitre second –  Trois Équatoriens à Paris : Alfredo Noriega, Rocío Durán Barba, Telmo Herrera

    Deerie SARIOLS – Alfredo Noriega : Quito no se acaba nunca

    Nathalie LALLISE-DELCOURT – Ecuador vs Ecuador : droit de réponse de Rocío Durán-Barba à Henri Michaux

    Emmanuelle SINARDET – Paris, mythe poétique équatorien : Desde la capital de los MalGenioS (2000) de Telmo Herrera – Sam Gote Moz– Capítulo 3°. Mosen Trota: canónigo vascuence

  • Crisol
    No 16 (2011)

     Crisol n°16

     

    Dossier Journée d’étude

    Zoraida CARANDELL - Préface

    Marion LE CORRE -CARRASCO – Avant-propos

    Marion LE COORE-CARRASCO – Sécularisation et création artistique espagnole : vers une émancipation en arts

    Josefa VILLANUEVA – Vicente Blasco Ibáñez : ce qui reste du journaliste et de l'homme politique

    Denis VIGNERON – L’homme auroral de Ernesto Giménez Caballero

    Malika AMARANE – La caricature politique comme arme de dénonciation : l’exemple de Songe et mensonge de Franco

    Brice LANDRY MBOGNA – Archives militaires et créations artistiques des prisonniers politiques espagnols sous le franquisme : entre fiction et réalité historique

    Yannick CHAPOT – Equipo crónica, la réinterprétation de la peinture d'histoire à la lumière du franquisme

    Marine LOPATA – España. Una, Grande, Libre de Carlos Giménez : le neuvième art au service de l’engagement politique

    Gabriel SEVILLA – Altamira à l'épreuve du XXIe siècle, la coupole de Miquel Barceló à l'ONUG (2008)

    Jaime CÉSPEDES – De Simón Schama a José Luis Peñafuerte, nuevos valores  del Guernica de Picasso en el género documental

    Notices biographiques des auteurs

     

    Miscellanée :

    Pascal TREINSOUTRAUT – Les substantifs déverbaux espagnols : la question du temps

    Susana GALA – Los cabellos de la Virgen: del Libro de los exemplos por A.B.C. a las leyendas contemporáneas

    Magali LEBOURG – Artifices solipsistes de l’adresse amoureuse dans la poésie de Francisco de Quevedo

    Juan HERRERO CECILIA – Sobre el empleo del refrán y de la máxima como estrategia de persuasión en el texto literario: el ejemplo de Don Quijote de la Mancha

    Manuel MARTÍNEZ ARNALDOS, Carmen M. PUJANTE SEGURA – Anatomie de un instante, de Javier Cercas, como proceso interdiscursivo: ficcional, periodístico y televisivo

    Christian ANDRÈS – Tres calas en la poesía « rara avis » de Ferrer Lerín (Ciudad propia. Poesía autorizada, 2006)

    Jorge Enrique GONZÁLEZ ROJAS – El concepto de ciudadanía en las primeras constituciones colombianas, 1810-1814

    Karine BALLANÉDA – Le difficile réapprentissage de la culture montañesa en Cantabrie

     

    Création

    Sam GOTE MOZ - Encomienda y embebienda

  • Crisol : Les écritures du mal dans la littérature latino-américaine
    No 15 (2011)

    Nous publions ici les communications présentées lors de la journée du 6 novembre 2010 consacrée à l’écriture du mal dans la littérature latino-américaine. Nous avons souhaité organiser une journée sur la question de l’agrégation « Les écritures du mal dans la littérature latino-américaine » pour différentes raisons : premièrement la problématique du mal intéresse notre groupe de recherche le GRELPP (Littérature, philosophie et psychanalyse) et c’est aussi une façon d’aborder autrement l’étude de trois écrivains (deux grands classiques et un jeune écrivain postmoderne). Le mal est un problème philosophique, ontologique qui demande évidemment tout un back ground pour l’appréhender. Mais ce qui importe c’est d’étudier l’écriture du mal, soit les dispositifs narratifs que les écrivains vont mettre en place pour traiter un problème universel certes mais aussi à recontextualiser dans la société latino-américaine. Le mal chez ces trois écrivains prendra une forme ou des formes diverses ; l’angoissante paranoïa d’un Castel dans El túnel de Ernesto Sábato le poussera à assassiner María ; chez l’écrivain paraguayen Augusto Roa Bastos, le mal aura des causes plus historiques tandis que dans le monde postmoderne du bolivien Edmundo Paz Soldán, le mal et le bien semblent interchangeables à l’image du monde virtuel dans lequel vivent les jeunes personnages de Los vivos y los muertos.
    Cette journée par le choix et la diversité des communications permettra d’ouvrir des pistes de réflexion dont on pourra tirer profit à courte échéance (concours) mais aussi à plus long terme pour quiconque travaille sur la littérature latino-américaine Pour l’organisation de cette journée, nous avons pu compter sur le soutien de l’Equipe de Recherche EA 369 dirigée par madame Marie Claude Chaput auquel est rattaché le GRELPP et aussi celui de madame Sylvaine Hugues, directrice de l’UFR de langues de notre Faculté et bien sûr sur la très précieuse collaboration de tous les collègues, éminents spécialistes de littérature latino-américaine, sans lesquels cette journée n’aurait pas pu avoir lieu.

    Françoise Aubès
    Université Paris Ouest Nanterre-La Défense

    SOMMAIRE

    Introduction – Françoise Aubès

    1 - Écrire le mal
    Stéphanie DECANTE – Ecritures du Mal ou écriture de la violence ? Enjeux d’une ‘vérité par la fenêtre’

    2 - El túnel de Ernesto Sábato ou les chimères de la folie
    Teresa ORECCHIA HAVAS – Ambiguas topografías del crimen en la narrativa argentina de los años cuarenta: Bianco, Bioy Casares, Sábato

    Monique PLÂA – La construction du personnage et la représentation du mal dans El túnel de Ernesto Sábato

    Béatrice MÉNARD – Les aveugles et le mal dans l'œuvre romanesque de Ernesto Sábato. Etude comparée de la vision du monde des personnages de Juan Pablo Castel dans El túnel et de Fernando Vidal Olmos dans Sobre héroes y tumbas entre dissidence politique et rénovation littéraire

    3 - Cuentos completos de Augusto Roa Bastos et le désenchantement du monde
    Milagro EZQUERRO – Los orígenes del mal en los cuentos de Augusto Roa Bastos

    Françoise AUBÈS – Jeux interdits : les enfants et le mal dans Cuentos completos de Roa Bastos

    4 - Los vivos y los muertos de Edmundo Paz Soldán : une éthique postmoderne
    Marie-Madeleine GLADIEU – Le mal el les messages subliminaux dans Los vivos y los muertos de Edmundo Paz Soldán

    Emmanuelle SINARDET – Postmoderne et spleen : le mal générationnel dans Los vivos y los muertos (2009) de Edmundo Paz Soldán

  • Crisol : Nouvelles Recherches sur le Refranero Castillan
    No 14 (2011)
    Depuis plusieurs années, notre laboratoire de linguistique romane s'intéresse particulièrement aux formes figées et à la parémiologie. Soutenus dans notre démarche par notre Centre de Recherches Ibériques et Ibéro Américaines (CRIIA) de l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense, nous souhaitons contribuer au développement de ces domaines par des manifestations internationales et des publications scientifiques. Nous avons rassemblé dans le présent numéro de Crisol une série de textes inédits qui offrent une vue d'ensemble de la recherche actuelle dans le domaine de la parémiologie, discipline qui connaît un développement remar-quable depuis quelques années. En Espagne, notamment, où Julia Sevilla Muñoz est à l'origine d’une publication intégralement consacrée à la parémiologie, Paremia, revue ouverte aux chercheurs de toutes les nationalités qui peuvent ainsi mettre à jour leurs connaissances et profiter de cet outil de travail exceptionnel. Très active en France aussi, la parémiologie est en plein essor, en particulier grâce aux travaux réalisés depuis une vingtaine d’années sur les proverbes par les linguistes français. Les recherches de Jean-Claude Anscombre, de Georges Kleiber et de Martin Riegel ont fourni des pistes de réflexion pertinentes et novatrices, notamment dans le domaine de la structure des proverbes. Au sein de l'hispanisme français, une figure s'impose dans cette spécia-lité et nous souhaitions lui rendre hommage. Louis Combet (1927-2004) fut l'un des pionniers de la discipline et ses contributions aux recherches parémiologiques en France et en Espagne sont unanimement reconnue pour leur rigueur et leur valeur scientifique. Cette publication représente pour nous l'occasion de revisiter ses travaux : Recherches sur le Refranero castillan est un ouvrage d'une très grande rigueur intellectuelle, fondamental pour appré-hender le proverbe dans ses dimensions linguistique, culturelle et pragmatique. Louis Combet est aussi à l'origine de minutieux travaux d'édition de refraneros (Romancea Proverbiorum, Seniloquium, Vocabulario de refranes de Correas, Refranes o proverbios en romance de Hernán Núñez) et du recensement chronologique des grandes collections de proverbes. Mue par une intuition profonde, cette œuvre pionnière a énoncé de nombreux concepts de haute pertinence (1). Elle a ouvert des pistes aujourd’hui bien reconnues et parcourues. Combet a fait œuvre de définition et de typologie, distinguant proverbe et phrase proverbiale, faisant de ces formes brèves, aussi présentes en littérature que dans le langage le plus familier, l’objet de l’analyse du linguiste, de l’historien, du poéticien. Louis Combet a étudié (et édité) les proverbiers et les a situés dans leur contexte. Il a essayé, non sans succès, d’étudier la société espagnole au travers du Vocabulario de refranes de Gonzalo de Correas. L’entreprise n’allait pas sans dangers : le caractère stéréotypique du proverbe l’écarte naturellement d’une stricte application à un contexte historique donné. La relation entre un proverbe et une société est tout sauf biunivoque. Un refranero, pourtant, est une œuvre de sélection et d’adaptation à une société donnée et les conclusions de Louis Combet nous ont fait découvrir beaucoup sur la société espagnole du XVIIe siècle. Sur les traces de Combet, d’autres études ont été menées. La plus brillante a décrit les mentalités médiévales à partir des 465 proverbes contenus dans un manuscrit de Cambridge (2). Dans la typologie de Combet figure la distinction entre le proverbe d’expres-sion directe et le proverbe d’expression indirecte. Combet en a revendiqué la paternité, non sans quelque retenue ou scrupule (3). La première catégorie désigne directement l’expérience humaine, sans passer par l’expression métaphorique. Retenons pour exemple (1971 : 29), más vale tarde que nunca. Ces proverbes d’expression directe sont des sentences morales. Dans cette catégorie, Combet inclut les proverbes météorologiques (en febrero, mete tu obrero) et autres adages de portée pratique. Les proverbes d’expression indirecte sont quant à eux de nature métaphorique : « C’est à travers une métaphore que leur sens nous est finalement donné » (1971 : 30). Pour exemple: más vale un pájaro en la mano que buitre volando. Ce subtil départ, déterminé par la présence ou non de la métaphore, a le mérite de souligner le caractère fondamentalement illustratif et paraphrastique du proverbe. Il est certes exact que cette fonction « polynomique » (pour reprendre un mot de Bernard Pottier (4) ) passe par la métonymie (c’est le pro-verbe d’expression directe) et par la métaphore (c’est le proverbe d’expression indirecte). Un proverbe est métonymique dans la mesure où il habille le stéréotype d’un corps humain, d’une expérience humaine. Un proverbe est métaphorique quand il veut moquer une expérience humaine par une autre image. En fait, métaphore et métonymie se mêlent dans bien des proverbes et il faut passer par la métonymie pour faire d’une bourse ou d’une poche ses amis : el mejor amigo es la bolsa y el bolsillo. Ces travaux ont connu une importante diffusion dans le milieu scientifique international de la parémiologie et ont inspiré de nombreux chercheurs en France et en Espagne. A la suite de Combet, la recherche actuelle a considérablement progressé dans les différents domaines qui constituent cette discipline, grâce à des apports théoriques d'une part, mais aussi grâce aux innombrables pistes de réflexion qu'il a léguées. Le proverbe et ses fonctions à l'époque classique et au Moyen Age suscitent toujours l'intérêt de la recherche internationale. S'ajoutent des sujets variés abordés consciencieusement dans Recherches sur le "Refranero" castillan, les questions de classification, de taxinomie ou encore de traduction. Quant aux pistes suggérées dans cette œuvre, elles constituent un intéressant point de départ pour le développement de la discipline dans le domaine de la linguistique notamment. La vitalité non démentie des études dans le domaine de la parémiologie justifie cette initiative qui rassemble des chercheurs provenant d'horizons scientifiques différents. Leur collaboration, faite de réflexion au sujet de la contribution du célèbre hispaniste à la discipline, mais aussi de mise en perspective de ses travaux avec les théories plus récentes développées dans les deux pays depuis quelques années, devrait constituer un véritable apport pour la parémiologie. Nous avons souhaité multiplier les approches, grâce à la collaboration d'éminents spécialistes : l'ouvrage qui en résulte permet à la fois d'établir un état de la question concernant les avancées de la discipline et de rendre compte de son évolution. Dans la première partie, Julia Sevilla Muñoz et Silvia Palma consacrent leurs articles à l'analyse comparée des parémies françaises et espagnoles et évoquent les questions pragmatiques liées aux difficultés inhérentes à la parémiologie en matière de traductologie. David Macías Barrés s'inscrit aussi dans cet axe en y ajoutant une perspective didactique. La deuxième partie de ce recueil, conduite par Jean-Claude Anscombre, Sonia Fournet-Perot et Alexandra Oddo, propose une orientation linguistique. Les travaux portent tour à tour sur le traitement linguistique des proverbes, leur fonction pragmatique en discours et sur l'évolution en diachronie de leur signifiant. Les recherches parémiographiques font l'objet de la troisième partie. Le travail de récupération du matériau de proverbes dont nous disposons est en effet un pan essentiel de la discipline. Les travaux de Hugo Oscar Bizzarri, sur les proverbes, les phrases proverbiales et les énoncés sentencieux cervantins, et de Ángel Iglesias Ovejero, au sujet des dictons issus d'un calendrier régional espagnol, interrogent deux canaux de transmission des parémies, la langue écrite et la langue orale. Gloria Ríos Guardiola et Mercedes Banegas Saorín proposent ensuite une approche thématique et contrastive de la parémiologie en comparant les énoncés associés à l'eau dans les proverbiers français et espagnols. Deux études au sujet des grands recueils de proverbes hérités du XVIe siècle complètent cette publication. André Gallego, qui propose l'exégèse d'une source négligée en son temps par Correas, les Coloquios familiares de Gabriel Meurier et Marina García Yelo, qui évoque les proverbes français recueillis par Hernán Núñez dans Refranes o proverbios en romance, confirment grâce à leur contribution l'intérêt capital de ces grandes compilations pour la recherche en parémiologie.

     

    Alexandra Oddo et Bernard Darbord.

    2011.

     

    1 Louis Combet, Recherches sur le "Refranero" castillan, Paris, Les Belles Lettres, 1971.

    2 Philipe Ménard, « Les mentalités médiévales d’après le Recueil de Proverbes de Cambridge (ms Corpus Christi 450), Tradition des proverbes et des exempla dans l’occident médiéval, édité par Hugo Oscar Bizzarri et Martin Rohde, Fribourg, Scrinium Friburgense 24, 275-297.

    3« Une telle façon de s’exprimer manque de précision… Un linguiste plus rigoureux préfèrerait sans doute parler d’expressions lexicales à très grand niveau de généralité ou à faible niveau de généralité » (Combet, 1971 : 29).

    4 Bernard Pottier, Représentations mentales et catégorisations linguistiques, Paris, Louvain, éditions Peeters, 2000, 116-123.

     

     SOMMAIRE

    Première partie : approches comparées et traductologiques

    Julia SEVILLA MUNOZ – La aportación de Louis Combet para el estudio de las paremias  francesas con un enfoque comparado, traductológico y pragmático

    Silvia PALMA – Los refranes en Las tierras flacas, de Agustín Yáñez. Problemas de traducción

    David MACÍAS BARRÉS – El desarrollo de la competencia paremiológica en los futuros profesores de español como lengua extranjera en Francia

    Deuxième partie : approches linguistiques

    Jean-Claude ANSCOMBRE – Grandeurs et misères linguistiques de la parémiologie

    Sonia FOURNET-PEROT – La Dorotea de Lope de Vega : au royaume de l'implicitation, le proverbe est roi

    Alexandra ODDO – Évolution du Refranero castillan : la question des proverbes tronqués

    Troisième partie : questions parémiographiques

    Hugo Oscar BIZZARRI – Apuntes para un 'Diccionario de refranes, frases proverbiales y sentencias cervantinas'

    Ángel IGLESIAS OVEJERO – Los refranes de referencia temporal en el calendario agrícola de Robleda

    Gloria RÍOS GUARDIOLA et Mercedes BANEGAS SAORÍN – El agua en los refranes. Estudio contrastivo francés-español

    Quatrième partie : les recueils de proverbes

    André GALLEGO BARNÉS – Une source de proverbes négligée par Correas : les Coloquios familiares de Gabriel Meurier (1568)

    Marina GARCÍA YELO – Considérations sur l'édition critique de l'œuvre Refranes o proverbios en romance de Hernán Núñez. Réflexions sur les proverbes français

  • Crisol : Nos petites indépendances. Imaginaires discours décalés sur l’Indépendance hispano-américaine
    No 13 (2010)

    L’ouvrage que nous présentons est la publication des communications de la journée organisée dans le cadre de la série de manifestations consacrées au bicentenaire de l’Indépendance hispano-américaine à l’université de Paris Ouest Nanterre - La Défense entre le 26 mai et le 18 juin 2010. Cette journée intitulée « Nos petites indépendances : imaginaires et discours décalés sur l’indépendance hispano-américaine », complémentaire du colloque international sur « l’Indépendance de l’Amérique andine et l’Europe (1767-1840) », se propose de mettre l’accent sur l’aspect littéraire et culturel de l’Indépendance, mais dans une perspective différente, d’où le titre quelque peu atypique voire ludique. En effet, plutôt que suivre les sentiers battus et rebattus d’une certaine approche officielle d’un événement historique d’une ampleur continentale et d’une résonance idéologique tout aussi impressionnante, nous avons préféré les chemins de traverse ; il nous a semblé important de mettre l’accent sur les aspects moins connus ou détonants de cet immense événement historique, de porter un regard décentré, excentrique, sur le discours historiographique mais aussi imaginaire et culturel. Nous nous sommes donc intéressés aux héros de l’Indépendance, mais à ceux qui d’une certaine façon restent dans l’ombre des Libertadores, les jeunes martyrs, les femmes. Le regard de l’autre, de l’étranger, du voyageur, est également à prendre en compte comme un témoignage décentré, tout comme la fiction historique immédiate, celle des romans écrits au XIXe siècle ou plus critique et même carrément iconoclaste des grands romans du XXe siècle qui n’ont de cesse de faire descendre de leur piédestal ces héros de marbre et de bronze considérés comme les pères de la nation. Enfin les communications consacrées aux discours politiques cent ans après, quand commence le temps des commémorations, montrent combien l’événement est porteur d’interrogations majeures. Contrairement à la réflexion désabusée d’un Bolívar aux portes de la mort, « j’ai labouré la mer en vain », cette grande geste continentale et acte de naissance des jeunes pays d’Amérique latine a ensemencé un vaste champ d’investigation à l’entrecroisement de nombreuses disciplines, suscitant d’inépuisables et enrichissantes questions auxquelles nous espérons que cet ouvrage apportera sa contribution.
    Françoise Aubès (coordinatrice)
    Université Paris Ouest Nanterre-La Défense

     

    SOMMAIRE

    Françoise AUBÈS – Introduction

     

    1 - Des acteurs inattendus

    Présentation d'Alvar de La Llosa. Héros inattendus. Femmes et jeunes

    Zunilda CARVAJAL – Le rôle des femmes dans l'Indépendance du Chili

    Jesús MARTÍNEZ – Mogrovejo Mariano Melgar (1790-1815) o cómo fabular la Independencia

    Alvar DE LA LLOSA – Luis Vargas Tejada (Colombie, 1802-1829)
    entre création littéraire et dissidence politique

     

    2 - Écrire l’Indépendance

    Présentation de Françoise Aubès. D'histoires en Histoire

    Harry BELEVAN-McBRIDE – Ideólogos de la Independencia del Perú

    Marie-Madeleine GLADIEU – Le Pérou indépendant. Visions intérieures et extérieures de la nouvelle nation

    Françoise AUBÈS – Etude du roman de l'Espagnol Ramón Soler. Adela y Matilde o los cinco últimos años de la dominación española (1843)

    Béatrice MÉNARD – Sur les chemins de traverse de l'Histoire. La démythification de la figure de Simón Bolivar
    dans El general en su laberinto (1989)

     

    3 - L’Indépendance cent ans après. Discours politique, discours identitaire
    Présentation d'Emmanuelle Sinardet. Commémorer les indépendances

    Emmanuelle SINARDET – Quito au cœur des indépendances. Commémoration et mémoire dans Quito y la independencia de América de Jacinto Jijón y Caamaño (1922)

    Stéphanie DECANTE – Cent ans après le syndrome du bovarysme national

  • Crisol
    No 12 (2008)

    Crisol (Nouvelle série) vit encore, en dépit du rythme irrégulier de sa parution qui pourrait laisser penser que notre revue s’essouffle. Ce n° 12 vient le rappeler opportunément. En réalité plusieurs numéros sont en cours de confection simultanément et paraîtront sous peu.

    Fidèle à la vocation ibéro-américaniste et généraliste de la revue, ce numéro présente des études originales en linguistique, en didactique des langues, en littérature classique, littérature moderne espagnole, littérature de langue portugaise et littérature argentine.

    On y trouvera également une très suggestive étude de civilisation hispano-américaine et une autre sur Picasso et le théâtre. Sans oublier la traditionnelle section « Création » qui offre une sélection de poèmes inédits du poète mexicain Oscar Márquez Ovando et le premier chapitre d’un roman par épisodes de Sam Gote Moz.

    Très bonne lecture

     

    Thomas Gomez
    Directeur de Crisol

     

    SOMMAIRE

    Thomas GOMEZ – Avant-propos

    Christian BOIX – De quelques distorsions dans l’usage du passé simple et du passé composé en français et en espagnol

    David MACIAS, Sara BENET et Mónica D. REYNOSO – Revaluación de la traducción en la clase de lengua

    Christophe COUDERC – Littérature et anthropologie : la Comedia espagnole du Siècle d’Or et la question du mariage

    Mercedes ALMAGRO – Poner voz al silencio a través de la obra Historia de una maestra de Josefina Rodríguez Aldecoa y de Diario de una maestra de Dolores Medio

    Maria DO CARMO MARTINS PIRES – Basse-cour et dépendances : la société postcoloniale capverdienne vue par Germano Almeida

    Esther RIPPA – Roberto Arlt : la fièvre de l’or, le démon de midi

    Philippe COLIN – Espace, identité et utopie de la connaissance dans Estado de la geografía del Virreinato de Bogotá de Francisco José Caldas

    Malika AMRANE – Picasso et le théâtre

     Création

    Oscar MÁRQUEZ OVANDO – Poemario

    Sam GOTE MOZ – Rameras para América

  • Crisol
    No 11 (2007)

    C’est avec grand plaisir que je présente ce n° 11 de Crisol (Nouvelle série) qui, malheureusement, a pris beaucoup de retard en raison de circons-tances qui n’ont rien à voir avec la vie du CRIIA.

    Elles sont aujourd’hui dépassées et ce numéro témoigne de la vitalité de notre revue et de son ouverture vers le monde de la recherche en études hispa-niques et latino-américaines. Fidèle a sa dimension généraliste Crisol offre une fois de plus des études originales en linguistique, littérature et civilisation dont les auteurs, chercheurs confirmés, sont tous extérieurs à notre centre et nous font confiance  pour la diffusion de leurs travaux.

    L’ouverture générationnelle est également à remarquer dans cette livrai-son puisque pas moins de quatre auteurs sont des doctorants prometteurs et nous sommes heureux de les aider à mettre le pied à l’étrier.

    On remarquera aussi que, comme dans les numéros précédents, la création n’est pas absente à travers de brèves productions de poètes confirmés ou en devenir.

    Thomas Gomez
    Directeur de Crisol

     

    sOMMAIRE

     

    Thomas GOMEZ – Avant-propos

    Gabrielle LE TALLEC-LLORET – « Ende, lecture du signifiant »

    Monique BOAZIZ-ABOULKER – Les problèmes de la traduction biblique à travers deux exemples : la Bible de Ferrare et la Bible d’Albe

    Diana ESTEBA RAMOS – Léxico y ejemplificación gramatical en el Siglo de Oro: principales
    modelos en las gramáticas del español publicadas en Francia

    Christian ANDRÉS – La frontière du paratexte dans La Dorotea de Lope de Vega : lecture générique du prologue "Al teatro"

    Manuel MARTÍNEZ DURÓ – La Historia como artificio: Imitación de modelos textuales historiográficos en Herrumbrosas lanzas de Juan Benet

    Solène MERVILLE – La paratopie dans Rosario Tijeras : le moyen d’un regard critique sur la violence ?

    Marie JAMMOT – Le monde d’à côté. Une lecture de Canto de sirena de Gregorio Martínez

    Eric COURTHÈS – Métaphorismes. Jeux de construction de l’écriture et de l’homme, d’Augusto Roa Bastos

    Dimitri AGÜERO – La Radio en la Guerra Civil Española

    Philippe DAUTREY – ¿El fin del petróleo en México? Más allá de la cuestión energética

    Jacques NZIENGUI-MAMBOUNDOU – Objectifs et stratégies d’organisation de l’intégration économique en Amérique latine

    José DE LA COLINA – Los Inmortales del Momento

    Jesús MARTÍNEZ MOGROVEJO – Seisnuevedosochocero

    Marc ZUILI – Compte rendu : Le théâtre espagnol du Siècle d’Or de Christophe Couderc

  • Crisol
    No 10 (2006)

    C’est avec grand plaisir que je présente ce n° 10 de Crisol (Nouvelle série) qui témoigne du dynamisme de notre centre de recherches et de son rayonnement.
    En effet, nous y accueillons la production de nos chercheurs, débutants ou confirmés, ainsi que celle des chercheurs extérieurs qui font confiance à notre revue pour la diffusion de leurs travaux. Chacun pourra constater que Crisol se porte de mieux en mieux
    Sa pérennité, sa régularité, son contenu de plus en plus étoffé, sa présentation et la qualité des contributions, en ont fait une publication qui compte désormais dans le panorama de la recherche ibérique et ibéro-américaine en France.
    Tous les espaces (Espagne, Amérique), toutes les époques (Môyen-Âge, Siècle d’Or, époque moderne et contemporaine) et tous les genres (linguistique, littérature, civilisation, histoire) du monde hispanique et hispano-américain se trouvent représentés dans les treize contributions que comporte ce consistant volume dont nous conseillons la lecture à tous ceux qui s’intéressent à la production culturelle de l’hispanisme.

    Thomas GOMEZ
    Directeur de Crisol

    2006

     

     sOMMAIRE

    Thomas GOMEZ – Avant-propos

    Pascal TREINSOUTRAUT – Tostado : adéquation entre la lettre d’un signifiant et la lecture de cette lettre

    Catherine TALBOTIER – El caballero de Dios, métaphore, informant pratique ou révélateur sémiologique

    Monique CHEYNEL – Le mariage religieux et ses tractations au Moyen-Âge

    Marie-Hélène MAUX-PIOVANO – La société espagnole au XVIIe siècle d’après les Phrases de hablar difíciles de la lengua española de Jerônimo de Texeda (1629)

    Diana ESTEBA RAMOS – Contribución al estudio de las relaciones entre las gramáticas de español para extranjeros aparecidas en Francia en el siglo XVII: el caso de Claude Dupuis (Sieur Des Roziers) y Sieur Ferrus

    Carole DUCROCQ – Les représentations du diable dans le théâtre espagnol antérieur à Lope de Vega

    Tahar BEKRI – La brûlante rumeur de la mer

    Edmer CALERO DEL MAR – Espacio novelesco y simbolismo andino del centro en Los ríos profundos y en Todas las sangres, de José Maria Arguedas

    Maurizio RUSSO – Iglesia y Estado en América Latina en el siglo XIX: El Salvador entre independencia y construcción nacional

    Alvar DE LA LLOSA – L’indien et le crocodile : André Siegfried, une vision de l’Amérique latine

    Lionel BAR – Images, culture et communication au Nicaragua (1960-1990)

    Tomás GÓMEZ, Dimitri AGÜERO, Tatiana HASSAN, Olga MARTÍNEZ GROSJEAN, Solène MERVILLE, Kenza SAHIL, Cecilia ZALDÍVAR – La Sociedad Patriótica de La Habana y el inventario de 1828

    Alvar DE LA LLOSA – Compte rendu de lecture: Una cuestión de honor. La polémica sobre la anexión de Santo Domingo vista desde España (1861-1865). Eduardo González Calleja y Antonio Fontecha Pedraza, Santo Domingo: Fundación García Arévalo, 2005 305

  • Crisol : Littératures et sociétés de l'aire lusophone
    No 9 (2005)

    Ce numéro de Crisol, entièrement consacré aux littératures et sociétés de l’aire lusophone, se compose de deux parties.

    La première, « Histoire et histoires du 25 avril », réunit cinq articles qui concernent le trentième anniversaire de la révolution des Œillets et le colloque international Mémoires d’avril, organisé par les Universités de Rennes 2 -Haute-Bretagne et Paris X - Nanterre, qui se tint du 27 au 31 avril 2004.

    Les rapports et enlacements entre la fiction et cet événement marquant de l’histoire récente du Portugal sont tour à tour étudiés. Felipe Cammaert, dans « La fiction face à l’histoire : le souvenir du 25 avril dans Fado Alexandrino et O Manual dos Inquisidores » étudie la représentation de la révolution portugaise dans ces deux romans d’António Lobo Antunes, l’un des écrivains majeurs de la littérature portugaise contemporaine.

    L’émergence de l’Histoire dans l’œuvre romanesque de José Saramago, prix Nobel de littérature, est l’objet de l’analyse de Sylvia Amorin, dans « L’Histoire dans la fiction : dictature et Révolution dans l’œuvre de José Saramago ». Elle y étudie plus particulièrement la représentation de la dictature et celle de la révolution dans l’œuvre de l’auteur de Levantado do Chão.

    Pour sa part, Flávia Nascimento reprend cette même thématique en y ajoutant l’angle de la mémoire qu’elle analyse dans « Les entrelacements de l’Histoire, de la fiction et de la mémoire dans Alexandra Alpha », cette œuvre de José Cardoso Pires si représentative de la période post-révolutionnaire et dans laquelle l’auteur traite avec tant de pertinence la place de la femme dans la société portugaise d’alors.

    Le 25 avril dans l’œuvre de Mário de Carvalho est le thème de l’article de Teresa Sousa de Almeida. L’analyse textuelle qu’elle réalise dans « Histoire d’une ellipse : le 25 avril dans l’œuvre de Mário de Carvalho » permet en effet, de dévoiler l’importance de cet événement – jusqu’alors apparemment absent – dans la production de cet auteur.

    Puisque l’influence de la révolution des Œillets ne se limite pas à la société portugaise, et qu’elle fut déterminante pour l’avenir des colonies africaines, « Vinte e Zinco, chronique d’une non-date » de Marie-Françoise Bidault montre comment le 25 avril a été représenté dans cette œuvre du Mozambicain Mia Couto.

    Enfin, un entretien de l’écrivain Urbano Tavares Rodrigues, personnage central des lettres portugaises des cinquante dernières années, accordé à José Manuel Esteves, donne à connaître toute la portée des changements que la société portugaise a connus depuis le 25 avril 1974.
    À travers un vaste tableau de la production littéraire portugaise des dernières années, Urbano Tavares Rodrigues bâtit un véritable portrait du Portugal d’aujourd’hui.

    Grâce à l’aimable autorisation de l’auteur, nous avons le plaisir de publier son conte, Tu viendras un beau matin, le soleil poindra1, traduit par Maria do Carmo Martins Pires.


    La deuxième partie, « Cultures et littératures des mondes lusophones » comporte six articles sur le Brésil et le Portugal. Marcelo Ridenti ouvre la série avec « Artistes et politique : Brésil années 1960 » en y étudiant la littérature et la chanson engagées sous les premières années du régime militaire que le Brésil connut entre 1964 et 1985.

    À son tour Graça dos Santos d’expliquer dans « Du corps physique au corps social. Les conditionnements du théâtre portugais au XXe siècle », comment sous l’Estado Novo portugais, le corps physique pouvait être la métaphore du corps social, aussi bien au Teatro de Revista que sur la scène nationale du Théâtre D. Maria II.

    Le rôle joué para les sens dans la perception d’un univers aussi exotique que l’espace amazonien et libano-amazonien et son importance dans l’économie de l’œuvre de Milton Hatoum est mis à jour par Eden Viana Martin, dans « L’éveil des sens dans les romans de Milton Hatoum ».

    Pour sa part, Idelette Muzart-Fonseca dos Santos dans « Ariano Suassuna et la poétique armoriale : éléments pour un déchiffrement du Brésil », fournit des clefs pour comprendre le rôle joué par l’histoire personnelle de l’écrivain dans son processus créatif. Elle souligne la mutation et la réécriture permanentes de l’œuvre de Suassuna. L’importance, l’originalité et surtout l’immense liberté de l’auteur de O Auto da Compadecida, sont ainsi mis en exergue.

    Dans « Langue et pouvoir : Sargento Getúlio de João Ubaldo Ribeiro » Claudia Poncioni explique comment la complexité et la violence des rapports sociaux dans le Nord-est brésilien prennent forme dans cette œuvre à travers les liens qui existent entre la langue portugaise pratiquée par les Brésiliens instruits et celle parlée par les exclus du système scolaire.

    Le dernier article de cette deuxième partie, « La ville en images dans la poésie moderne brésilienne : Mário de Andrade », de Aleilton Fonseca, nous ramène à l’univers urbain de São Paulo et aux rapports privilégiés qu’entretien l’auteur de Paulicéia Desvairada avec sa ville natale.

    La ville est également présente dans le compte-rendu que José da Costa présente de Uma volta pela cidade, livre de poèmes que Sara Monteiro a présenté aux étudiants de Nanterre en 2004.

    Nous voudrions remercier Michel le Stum et Manuela Valente pour le travail graphique qui illustre la couverture de ce volume. Son édition n’aurait été possible sans le soutien infaillible du directeur de la publication, Monsieur le professeur Thomas Gomez. Dès le départ, il a accueilli avec enthousiasme l’idée de ce numéro consacré au monde lusophone et nous a accordé toute sa confiance.


    Nanterre, le 19 décembre 2005
    Claudia PONCIONI
    José Manuel ESTEVES

     

    SOMMAIRE

     

    Claudia PONCIONI et José Manuel ESTEVES – Avant-propos

    1ère partie : Histoire et histoires du 25 avril

    Felipe CAMMAERT – La fiction face à l’histoire : le souvenir du 25 avril 1974 dans Fado Alexandrino et o Manual dos Inquisidores d’António Lobo Antunes

    Silvia AMORIN – L’Histoire dans la fiction : dictature et Révolution dans l’œuvre
    de José Saramago

    Flávia NASCIMENTO – Les entrelacements de l’Histoire, de la fiction et de la mémoire dans Alexandra Alpha, de José Cardoso Pire

    Teresa SOUSA DE ALMEIDA – Histoire d’une ellipse : le 25-Avril dans l’œuvre de Mário de Carvalho

    Marie-Françoise BIDAULT – Vinte e zinco : chronique d’une non-date

    José Manuel DA COSTA ESTEVES – Entretien avec l’écrivain Urbano Tavares Rodrigues

    Conte d’Urbano TAVARES RODRIGUES – Tu viendras un beau matin, le soleil poindra

     

    2ème partie : Cultures et littératures des mondes lusophones

    Marcelo RIDENTI – Artistes et politique : Brésil, années 1960

    Graça DOS SANTOS – Du corps physique au corps social. Les conditionnements du théâtre portugais au XXe siècle

    Eden VIANA MARTIN – L'éveil des sens dans les romans de Milton Hatoum

    Idelette MUZART-FONSECA DOS SANTOS – Ariano Suassuna et la poétique armoriale : éléments pour un déchiffrement du Brésil

    Claudia PONCIONI – Sargento Getúlio de João Ulbaldo Riberio : langue et pouvoir

    Aleilton FONSECA – La ville en images dans la poésie moderne brésilienne : Mário de Andrade

  • Crisol, Nouvelle série, n°8, 2004. Crisol
    No 8 (2004)

    Voici la 8e livraison de CRISOL (Nouvelle série), la publication régulière du Centre de recherches ibériques et ibéro-américaines de Paris X - Nanterre.

    Fidèle à ses objectifs scientifiques et disciplinaires, elle propose un ensemble de contributions qui couvrent tout le spectre de la recherche dans les domaines hispanique, hispano-américan et luso-brésilien : de la linguistique à l’histoire, en passant par la littérature, et du Moyen-Âge à l’actualité.

    À côté des articles de chercheurs confirmés, on trouvera dans ce numéro des contributions de jeunes chercheurs prometteurs dont nous publions les travaux sous la responsabilité scientifique de leur directeur de thèse.

    Nous rappelons aux collègues dont le domaine de recherche est compatible avec les objectifs de notre revue, que CRISOL leur est généreusement ouverte et que nous publierons leurs travaux dès lors que le comité de lecture aura donné son accord.

    Thomas GOMEZ

    2004.

     sOMMAIRE

    Thomas GOMEZ – Avant-propos

    Pilar DÍEZ DE REVENGA TORRES, Miguel Ángel PUCHE LORENZO – Los scriptoria medievales: la amplificación como recurso en el título IV de la Primera Partida

    Jaime CÉSPEDES – La Seconde République dans trois livres autobiographiques d’Eduardo Haro Tecglen : El niño republicano, Hijo del siglo et El Refugio

    Iván LÓPEZ CABELLO – Cante flamenco : une introduction à la poésie orale andalouse

    Claudia PONCIONI – Carlos Drummond de Andrade et la chronique du temps

    Francisca MEDINA MORALES – Método para un estudio histórico del cambio lingüístico

    Ana Luisa POLANÍA-DENIS – Siguiéndole la pista a la «vaina»

    Ana María MARTIN – Aspects de la vie et de la pensée de Miguel Servet

    Amaya CABRANES – Le récit « anonyme » du parlemento tenu à Quillin en 1641 entre les Indiens Araucans et les Espagnols. Une image de la frontière

    Jacques NZIENGUI-MAMBOUNDOU – Les fondements historiques de l’intégration latino-américaine

    Carlos APPEL – Crônicas de José J. Camargo

  • Crisol
    No 7 (2003)

    Fidèle à sa vocation généraliste et pluridisciplinaire de la revue, ce numéro de Crisol nous offre onze articles inédits relatifs aux domaines de recherche développés au sein du CRIIA (Centre de recherches ibériques et ibéro-américaines de l’université de Paris X-Nanterre).
    Les contributeurs, comme à l’accoutumée, sont des chercheurs débutants auxquels nous tenons à ouvrir nos pages, et des chercheurs confirmés qui nous honorent de leurs travaux et de leur expérience.
    Dans ce numéro, la part belle est faite à la civilisation avec six contributions portant aussi bien sur l’Espagne que sur l’Amérique ibérique mais on y trouvera aussi trois articles de littérature et deux études de linguistique ainsi qu’un bref conte inédit de Ricardo Romera.


    Thomas GOMEZ

    SOMMAIRE

     Thomas GOMEZ – Avant-propos

    I- Linguistique

    Mercedes BANEGAS SAORÍN – Quatre variantes de relatif pour le COD à antécédent humain :
    quelques raisons et quelques limites

    Pascal TREINSOUTROT – Agent et lieu de l’action : la notion de signifié prime dans les substantifs déverbaux picador et picadero

    II- Littérature

    José Luis Abraham LÓPEZ – Antonio Oliver Belmás, un amigo desconocido de Rubén Darío

    Sylvie TURC – Violence morale et quête du Moi dans Tormento de Benito Pérez Galdós

    Claire CHASTAIN – Café nostalgia : la photographie dans le roman

    III- Civilisation, histoire

    Philippe DAUTREY – La formation professionnelle publique des adultes : un enjeu fondamental pour la province de Teruel

    Dominique GAY-SYLVESTRE – Los guajibos y la misión evangelizadora: búsqueda de una identidad
    (2ème partie)

    Alvar DE LA LLOSA – Le voyage du général De Gaulle au Mexique : entre l’hostilité nord-américaine et l’enthousiasme latino-américain

    Itamar OLIVARES – L’éducation au Chili à l’époque de l’indépendance (1810-1833)

    Flávia NASCIMENTO – Les migrants nordestins à São Paulo : entre intégration et rejet

    Jorge P. SANTIAGO – Sociabilités musicales, normes et symboles / Entre culture d’élite et culture populaire urbaine (Brésil, fin XIXe – début XXe)

    IV- Création

    Ricardo ROMERA ROZAS – Place des Vosges, antigua plaza real

  • Crisol
    No 6 (2002)

    Cette nouvelle livraison de Crisol confirme par ses dimensions, par son éclectisme et par l’intérêt des contributions qu’elle rassemble, le succès croissant que notre revue rencontre auprès de lecteurs et d’auteurs de plus en plus nombreux dans le monde universitaire et de la recherche.

    Fidèle à sa nature pluridisciplinaire, elle rassemble des travaux inédits et originaux dans les espaces culturels traditionnels de l’hispanisme, de l’américanisme et du monde lusophone.

    Une fois de plus les travaux littéraires sont les plus représentés avec sept articles ; mais on y trouvera aussi deux contributions de linguistique/ philologie ainsi que deux intéressantes études d’histoire et civilisation.

    Dans ce numéro, pour la première fois, une rubrique création recueille quelques poèmes inédits de Sizínio Hébert, poète brésilien contemporain.

     

    SOMMAIRE

    Thomas GOMEZ – Avant-propos

    Linguistique/Philologie
    Jean-François KETTERER – Eslogan e imagen en los anuncios comerciales de la prensa española
    Miguel Ángel PUCHE LORENZO – Un texto inédito del siglo XVII: el proceso de los misteriosos y milagrosos golpes de san Pascual Bailón

    Littérature
    Pablo LÓPEZ MARTÍNEZ – La lactancia materna, motivo fabulador del linaje en la Estoria del cavallero del çisne (2e partie)
    Marc ZUILI – Encore un prologue « oublié » d’Alejo Venegas : édition annotée de son prologue à Las obras espirituales de Seraphino de Fermo (1552).
    Christian ANDRÉS – À propos d'un sonnet amoureux liminaire de Quevedo : «Fuego a quien tanto mar ha respetado…»
    Dominique SAMSON – Quelques remarques à propos de la femme chez Juan Valera et Léon Tolstoï
    Jaime CÉSPEDES – El largo viaje: autoficción e ideologia en Jorge Semprún
    João Carlos V. PEREIRA – L'autre Algarve : misère et grandeur du monde rural dans l'œuvre d'António Aleixo, poète populaire (1899-1949) (2e partie)
    Bernard SICOT – Esbozo para una relectura de Primeras Poesías de Luis Cernuda

    Histoire
    Jean-Yves MÉRIAN – L’influence des théories racistes et eugénistes sur la politique d’immigration au Brésil à la fin de l’Empire et au début de la République (1870 –1930)
    Dominique GAY-SYLVESTRE – Los Guajibos y la misión evangelizadora: búsqueda de una identidad, Mirabal – Estado Amazonas – Venezuela (1978-2000) (1ère partie)

    Création
    Sizínio HÉBERT – Pedaços da Noite (Poèmes)

  • Crisol
    No 5 (2001)

    sOMMAIRE du numéro 5 de Crisol, deuxième série.

     

    Javier GARCÍA MÉNDEZ – ¿Qué piensa «El dinosaurio» de la literatura?(Retorno al cuento de Augusto Monterroso)

    Diego VECCHIO – « Bosses de lecture » : une étude des seuils dans les écrits de Macedonio Fernández

    Edmer CALERO DE MAR – Le nakak’ ou pishtaco dans les romans de José María Arguedas : du héros mythique au personnage

    Eric COURTHÈS – Présence guaraní dans Hijo de hombre

    Jaime CÉSPEDES – Análisis de Pretérito imperfecto de Carlos Castilla del Pino a partir de algunos conceptos fundamentales de su teoría de la relación entre sujeto y escritura

    Pablo LÓPEZ MARTÍNEZ – La lactancia materna, motivo fabulador del linaje en la Estoria del cavallero del Çisne (première partie)

    Alexandra ODDO BONNET – Le proverbe et son contexte littéraire. Approche linguistique.

    Emilia PÉREZ ROMERO – Trajectoire et évolution de Pardo Bazán dans son travail de journalisme.

    Itamar Olivares – Notes sur le métissage au Chili à l’époque coloniale (XVIe-XVIIIe siècles)

    Patricio HIDALGO NUCHERA – El temor al motín: orden, granos y azogues en la estrategia política del virrey Moctezuma (1696-1701)

    João Carlos V. PEREIRA – L'autre Algarve : misère et grandeur du monde rural dans l'œuvre d'António Aleixo, poète populaire (1899-1949)  (première partie)

  • Crisol
    No 4 (2000)

    Typologie des formes narratives brèves au Moyen Age (domaine roman) II
    Colloque international célébré à Madrid, Casa de Velázquez, 20-21 mars 2000
    ORGANISÉ PAR L’ÉQUIPE D’ACCUEIL 369 ÉTUDES ROMANES DE L’UNIVERSITÉ DE PARIS X EN COLLABORATION AVEC LA CASA DE VELÁZQUEZ, MADRID, ET LE SÉMINAIRE D’ÉTUDES MÉDIÉVALES HISPANIQUES DE L’UNIVERSITÉ DE PARIS XIII.

    SOMMAIRE


    Bernard DARBOBD – Sobre formas breves, una vez más
    Juan PAREDES – E utile consiglio potranno pigliare : de lo provechoso y de lo deleitable en el cuento medieval
    Jacques BERLIOZ, Marie Anne POLO DE BEAULIEU – La capture du récit. La Disciplina clericalis de Pierre Alphonse dans les recueils d’exempla ( XIII e - XIV e s.)
    Annexe
    Fernando GÓMEZ REDONDO – Los contadores de exempla en el Libro del caballero Zifar
    Juan Manuel CACHO BLECUA – Ejemplos clásicos en el Libro del cavallero Zifar : Antígono, Alejandro y Régulo
    Mercedes BREA, Elvira FIDALGO – Hacia una tipología del milagro literario
    Carlos ALVAR – Narrativa breve: traducciones, adaptaciones, interpretaciones
    Fernando CARMONA FERNÁNDEZ – El lai en los cuentos del Decamerón
    Isabel GONZÁLEZ – Tipología del Novellino
    Juan M. RIBERA LLOPIS – Aún en torno a Història de Jacob Xalabín
    François SUARD – Lai, fabliau, nouvelle : difficultés d’une typologie
    María Jesús LACARRA – Algunos miraglos que nuestro Señor fizo por nuestro padre sancto Antonio: presentación del texto y aproximación tipológica
    Jean-Pierre JARDIN – El rey, la muerte y el Diablo. Estudio de un relato de aparición diabólica relacionada con la muerte del rey Juan I de Castilla (1390)
    Claude BREMOND – Vers un Index des actions narratives

  • Crisol
    No 3 (2000)

    Ce troisième numéro de CRISOL reste fidèle à la vocation d’ouverture et de pluridisciplinarité que nous avons voulu donner à la revue dans sa nouvelle série. Aussi trouvera-t-on au sommaire des articles de linguistique, de littérature et d’histoire qui concernent divers genres, diverses époques et divers espaces hispaniques :
    – Linguistique et Moyen Age avec la contribution de Bernard Darbord
    – Linguistique et Amérique latine avec l’article d’Eric Courthès
    – Siècle d’Or avec l’étude de Jaime Céspedes
    – Roman latino-américain du XIXe avec l’article de Joan Torres-Pou
    – Poésie espagnole contemporaine de l’exil et de l’intérieur avec les contributions de Bernard Sicot et de Claudie Terrasson
    –Histoire de l’Espagne et de l’Amérique latine (XVIe, XVIIIe et XXe siècles) avec les articles de Patricio Hidalgo, d’Itamar Olivares et d’Alvar de la Llosa.
    Merci à ces auteurs de contribuer avec leurs travaux à l’enrichissement de la revue de notre centre de recherches.


    Thomas GOMEZ
    Directeur de CRISOL
    2000.

     

    SOMMAIRE


    Thomas GOMEZ – Avant-propos


    Bernard DARBORD – Demandar. Petite sémantique autour de la devinette
    Jaime C´ÉSPEDES – Lectura crítica de los estudios del Polifemo de Góngora en relación con los problemas teóricos de la poesía conceptista
    Bernard SICOT – L’exil mythifié des républicains espagnols au Mexique, deux voix discordantes : César Rodriguez Chicharro et Gerardo Deniz
    Joan TORRES-POU – Crónica de juventud: disciplina, docilidad y memoria en Miguel Cané y Raul Pompéia
    Claudie TERRASSON – «Silos», J.A. Valente
    Eric COURTHÈS – Calques syntaxiques du Quichua de Santiago del Estero sur l’Espagnol local
    Patricio HIDALGO NUCHERA – Auge y caida del comercio de las especias
    Itamar OLIVARES – La Révolution Française et le Pérou : le procès à Lima de Carlos Fournier et de ses amis francophiles (1793-1795)
    Alvar DE LA LLOSA – L’Amérique latine dans le concert des nations occidentales entre 1959 et 1961. Quel avenir pour ce Tiers monde ?

  • 1898 : Entre Literatura e Historia
    No 2 (1998)

    Les 27 et 28 mars 1998 s’est tenu à l’université de Paris X-Nanterre le colloque international : « 1898 : Entre littérature et histoire » organisé, sous la responsabilité de Jacques Maurice et moi-même, par le Centre de recherches ibériques et ibéro-américaines avec le soutien du Conseil scientifique de Paris X Nanterre, du DEA d’études ibériques et ibéro-américaines, de l’Ecole doctorale Langues, Lettres et Civilisations et de l’UFR Langues.

    Depuis plusieurs années, l’idée de ce colloque germait dans notre esprit en raison de la date anniversaire : premier centenaire d’une crise politique, intellectuelle et morale dont il est désormais devenu banal de dire qu’elle a profondément marqué l’Espagne. Il est non moins banal d’ajouter que la coïncidence avec la perte des vestiges de son empire colonial a été le facteur déclanchant d’un processus de remise en question d’un certain nombre d’idées et de valeurs en même temps que le point de départ d’une tentative de changement, de régénération, de l’Espagne.

    Bien que cette raison de calendrier ne soit pas forcément pertinente au plan scientifique, elle n’en est pas moins commode. De surcroît, elle a la vertu de faciliter la rencontre des chercheurs et permettre ainsi la confrontation de points de vue sur la question et l’examen de l’état de la recherche dans ce domaine. Un siècle semble une distance suffisante pour autoriser une réflexion sûre à partir de sources abondantes, fiables et de nature diverse et le moment paraît favorable à l’établissement d’un bilan.

    Nous avons voulu un colloque ramassé et en même temps suffisamment ouvert pour permettre aux spécialistes des différents secteurs de la recherche d’apporter leur contribution à une meilleure connaissance des problèmes posés par 1898. Sur le plan disciplinaire, il nous a semblé qu’il était bon de donner la parole aux historiens pour des motifs évidentes mais aussi aux littéraires en raison de l’explosion d’une production textuelle riche et variée autour de 98 et de son impact. Nous avons veillé également à une diversification des points de vue avec la participations d’intervenants originaires d’Espagne, de France, de Puerto Rico et de Cuba et à aborder les différents théâtres des opérations dont les Philippines souvent oubliées dans la recherche.

    Quant au support des études, on remarquera qu’à côté des matériaux littéraires et historiques, une très large place a été reservée à l’étude de la presse dont on sait qu’elle joua et qu’elle continue de jouer un rôle considérable dans l’appéciation des faits et leur représentation.

    Je tiens à remercier vivement tous ceux qui ont rendue possible la tenue de cette rencontre ainsi que la publication des actes : M. André Legrand, Président de l’Université de Paris X - Nanterre qui a ouvert le colloque, Mme Jacqueline Ferreras et MM. Paul Estrade, François Delprat et Antonio Elorza qui ont assuré la présidence des différentes séances de travail et l’ensemble des paricipants dont les communications forment le présent volume. Merci aussi à Françoise Moulin-Civil, Zoraida Carandell, Marie-Claude Chaput, Christine Lavail qui m’ont aidé à relire les épreuves, sans oublier Maïthé Capdessus sans qui cette publication ne serait pas.

    Thomas GOMEZ
    Directeur de
    CRISOL

    1998.

     

    sOMMAIRE

     

    Thomas GOMEZ – Avant-propos

     Jacques MAURICE – El 98 en el periódico de referencia

     Antonio ELORZA – La ronda de las ideologías

     Marta BIZCARRONDO – El autonomismo en la Guerra de Independencia

     José RODRÆIGYEZ LABANDEIRA – 1898: El desastre nacional

    Hélène GOUJAT – Filipinas en 1898: de la era española a la era americana o el discurso político de José Rizal (1861-1896) frente a la realidad histórica

     Patricio HIDALGO NUCHERA – La gestación de la independencia de las Islas Filipinas: una síntesis

     Françoise MOULIN-CIVIL – Visiones y revisiones del 98 en la litteratura cubana de principios de siglo

     Sylvie BOUFFARTIGUE – «Episodios de la guerra. Mi vida en la manigua» de Raimundo Cabrera: un folletín para Cuba libre

     José Luis VEGA – La poesía puertorriqueña ante el 1898: crónica en verso de una invasión

     Joseph M. FARRÉ – Explosión del navio Maine ¿Sabotaje, provocación o accidente?

     Jean-Louis GUERENA – La educación, ¿«cuestión nacional» después del 98?

     Brigitte MAGNIEN – Imágenes de la guerra hispanoamericana en Blanco y Negro (1898)

     Marie-Claude CHAPUT et Thomas GOMEZ – Memoria del 98: una nueva lectura

     Jean-Pierre SÁNCHEZ – Una visión provincial de la guerra de 1898: opiniones y comentarios en la prensa de Rennes

     Alain YACOU – La guerra hispano-cubano-americana en la prensa haitiana

    Maurice BELROSE – La guerra de Cuba en El Cojo Ilustrado: sus repercusiones en las relaciones entre España y América Latina

    Jacqueline FERRERAS – El conocimiento de España a través de las traducciones francesas de obras literarias españolas publicadas entre 1870 y 1914

  • Crisol, Nouvelle série, n°1, 1997 Crisol
    No 1 (1997)

    Je suis heureux de présenter le premier numéro de Crisol nouvelle époque. La revue Crisol, émanation du Centre de recherches ibériques et ibéro-américaines de l’université de Paris X Nanterre change d’aspect. Ce changement était l’un de mes objectifs en acceptant d’en assurer la direction. Il m’est toujours apparu comme une nécessité incontournable si on voulait donner à notre publication une allure plus professionnelle, si on souhaitait lui assurer une meilleure diffusion et par conséquent un plus grande audience.

    Cette rénovation obéit également à des impératifs techniques et commerciaux qui menaçaient l’existence de la revue faute d’une modernisation rapide et d’une adaptation aux exigences d’une distribution efficace. En effet, si sa présentation un peu artisanale pouvait rendre la publication à certains égards sympathique, elle lui enlevait aussi une dimension commerciale qui n’était pas sans effet sur son rayonnement et sa crédibilité. Or, Crisol ne doit pas rester une publication confidentielle, par vocation et par nécessité elle doit circuler.

    Les changements n’obéissent donc pas uniquement à des critères esthétiques, encore que l’harmonisation de la typographie, des titres, des notes, etc. était nécessaire, mais à des exigences techniques. En effet, sous son format ancien, Crisol était systématiquement écartée par les structures d’abonnement qui servent désormais bon nombre de bibliothèques et d’universités, en particulier les américaines. Semblable situation nous condamnait à une politique d’échanges essentiellement, assortie de quelques achats isolés qui ne peuvent plus suffire à la survie de la revue. La diffusion de la production scientifique de notre Centre de recherches et de celle des collègues extérieurs que nous publions régulièrement est à ce prix.

    La qualité de Crisol n’est pas en jeu. Son esprit, son ouverture et ses objectifs demeurent. Elle continuera d’être une publication avec des ambitions scientifiques et elle assumera les exigences et la rigueur que cela implique. Elle restera le véhicule privilégié des résultats de la recherche hispaniste et américaniste de Nanterre, y compris celle des jeunes chercheurs qui, comme par le passé, y trouveront une tribune pour s’exprimer. Mais elle reste toujours ouverte à la collaboration de collègues extérieurs dès lors que le comité de lecture, en cours de constitution, donnera un avis favorable.

    Crisol se veut une revue hispaniste et américaniste généraliste. Elle accueillera aussi bien des articles de littérature que de linguistique et d’histoire portant sur la période classique, moderne et contemporaine, qu’ils soient écrits en espagnol, en français et éventuellement en portugais ou en catalan, langues qui sont enseignées dans notre département.

    Nous pensons réaliser des numéros monographiques à l’occasion de manifestations scientifiques et des numéros d’hommage à tel ou tel collègue qui cesserait ses activités et dont l’oeuvre aura marqué notre spécialité. Crisol se fera également l’écho des thèses et des habilitations soutenues dans notre département.

    Ce numéro est donc le premier d’une nouvelle série qui, nous l’espérons, s’améliorera au fil du temps. Dans cette perspective, je voudrais, en terminant, demander aux lecteurs de Crisol de nous faire part de toutes suggestions qui pourraient nous aider à en améliorer la présentation et la qualité.

    Thomas GOMEZ
    Directeur de
    Crisol

    1997

    sOMMAIRE

     

    Thomas GOMEZ – Avant-propos

     

    Première partie. Littérature

    Victor BERGASA – La vida y la muerte en La Tía Tula

    Cecilio GARRIGA ESCRIBANO – Delfín Donadíu, lexicógrafo desconocido del s. XIX

    Axel GASQUET – Littérature et différence dans l’œuvre de José C. Mariátegui

    Gérard MALGAT – Max Aub et les « Pages bleues » dans Campo de los almendros / Aveux de l’auteur, aveux du manuscrit

    Béatrice MÉNARD – Les polémiques sur la littérature d'avant-garde au Mexique (1924-1925 et 1932)

    Ricardo ROMERA – Práctica y objetivos de la hipertextualidad en Seis problemas para don Isidro Parodi y Un modelo para la muerte

     

    Deuxième partie. Histoire

    Itamar OLIVARES – Les relations franco-espagnoles à Saint-Domingue : de la rébellion des colons français à la paix de Bâle (1789-1795)

    Maria José SUÁREZ MARTÍNEZ – Del coleccionismo a los museos de investigación : lors fondos de América en el Musée de l’Homme de París

  • Crisol
    No XIX (1994)

    Sommaire du numéro 19 de Crisol, première série.

    Juana SANCHEZ-GEY VENEGAS - La evolución de pensamiento en María Zambrano : su filosofía antes del exilio (1931-1939)

    Ricardo ROMERA- César Paladion: discípulo burlesco de Pierre Menard

    Georgia V. KEKROPIDOU-PEROT - Traduction grecque du poème «Noche oscura»

    Maïté COUDERT- Don Juan ou l'intinéraire d'un mythe

    José Augusto SEABRA- Fernando Pessoa e a universalidade dos simbolos

    Robert PAGEARD - à la recherche d'un poète du silence : Luis Alvarez Piner

    COMPTES RENDUS

  • Crisol
    No XVIII (1994)

    Sommaire du numéro 18 de Crisol, première série.

    HOMMAGE A MONSIEUR LE PROFESSEUR CHARLES MINGUET

    Jeanne POTELET – Nundus Novus - Nouveaux monde, Hommage à Charles Minguet

    Joseph M. FARRE – Discours en Hommage à Charles Minguet

    Amos SEGALA – Discours en Hommage à Charles Minguet

    Charles MINGUET – Miguel Angel Asturias, ¿creador de conceptos vaguarditas?

    Lourdes SIMO – Los denuestos del agua y el vino y el debate ficticio medieval

    Catherine GAIGNARD – Boabdil, dernier sultan de l'Espagne médiévale

    Francois GONDRAN – Un livre de sentences spirituelles à l'époque contemporaine: CAMINO

    Robert PAGEARD – À travers l'œuvre d'Arcadio Pardo

    Iria NAZARIO– A comunicaçao nas relaçoes interpessoais

    COMPTES-RENDUS ET OUVRAGES REÇUS

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